‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 33 sur 140 · POÈMES · texte numérisé non relu

POÈMES

Puis leurs jeux innocents prennent l'eau pour miroir, Et leurs rires pédant dans le calme du soir S'en vont troubler Vécho des collines lointaines.,*

Au retour, au lieu de leurs rires envolés, Elles gardent l'émoi de leur cœur qu'a troublé La beauté révélée au bord de la fontaine.

Rantis^

C'est étonnant comme les pas de femme Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Paul Verlaine.

Dans mon cerveau qu'étreint la torture d'un songe J'entends marcher des pas de femmes sourdement, Et c'est Vécho lointain d'un bonheur décevant Ou bien c'est la chimère aux dents a" or qui me ronge.

Et parfois, certains jours, lorsque le ciel est bleu, Ces pas de femmes sont presque discrets et tendres , Rythmant un air très doux que je ne puis entendre. Comme étouffant l'accord de leurs destins heureux.

Nuit et jour, c'est le bruit de leur marche ironique

Troublant ma solitude, irréelle musique

Qui vient de loin comme un lent et faible angélus...

Et parfois une voix domine, évocatrice,

Et me poursuit, confuse et triste tentatrice,

Du nostalgique appel des jours qui ne sont plus !

Georges Bidache,

William Butler Yeats

Je demande d'écrire ici ce nom — pour avertir la mémoire de quelques-uns, qui, l'entendant sonnant de gloire, plus tard, se souviendront de l'avoir entendu déjà et me sauront peut-être gré de ne pas l'avoir laissé inconnu.

Notre royale et si gracieuse indifférence pour tout ce qui n'est pas nôtre, c'est-à-dire : français, nous permet quelquefois un moment d'attention pour tout ce qui est du dehors, pour ce qui vient de loin ; et de temps à autre aussi — bravade plutôt que bravoure — quelque belle passion charpentée de paradoxes et de contradictions nous emporte vers l'étrange et l'étranger : Tolstoï, Ibsen, d'autres.

Mode, seulement, et si passagère — car, au fond, peu nous importe. Blasés un peu parce que très riches et qu'il est mieux a nous de prodiguer d'inépuisables richesses, d'éblouir par notre faste, d'enrichir avec une puérile vanité ceux qu'émerveille notre splendeur.

Aussi, parce que nous n'avons pas enrichi, ni même secouru en quelque minime besoin W. B. Yeats et qu'au contraire il y aurait peut-être pour nous à recevoir, je vais essayer de parler de son œuvre et de lui.

Irlandais d'Irlande, né près de Dublin en i865, W. B. Yeats vécut jusqu'à quinze ans chez ses grands parents à Sligo, ville du Connaught, au bord de l'Océan, dans une contrée pittoresque, même presque sauvage, et restée profondément irlandaise. C'est pendant ces premières années, où les impressions recueillies ont une influence ineffaçable et puissante sur toute l'existence, que le jeune homme s'imprégna si complètement des caractères de la race et du pays celtiques. A quinze ans son père, peintre distingué., le fit revenir auprès de lui, à Dublin. C'est dans cette ville que W. B. Yeats fit ses études et très jeune se mêla aux milieux intellectuels qui rêvaient déjà d'un relèvement moral de l'Irlande, et il s'initia aux divers mouvements qui se formèrent dans le si louable et noble but d'aider autrement que par la politique à la délivrance d'un malheureux et intéressant pays. Depuis cinq ans, le poète habite Londres, mais il retourne très fréquemment à Sligo, pour s'y reposer et achever dans le calme quelque œuvre commencée.

L'Irlande est une source incomparable d'inspirations pour le poète. Son histoire primitive est absolument fabuleuse ; exempts c's

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