LES CONQUÉRANTS
les. Une armée en ordre de bataille attendait aux pieds des remparts. Un frémissement d'anxiété parcourut nos rangs et le silence régna. Ainsi, après un premier souffle de vent, se tait la forêt ayant qu'éclate la foudre. C'était le solennel instant où allaient se révéler les destinées des jeunes hommes qui un matin avaient quitté leurs demeures et s'étaient rencontrés en armes, tous en quête de la même aventure. Nous nous" rapprochions de l'ennemi.
Soudain, une voix cria : — En avant ! — une voix que je reconnus pour la mienne. Et j'enfonçai les éperons dans les flancs de mon cheval. Tous se ruèrent à ma suite. Marc galopait auprès de moi; des larmes roulaient sur ses joues.
— Tu me regardes, dit-il ; ce n'est pas de lâcheté que je pleure. — Ensuite il me fit un signe et me montra qu'Agloval n'était plus avec nous. Me retournant, je vis un cavalier qui fuyait. Je vis aussi Firmin ; il s'était arrêté et pour la seconde fois souriait dans sa barbe. La colère m'envahit ; je fis volte-face et m'élançai sur lui ; mais il tira son épée et railleusement me dit : — Je n'ai pas le courage d'Agloval. Toi, poursuis ton chemin ; l'aspect de l'ennemi t'a fait intrépide. Va là-bas payer ta folie, mais ne fais pas obstacle à mes résolutions ; tu es libre de tes actes, moi des miens. Donc laisse-moi, que cette épée ne t'enseigne pas que nos amis sont souvent nos pires ennemis.
Je m'étais trop longtemps attardé, les autres cavaliers m'avaient devancé ; et le désir que j'avais de les rejoindre abattit ma fureur; je repartis.
Marc était tout en avant des nôtres, ses mains ne brandissaient aucune arme ; il faisait des gestes pacifiques. Une flèche le frappa et il tomba. J'aurais voulu m'arrêter et lui rendre un pieux devoir; mon élan rapide m'entraîna plus loin. Il n'était plus temps de revenir en arrière.
Je me suis jeté courageusement dans la mêlée. Couvert de coups, je suis resté couché parmi les morts amoncelés au pied des remparts.
Depuis, j'ai vécu à guérir mes blessures.
Firmin, ai-je appris, est entré dans la ville en vainqueur. »
Le vieillard avait achevé son récit. Et ses petits enfants, des hommes — des enfants pourtant — ne songeaient ni à Marc, ni à l'aïeul, ni à Firmin, ni à Agloval (quelles histoires ont jamais empêché d'advenir ce qui doit advenir ?) ; ils songeaient que le chêne aux larges branches sous lequel ils étaient réunis formait une ombre bien étroite.
Ed. Ducoté.
Poèmes
k'âme en p^inc
Je suis le matelot errant de grève en grève Qui sur toutes les mers a beaucoup voyagé, J'ai promené partout mon âme avec son rêve, Mais sur mon rêve, hélas ! partout il a neigé.
Aussi je suis bien las; une lente tristesse En filtrant en moi-même a blanchi mes cheveux, Je n'ai jamais connu Vamante qui caresse, QuMdonne la vie à ceux qui sont très vieux.
Je semais un peu de mon âme par la route En des pays lointains que je ne verrai plus, Et je la déchirais mais je la gardais toute !
Et je suis revenu de mes courses lointaines Seul et pleurant toujours le bonheur inconnu, Car je n'ai pas trouvé Vâme soeur de la mienne..
lies Vierges a la fontaine
Au bord de la fontaine à l'ombre du vieux saule Les douces vierges vont en cadençant leurs pas, Des voiles découvrant la fraîcheur de leurs bras, Dessinant les contours arrondis des épaules.
Les vierges puisent Veau souples et gracieuses Et remplissent leur cruche avec des gestes lents, Gardant de l'harmonie en tous leurs mouvements Depuis leur taille frêle à leurs lèvres rieuses.