‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 30 sur 140 · LA. DERNIÈRE FLEUR · texte numérisé non relu

LA. DERNIÈRE FLEUR

Lentement, lentement, la passante avance, sans but, lasse, pleine seulement d'un infini désir de repos, sentant déjà pénétrer dans sa chair l'odeur de la terre, de, ta mort, du néant...

Tout à coup, près d'elle, entre deux rochers qui forment conque et protègent un petit champ contre la bise, voici qu'une petite fleur élève vers elle sa couronne de pétales vierges. Depuis combien de temps les fleurs l'avaient abandonnée ! Comme celle-là lui paraît belle, parfumée, et digne d'être cueillie !

Mais où la mettre ? ses cheveux dénoués pendant la route ne gardent que quelques touffes blanches, sa ceinture est lâche à son flanc, et quant à sa gorge, hélas, où est le nid de fleurs qui en faisait un objet d'envie ? Ses pauvres mains pendent comme des ailes d'alcyons après la tempête.

La passante fléchit les genoux et courbe sa tête vieillie, et penche toute son âme sanglotante sur la petite fleur vierge, et laisse tomber sur elle une larme — la seule rose qui lui reste.

Néera.

(De l'italien.)

Jean Jullien

Je .n'ai jamais laissé échapper une occasion de parler de Jean Jullien (2). Outre que je le compte pour l'un des meilleurs, l'un des plus loyaux camarades qu'on puisse rencontrer sur la route littéraire, je le crois l'un des plus curieux auteurs dramatiques d'aujourd'hui, l'un des plus sincères. Il est parmi les très rares croyants ; il défend l'Art avec la farouche. impétuosité d'un délégué d'en haut et la belle persévérance d'un martyr volontaire.

Son œuvre déjà considérable, — plus de trente actes, dont onze ont vu la rampe, — est puissante et sévère. Je voudrais dans le silence que gardent les théâtres ces mois-ci et à propos du récent second volume du Théâtre vivant de Jean Jullien (3) dire encore mon sentiment sur l'homme et sur ses ouvrages.

En 1890, j'écrivais ce croquis : « Presque tout en haut d'une vieille et robuste maison du quai du Louvre : un monstrueux fouillis sur les tables. Entre elles une large bibliothèque. Effondré sur les paperasses, le lorgnon abandonné, l'œil à fleur du manuscrit, Jean Jullien est là, sourd aux bruits des bateaux et des tram-

(1) Né à Lyon, ville dont il ne dît pas de mal, mais dont îi pense, je crois, peu de bien, Jean Jullien est depuis de longues années naturalisé parisien ! il a un peu dépassé la quarantaine. Il a beaucoup voyagé, en France, en Algérie, en Espagne principalement, notant au jour le jour -ses impressions et ses sensations, solide fond de ses œuvres à venir. Bibliographie : Perdreau et Papillon, nouvelle, 1884 ; Trouble-Cœur , roman, 1886 ; La Sérénade, pièce, 1887 ; fondation à! Art et Critique, revue hebdomadaire, 1889-1885 $4 numéres, 2 forts volumes); L'Echéance, pièce, avec une préface, 1890 ; La mie sans lt#te, nouvelles,, 1892 ; le Théâtre vivant (tome I or , essai théorique et pratique, contenant des articles de l'Avenir dramatique, de l'a Plume, d'Art et Critique, et l'Echéance, la Sérénade, le Maître, la Mer et Vieille histoire) 1892 ; le Théâtre vivant (Tome II, théorie critique, contenant les feuilletons du Paris) 1896 ; un troisième tome du Théâtre vivant (histoire et critique) est à paraître, ainsi que Nos Amis, roman ; Histoires de France (nouvelles, 2 vol.) ; les Petites Comédies (en cours de publication à Y Echo de Paris). Ordre des Représentations des œuvres dramatiques : la Sérénade, 3 actes, 23 décembre 1887 ; l'Echéance, 1 acte, 31 janvier 1889 ; le Maître, 3 actes, 1890 ; Vieille histoire, 1 acte, répété, non joué, 1890 ; la Mer, 3 actes, 1891 ; sauf la Mer, représentée à l'Odéon (consulat Porel) toutes ces pièces ont été jouées au Théâtre Libre d'Antoine. Parmi les pièces encore inédites, encore à jouer, citons : Savoir, 5 actes : V Oasis, 5 actes ; Intimité, 3 actes ; Le Doute, 3 actes ; et des quantités d'actes séparés.

