‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 86 sur 150 · AIMER · texte numérisé non relu

AIMER

»imer ! ouvrir son cœur comme un grand pavillon Dont on voudrait voir l'ombre envelopper le monde. Et sous Vabri duquel, en creusant son sillon, L'Être s'en remettrait à la terre féconde Avec sécurité, dans une paix profonde.

Aimer ! pencher son cœur comme un calice plein Qui déborde. Et répandre à côté le breuvage Sur VÊtre qui vers vous lève un regard serein Et boit. Voir dans ses yeux renaître le courage, Et le sentir plus fort pour affronter V orage.

Aimer ! laisser son cœur, comme une large fleur, S'épanouir. Et, sous l'amour qui l'ensoleille, Le voir puiser en Dieu ce quHl faut de chaleur Pour distiller dedans sa corolle vermeille Un suc si nourrissant qu'il en donne à V abeille.

Aimer ! livrer son cœur à tous comme un hochet, V exposer à tomber aux mains de la démence Qui, le sentant très chaud, pour avoir son secret Le brise. Puis la voir constater en silence Qu'avec la foi toujours n'en sort que V espérance.

Aimer! prendre son cœur comme une lyre d'or, Et chanter. Alors, voir une foule ravie Venir vous écouter ; dans un nouvel essor L'entraîner, monter, et, sachant sa voix suivie, Vers V immortalité conduire ainsi la vie.

Louis Fabulet.

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