Q0 L'ERMITAGE
même semaine d'un roman très gai et très juste et très bien écrit, Mon bon oncle, satire de la solennité bourgeoise, d'une revue à la Roulotte avec l'ami Mougel, ce Quichotte, et enfin d'une opérette avec V. de Cottens et Vamey, le Papa de Francine, où la bonne humeur, l'invention 'et les fins couplets se croisent à la joie débordée du public. Cluny va se payer une centième. Je demande a être du souper qui se fera à Saint-Germain, comme le dénouement, je soupose.
Un gros bon point aussi aux Folies-Bergères d'où je sors fort ému par le Chand y habits de Théophile Gauthier et Catulle Mendès, et Sevérin, car ce mime est un créateur aussi, un poète et pas le moindre de ce temps. Cette pantomime est agrémentée de ballets et tapissée de jolies femmes en piquants travestis, voire même d'une vraie danseuse, M lle Chasles, adroite et gracieuse. Et puis j'avais de belles voisines. La soirée a été tout à fait curieuse. La Cavalierl, électrisée par le succès de ses camarades, s'est surpassée et s'est offerte à la salle, ses beaux seins quasi nus.
Jacques des Gâchons.
IV. EXPOSITION DE « THE ARTS AND CRAFTSSOCIET Y» A LA <i NEW GALLERY », LONDRES.
Depuis trois ans The Arts and Grafts Society n'avait rien exposé. D'où le grand intérêt de l'actuelle exposition. Des intervalles aussi longs permettent de se mieux rendre compte des efforts tentés et des progrès accomplis, et l'artiste aussi a plus de temps pour œuvrer n'ayant point le souci d'une trop fréquente obligation d'exposer.
Je dirai tout de suite et rapidement le très vif intérêt qu'offrent les mille objets où s'est efforcée l'ingéniosité d'artisans habiles ; les vitraux merveilleux que dessine Sir E. Burne-Jones et dont William Morris composait les couleurs ; ceux aussi, du très original et personnel artiste Selwyn Image — les dessins de R. Anning Bell, les panneaux de Ch. Conder, et d'autres tout aussi intéressants — et d'autres encore, où déplaît une imitation trop simple et naïve. Une salle entière est consacrée à l'œuvre de Ford Madox- Brown. C'est la première fois que sont réunis aussi complètement les travaux du grand peintre, réellement l'initiateur du mouvement préraphaélite. La grande variété des œuvres exposées laisse voir la souplesse du talent de Ford Madox-Brown. Veîasquez, Watteau, Delacroix, Ingres, tels sont les noms qui sont tour à tour rappelés à l'esprit par les dessins et les toiles du peintre. Et l'on découvre autre chose qu'un maître de la peinture conventionnelle ; c'est, à la fois, un artiste observant de la façon la plus pénétrante la nature et la vie, et un grand humoriste. Il faudrait une sérieuse étude pour dire tout ce qu'il serait bon de connaître de l'initiateur préraphaélite et la place, ici, fait défaut.
CHRONIQUES 3g I
Dans la même salle est exposée une collection de volumes produits entièrement, sauf le texte, d'après les théories récentes de William Morris. Naturellement W. Morris y tient la première place et les volumes provenant de « Kelmscott press » excitent l'intérêt des belles choses auquel se vient ajouter l'intérêt des choses passées, car la couronne de laurier voilée de noir posée là, en la grise lumière de la salle, disait tristement la mort trop hâtée du magnifique artiste, de William Morris, « the great craftsman ».
Mais son influence en cette partie est indéniable et profonde, en même temps que domine son œuvre personnelle. Nombreux sont ceux qui ont accepté les théories de Morris, en les appliquant chacun à sa manière très personnelle : Walter Crâne, Selwyn Image, R. Anning Bell, Lucien Pissaro, Herbert P. Horne, W. Strang.
Les reliures et les titres ont donné lieu à de nombreuses tentatives, presque toutes intéressantes et quelques-unes réellement heureuses; à citer, les dessins de D. S. Mac Coll, Ricketts, Walter Crâne.
Après avoir tout vu, il reste surtout cette impression, que toutes ces œuvres, que tous ces gens, sont dominés par une seule puissance, qui jamais ne s'étale et n'éblouit, mais est sentie immense et ferme, et c'est la domination du génie.
Henry D. Davray.