(2) Dans le Télégraphe, 1890, dans la Plume, 1892, dans le Voltaire 1893 et 1894. dans le Gil Blas, 1895, et ici-même souvent.

(3) Chez Tresse et Stock, un vol. in-iS, de 462 pages.

JEA.N JULLIEN jB

ways qui passent en hurlant. Aux murs des affiches de Grasset, de Ghéret, des esquisses de Luce, de Séon, de Germain, de des Gâchons junior. Partout ailleurs, des livres, des revues, des journaux, encore des livres, sur les chaises, sur la cheminée, à terre. Et l'on sent que tout cela travaille ; ces paperasses vivent vraiment de la vie ardente et persévérante de leur maître. Puis, par les fenêtres, un jour net, du soleil, de la chaleur, de la vie vraie.,, et Notre-Dame et la Seine... Alors on aborde les discussions, toutes de littérature et d'art. Le lorgnon s'équilibre sur un nez suffisant, l'œil s'avive ; les regards deviennent perçants et tout à la fois fort caresseurs. Un corps puissant, mais que gouverne un doux, un bon.

« A dépensé tout son patrimoine à faire causer une revue de combat Art et Critique où collaborèrent Verlaine, Géard, Ernst, G. Geffroy, G. Lecomte, Salandri, Alph. Germain, Willy, Adolphe Retté, Fern. Clerget, M. Bailliot, G. Vanor, Maurice Denis, Charles Morice, J.-L. Croze, J. Antoine, Paul Masson, G. Roussel, J. Christophe, G. Docquois, qui encore? et lui-même, largement. Quand on eut enterré la vaillante revue aux rubans verts et qu'on l'eut transformée en hebdomadaires réunions au « Gutemberg », Jean Jullien fit quelques mois la critique dramatique à La Plume qui publia également ce joli livre d'émotion vraie : La Vie sans lutte. Actuellement Jullien joue parmi les jeunes le rôle de frère aîné dans son terrible rez-de-chaussée du Paris où s'amoncellent les cadavres de vaudevillistes. C'est le plus curieux lundi dramatique. Là on ne se contente pas de donner de mesquins conseils aux petites acteuses, comme au Temps, on ciitique les auteurs, bravement, on remue des idées, on parle d'art, on va de l'avant.

« Tel est le Jean Jullien théorique. Le Jullien pratique est plus curieux encore. La Sérénade (1887), VEckéance (1889), puis cette œuvre superbe. Le Maître (1890), se succèdent au Théâtre-Libre. Enfin nous eûmes à l'Odéon, La Mer, un chef-d'œuvre. Les critiques et déjà, un peu, le public, s'habituent à l'esthétique du nouveau théâtre fait de sincérité, dont tout le monde en somme a soif, fatigué que nous sommes des épices frelatées du gros drame et des sucreries rances de l'opérette. »

Aujourd'hui c'est l'un des chefs de la jeune école française. Pendant trois saisons ses lundis du Paris firent pâlir la troupe vaudevillesque des oncles et des gendres de la critique, enthousiasmèrent les nouveaux venus. Il s'efforça de montrer « au grand public » qu'il existait un Art Dramatique. « En outre, dit-il dans sa vibrante préface, je l'ai mis en garde contre le préjugé actuel des gens du monde, d'après lequel tout ce qui est faux, extravagant, bizarre*

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amphigourique, incompréhensible, mièvre, mystique et ennuyeux est de l'art, de l'art d'autant plus élevé que ces travers sont plus accusés. »

Certes oui, l'Art Dramatique est un.

