MÉDAILLES ET CAMÉES
Marie Bashkirtseff (2)
« y adore et j'admire tout., , , p M. B,
A Vous, ô magicienne, dans l'essor des matinées bleues ou le néant pâli des crépuscules, à vous, à votre âme ironique et brûlante, j'offre sans trêve ma fugitive oraison de passant obscur à travers le fallacieux enchantement des œuvres et des choses, depuis le jour inoublié, déjà lointain, où je connus par votre talent de portraitiste le portrait d'une morte ! Ah ! le Salon de i885 !... Et, deux ans plus tard, exquise enthousiaste, au retour de ce palais banal des vanités mercantiles où votre songe phtisique de vingt-quatre ans voulut transfigurer la vie, votre personnalité se révélait à moi tout entière : votre Journal a complété votre oeuvre, posthume comme elle. Posthume est un mot du dernier bourgeois, car vous vivez encore et toujours sous mon front, dans le cœur de la petite secte éparse et fervente qui ose croire de nos jours à la Beauté. — Mais, de mon vivant, j'adorais Zola, me répondez-vous, blonde railleuse au regard profond : — oui, mademoiselle, mais vous lisiez Platon ; vous avez peint le Meeting, puis vous chantiez du Weber : est-ce la faute de la mélodie, si elle est plus éphémère encore que le pauvre ciel brumeux du réalisme et de la vîe ? J'en atteste les poètes en visite mondaine à l'heure du samovar, qui dénichaient, près du piano ouvert ou de la palette en émoi, la page grecque annotée par votre blanche main. Peut-être mon trop solennel aveu d'amour aurait-il réveillé votre beau rire loyal : mais, à , douze ans, vous aimiez silencieusement un grand duc ; et depuis, stendhalienne voyageuse et pensive artiste, sans renoncer les joies hautaines du musée, votre conviction s'écriait devant les haillons endormis sur un banc nocturne : « Ça, c'est du Shakespeare!... » Adieu, noble amie inconnue, trop fugitive ! Et tel Siegfried expirant au nom de Brùnnhilde, puissent mes lèvres moribondes fleurir, un matin d'automne, en incarnant votre passion de l'Art dans mon respectueux amour !
Raymond Bouyer.
(i) Pour faire suite aux Sonnets de Viviane .
(2) Morte à Paris, le vendredi matin 31 octobre 1884, à vingt-quatre ans, « au seuil de tout ».
Lilialis
Ils l'ont subi, ton charme d'exaltant délice ! Et toutes convoitises viles se sont tues. D'invraisemblables kéroïsmes les pâlissent Dont leur âme ivre à te mériter s'évertue.
Une heure, ils t'aiment comme une autre Béatrice A ces passants qu'ils sont lointaine et défendue; Plus haut qu'une adoration profanatrice , Ta froide vénusté te fait sœur des statues.
Lys 1 Ils n'osent ta chair de reine impossédée,
Te revoilent des virginités de Vidée.
Va, déesse !.. . Et pas un n'envtra, et pas un,
Jalouse idole, n'ose même ton amant — -A qui, secrète et nue inoubliablement, Tu donneras, ce soir, la douceur de tes seins.
Emile Besnus.