‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 122 sur 140 · CONTRE LA. SYNERGIE SOCIALE 35 J · texte numérisé non relu

CONTRE LA. SYNERGIE SOCIALE 35 J

Messieurs ne sont pas suspects de je ne sais quoi aux yeux de tel autre catholique ? Laissons donc ceci. M. Henri Mazel n'a pas écrit son livre au point de vue de la foi, comme Ta bizarrement dit un autre de ses critiques, dans la Revue du Midi, mais au point de vue de la science ; c'est donc de celle-ci qu'il relève, et je crois me flatter que tout au long de cette étude c'est à ce point de vue exclusif que je me suis tenu. Il ne me reste, en terminant, qu'à regretter de ne pas m'être plus souvent trouvé en communion d'idées avec cet auteur ; il ne m'en voudra sans doute pas d'ailleurs, car d'une part je ne suis qu'un inconnu, d'autre part son livre a été l'objet de grands éloges dans des revues techniques de politique ou de sociologie, dont l'opinion doit avoir à ses yeux plus de poids que la mienne ; enfin, j'écris dans une revue qui a toujours fait profession d'une grande indépendance d'idées, même à l'égard de ses propres rédacteurs (M. Henri Mazel inséra dans le temps d'assez caractéristiques Propos d'Harold Swan, et M, Ducoté suit louablement cet exemple) et, de plus, dans une revue où, comme je le disais en commençant cet article, M. Mazel compte beaucoup d'amis et où il ne manquera sans doute pas, s'il le faut, de « vengeurs s'armant pour sa querelle ».

Antoine Verdier.

Viatique

Mon âme, vous sere%, La face morte.

Celle qui en silence glisse A des lieux ignorés, Celle qui va sa voie En levant le calice Qu'elle porte De sa joie Morte.

Au travers de moi-même, Un désespoir sacré, Mon âme, vous sere^î Hautes vos deux mains blêmes, La face vers la nuit, Vous pleurerez sans bruit, Et vous sere%

Celle qui suit sa route, Fixant la coupe d*or Où il tremble à pleins bords Toute, Toute la peine de voire visage, Celle, Eternellement sage, Qui va droit devant elle Sans en perdre une goutte...

Adrien Mithouard.

Les Belles Oies Blanches

dans les Colchiques d'Automne

Pour Hassé.

C'est une après-midi humide de septembre. Il a plu le matin. Les pies, de leur vol noir et blanc planent, horizontales, au-dessus des oseraies, les hirondelles folles s'entrecroisent au ciel comme des navettes sur une soie grise ; le silence est profond, le silence est doux, et tout à l'heure les cloches du village sonneront l'angelus : qu'elles soient les bienvenues parce qu'elles sont naïves et inexpérimentées.

Depuis longtemps nous sommes assis, mon ami et moi, sur le rebord d'un talus, et les belles oies blanches près de nous jonchent gravement de leur neige le tapis mauve des colchiques. Il y a longtemps que nous sommes assis et cependant nous n'avons pas encore parlé, car c'est ce soir que mon ami doit mourir.

C'est un bon, c'est un très vieil ami.

Je vous raconterai son histoire, un jour, quand personne ne sera plus curieux de lire ce que j'écris et que le vent nu de novembre tournera page à page, dans les boîtes des quais, les poèmes où pleure toute mon âme.

Je l'appelle Jacques, sa barbe est fauve, ses yeux sont d'or ; il arrondit le dos en marchant et se balance un peu ; je ne crois pas qu'il ait atteint sa vingt-cinquième année.

Vous ne l'avez jamais rencontré, parce qu'il habite en province une petite maison peinte en vert pâle qui se cache derrière une grille touffue de roses.

Ensemble en hiver nous fuyons vers la Méditerranée; et ce sont alors de longues promenades sous les pins chanteurs de l'Espérel ; ou bien nous descendons au bord de la mer, nous jetons des pierres rondes dans l'eau et les vagues viennent expirer en écume à nos pieds. — Je n'aime pas les mimosas pour en avoir trop vu liés en gerbes auprès du lit de chères mortes.

Aux premiers jours du printemps nous repartons. Les lilas nous attendent dans la petite maison de province, et les bouleaux aux feuilles nouvelles-nées. Temps béni, époque pascale, et nos calmes agenouillements vers Dieu dans l'église silencieuse que nous

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aimons... Les semaines se passent, il y a maintenant des roses à la grille et la table du jardin se couvre pour le repas du soir de nappes en toile bise bordées de rouge. C'est juin bientôt, nous laissons les fenêtres ouvertes sur la nuit et nous avons dans les yeux pour nous endormir le ciel plein d'étoiles. Demain on tirera du grenier les malles trapues au couvercle cintré, les malles que bariolent des étiquettes multicolores et que tant de pays traversés écornèrent.

Veilles du départ... et notre promenade d'adieu, à pas lents, taciturne, à travers la vieille cité tranquille que nous ne reverrons peut-être pas ; qui sait ?... collisions de trains, crevasses de glacier où des voyageurs ont fléchi dans une eau mortelle 1

Il y a dans un pays où l'on ne parle pas la langue de France une grande ville que je veux bien appeler Isarathènes : nous y arrivons, chaque année, Jacques, et moi, la dernière semaine de juin. Nous l'aimons, cette ville, parce que nous y ensevelissons un peu nos deux existences ; les sonorités insolites des mots tissent autour de nous un léger linceul, et, si les visages et le décor nous sont devenus familiers, les âmes demeurent à jamais étrangères à nos âmes.

Notre vie coule, comme du sable fuirait entre les doigts, insaisissable et irritante ; nous ne savons rien, nous nous ne souvenons de rien.

Je prends sur mes genoux, dans les arrière-boutiques, les petites marchandes de tabac juives, aux dents blanches, au nez busqué et camard, aux cheveux noirs qui bouclent sur les épaules; je n'ai nulle curiosité de leur chair, je les aime simplement parce que leurs lèvres sont chaudes et fondent dans la bouche et aussi parce qu'elles ont des yeux expliques : ma lassitude ne se plaît point aus idylles qu'on achève.

Ah ! que ces petites filles ont donc les lèvres chaudes I...

Jacques, lui, est encore vierge ; il m'a dit qu'il goûtait à rester chaste de particulières délices ; aussi vague-t-il dans les musées et s'arrête-t-il longuement devant les figures ovales et les doigts fuselés des madones de Lippi, je ne sais pas ce qu'il pense, je n'ai jamais cherché à le savoir ; mais, certes, sa pensée n*a pas les mêmes pudeurs que son corps car il sourit à voir les époux nouvellement unis, aux paupières couleur de lilas, demeurer pensifs et se frôler, auprès des étaux luxurieux de Rubens.

Ville d'Isarathènes dont les dômes d'églises se bombent en seins

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