« C'est que, depuis Eschyle, le père, jusqu'à nos jours, jusqu'à l'éternité des siècles, le principe de cet art est reste et restera immuable. Il n'est pas de théâtre sans lui et c'est par lui que sont grandes les œuvres qui jalonnent d'époque en époque l'histoire de la scène et brillent comme des phares sur l'océan obscur delà production mercantile. » La raison et l'imagination doivent se compléter Tune l'autre dans l'œuvre dramatique. « Ce principe veut que le théâtre qui emploie la voix et le geste humains, ne soit ni seulement une image de la vie vécue, ni le seul rêve ; mais la vie même, la vie une, une vie recréée dans ce qu'elle a d'éternel. » Et cela s'applique aussi bien au drame et à la comédie qui suivent la vie, qu'à la tragédie, à la féerie, à la fantaisie qui la continuent et la subliment.

Le respect de ce principe n'implique pas l'imitation servile des anciens. « Si l'idéal de beauté reste immuable, les voies pour y parvenir varient et l'admiration ne peut faire de nous des esclaves.» Car si nous revendiquons un théâtre pour Yœuvre d'art, nous la voulons « personnelle de conception, moderne et française de forme. »

« Evitons de contrarier la digestion des braves gens d'intellect modeste, incurables gogos auxquels on ne peut raisonnablement demander d'admirer ce qui les ennuie. » Ils ont leurs pièces à spectacle, leurs comédies d'intrigue, leurs exhibitions et leurs vaudevilles. « Souhaitons seulement que ce flot menaçant de bêtise ne submerge pas toutes nos scènes, souhaitons qu'il s'en trouve une, rien qu'une, où se puissent représenter, sans autre souci que celui de l'art, les œuvres vivantes et dramatiques de l'idée.»

Et voilà la place que nous souhaitons voir prendre par FOdéon de MM. Antoine et Ginisty. Car rOdéon-théâtre-des-vieilies-filleset-des-pensionnats est d'invention récente ; on peut lui trouver un autre public et dans son quartier même. Pourront-ils intéresser MM. les étudiants à l'Art Dramatique? Voilà la question à résoudre. Car nos étudiants, grands lecteurs de Paris-Sport, n'ont en ces dernières années montré qu'un enthousiasme modéré pour la chose littéraire. Il est vrai que le Roman d'un jeune homme pauvre /...

Jean Jullien a, par métier et par sagesse, un bel éclectisme : « Si nous avons un respect presque superstitieux pour Shakespeare et pour nos grands tragiques, il ne nous en coûte nullement d'admirer

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les chefs-d'œuvre romantiques et d'applaudir les vrais artistes contemporains, quels qu'ils soient, réservant noire haine pour les exploiteurs sans talent. »

C'a été la grande occupation de Jean Jullien en ses années de critique : l'expression de cette haine. Tâche ingrate et qui remplie avec verve et parfois avec férocité lui gagna sans doute beaucoup d'ennemis.

C'est avec justice qu'il a été rangé par Gaston Salandri parmi « les bons esprits qui ont entrepris de dégoûter le public du vaudeville. » Aussi M. Sarcey, grand maître de cet « art du vaudeville», est-il souvent sur la sellette en ces vigoureuses chroniques. Vous savez que le critique du Temps n'emploie qu'un critérium en littérature dramatique : la recette, le flot public. J. Jullien est d'avis opposé : le théâtre pour lui doit élever la foule à l'art et non rabaisser l'art au niveau de la foule.

Barbey d'Aurevilly qu'on peut citer près de Jullien, disait il y a une quinzaine d'années : « L'art perd de vue son but esthétique, pour un but pratique qui n'est pas le sien, l'art s'américanise. «

Voilà donc deux critiques, doublés de deux grands écrivains, qui pensent que l'art dramatique n'est pas un art inférieur, mais un des premiers parmi les arts les plus nobles. Le théâtre a servi d'expression aux plus grands artistes du monde : Eschyle, Sophocle, Euripide, Shakespeare, Corneille, Molière, Racine, Goethe, voilà une constellation d'esprits qu'on ne saurait placer qu'au rang le plus élevé. Et nous ne parlons pas des contemporains.

Jean Jullien renoue la scène française à la tradition. Longtemps l'action a pris le pas sur les caractères. Les péripéties, les quiproquos ont acquis une importance illogique : la sauce, en un mot, a submergé le morceau de bœuf. Aussi quelle cuisine indigeste ! M. Sarcey en est devenu végétarien.. . Jean Jullien a démontré mille fois, à propos des drames en vers et du moindre lever de rideau, que les caractères sont le but du drame et l'action le moyen seulement. Les doses sont diverses et pour expliquer certains caractères il faut les jeter dans une action plus compacte ; mais la prééminence reste au caractère, La vie passe avant les gestes,..

Tout le livre, malgré qu'il nous conduise souvent devant de bien médiocres œuvres (qui ne méritaient pas tant de philosophie autour d'elles), est à lire, à méditer ; c'est un livre de belle foi en l'avenir. D'ailleurs ce qui en hausse magistralement la portée, c'est que Jean Jullien n'est pas un raté tombé dans la critique, c'est un auteur dramatique qui lutte pour l'art par tous les moyens. Ses mois de critique auront été pour beaucoup dans le renouveau de notre

théâtre, de même que ses heures d'auteur joué. Un vieux maître a dit : « Le laboureur a beau parier des saisons, discourir sur la façon de cultiver la terre, déduire quelles semences sont propres en chacun terrain, tout cela n'est rien, s'il ne met la main aux outils, s'il n'accouple les bœufs et ne les lie à la charrue. » Jean Jullien a fait Le Maître et La Mèr. Son coffre aux ours est bourré d'ceuvres qui ne demandent qu'à naître. L'œuvre d'hier — théorie et pratique — annonce pour demain un grand dramaturge. Demain pour le public, car il y a longtemps que nous le considérons comme tel.

Jacques des Gâchons.

L'Exil de Fâme

L'ivresse de sentir autour de soi la gloire ne vaut pas l'orgueil triste et grave d'être seul ! et de marcher sans glaive et sans palme au linceul vêtu du Doute^ aliter et du dédain de croire.

La vie âpre en tumulte écrase ma mémoire où je sens trop d'ivresse ardente pour souffrir qu'elle éclose et jaillisse en moi pour y mourir dans une automne de pensée et d'ombre noire ;

Elle a mis à mon front redevenu plus calme la sagesse de ne jamais penser aux deux, enveloppé mon âme en Voubli pur des dieux et V orgueilleux dédain d'avoir fauché des palmes.

Je la sens si puissante et si sûre en ses lois, passer en tourbillons d'atomes et de vagues dont frissonnent éperdument mes rêves vagues, que je n'ose lever mes yeux vides de foi

vers la Vie ! — et qu'incessamment je la contemple en mirages de clartés tristes dans mon âme que j'ai enclose et qui frémit comme une flamme qu'un vent éveillerait sous la voâte d'un temple.

La Vie âpre s'écoule, au dehors, et j'entends son long flot ou ma vie errante s'est mêlée et, malgré mon espoir de l'avoir isolée, je la sens s'en aller dans l'inconnu du temps,

par les heures qui sont l'instant et puis la veille et que l'éternité enveloppe et unit, • — je la sens — et je sais mon vieux rêve fini : d } être las et d'asseoir mon amour sous les treilles

S l'ermitage

pour regarder, sans être vu, passer la Vie comme un qui sérail triste, un jour de fête auré, et se sentant trop loin des autres s'en irait abriter sa douleur loin des routes suivies. —

La fleur vivante gt lasse à tes doigts déchirée je la cueillis jadis aux jardins où les vignes font de V ombre au soleil des briques dédorées peu à peu par le crépuscule aux calmes lignes.

Et j'ai la nostalgie immense du verger où j'ai connu ta Voix entre toutes les femmes — je les possède en moi. comme un songe léger devenu le décor familier de mon Ame.

J'écoute de la Vie au-dessus des rameaux passer Varroi d'orgueil ou la Pauvreté sainte, je suis isolé de la ville et des hameaux et de ta paix d'amour mon âme triste est ceinte.

Parfois, quand un bruit vain charmera mon ennui j* accouderai mon geste, en silence, à la grille et si le Passant cher est reconnu de lui, mon cœur lui jettera quelque rose d'avril!

Et je vivrai parmi la Vie et sans la voir !

sans regarder, surtout, en moi son vain mirage et sans souffrir de ma pensée en des orages qui tonnèrent jadis en moi de mornes soirs :

Orages de clartés défuntes et de songes qui naquirent toujours d'une joie avortée ou ternie et qu'un vent lourd avait emportée en des éclats de folie âpre et de mensonges...

l'exil de lame 8i

(C'était dans des étés fantasques oit les fleurs Jetaient Varome lourd de poisons et de sèves et parmi ces moissons où s'endormaient mes rêves pas un qui s'éveillât sans honte ou sans douleur).

Je ne veux plus que vivre ainsi qu'un doux arbuste buvant Va^ur et le soleil parmi les marbres, et grandi à Vombre un peu claire des vieux arbres oà coulent à pleins flots des fontaines robustes,

mais sans jamais mirer dans l'eau que dore Vaube mon visage muet où mon âme a posé le signe du silence et son subtil baiser — ni le pli disposé en songe de ta robe.

Et je ne verrai plus mon âme en elle-même crucifier, le soir, V Espoir de ses jours frêles et nous contemplerons, Toi, la seule qui m'aimes, la Vierge du jardin sourire aux tourterelles...

Emmanuel Delbousquet.

Les Conquérants

Sous un chêne ombreux, l'aïeul aux cheveux blancs était assis. Autour de lui se tenait assemblé le peuple de ses petits enfants, des hommes — des enfants pourtant.

Et ceux-ci qui portaient en eux l'impatience de vivre et que seule la présence respectée du vieillard contenait immobiles, lui demandèrent le récit des guerres d'autrefois. Ils pensaient ainsi tromper leur impatience, mais ils se mentaient à eux-mêmes : ce récit ne pouvait que l'accroître.

Or l'aïeul qui lisait sur leur visage sentit qu'il était inutile de rien leur cacher. Demain il ne serait plus là et ce qui devrait advenir adviendrait. Il raconta :

« Il y a bien longtemps — c'était au clair lever de ma jeunesse — je partis, couvert d'une armure étincelante, au galop démon cheval. J'eus bientôt franchi les limites de ces domaines et je traversai de larges contrées. Je n'avais point discuté mon départ , sans doute n'avais-je rien résolu. Je n'obéissais point à un ordre : nul ne m'avait contraint à m'en aller. Et cependant j'obéissais, car il y a toujours des ordres suprêmes par qui nos actions sont déterminées; nos âmes s'y soumettent sans que nos oreilles les aient entendus.

Je galopais droit devant moi sans m'inquiéter du lieu où il conviendrait de m'arrêter, quand j'aperçus des cavaliers accourant de divers points de l'horizon et se dirigeant tous vers le lieu ou mon élan me conduisait naturellement. — Nous nous trouvâmes bientôt un grand nombre de jeunes hommes réunis ensemble au carrefour de plusieurs routes. D'autres encore se joignirent à nous ; nous formions toute une armée. Nous nous regardions mutuellement pour habituer nos visages les uns aux autres; mais nous n'étions pas étonnés, comme si de tout temps nous avions su que nous nous rencontrerions. Nous semblions plutôt nous retrouver après une longue absence que nous apparaître en inconnus.

Personne ne donna le signal. A un moment nous prîmes place en bon ordre et nous nous mîmes en marche.

Je me trouvais avec trois compagnons en tête du cortège. Nous maintenions d'un poing ferme nos montures fougueuses que la course du matin n'avait point lassées. Des colloques s'étaient engagés entre les cavaliers et j'entendais derrière moi un tumulte de

(i) D'un volume à paraître : Aventures,

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