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tout mélange, lés mythes celtiques se conservent jusqu'au iv 8 siècle si intimement assimilés à l'esprit populaire que quand saint Patrick vient apporter le christianisme aux insulaires, ceux-ci acceptent la religion nouvelle sans aucun préjudice pour l'ancienne ; et les histoires des martyrs et des saints se confondent avec les légendes mystérieuses des fées et des esprits « du royaume des ténèbres, »
Au vi e siècle les Danois envahissent l'Irlande, s'établissent en de nombreux endroits et la mythologie Scandinave apporte un nouvel élément au premier fonds mythique du pays, déjà mélangé de légendes chrétiennes.
Malgré ces intrusions, l'Irlande est restée profondément celtique. Toutes les tentatives d'assimilation anglo-saxonne sont restées vaines. Même le dialecte que parle le peuple s'est conservé presque entièrement celtique ; les mots étrangers qui s'y sont introduits se sont complètement déformés et ont revêtu le caractère du dialecte autochtone.
La réforme religieuse anglicane ne pénétra pas en Irlande et depuis bientôt quatre siècles les Irlandais sont restés fidèlement attachés à la religion catholique ; actuellement encore les sept huitièmes de la population sont catholiques.
Ce conservatisme exagéré n'est pourtant point le fait de la race. La cause réelle en est dans l'éloignement systématique, où le peuple fut toujours tenu, de toute émancipation, de tout développement artistique ou intellectuel par un régime politique oppresseur, qui devait nécessairement entretenir la misère et l'ignorance pour obvier aux velléités d'affranchissement et aux tentatives de révolte. Mieux que nul autre, W. B, Yeats sait le désolant état et la triste condition de ses pitoyables compatriotes, et malgré sa passion d'art et son effort vers sa réalisation, il leur dispensa toujours toute sa sollicitude. Il est un des protagonistes de l'actuel mouvement de relèvement en Irlande et un des plus actifs membres de Flrish Literary Society fondée par Sir Charles Gavan Dufify, qui s'agite puissamment et avec intelligence, sans hurler de creuses revendications, ni brandir frénétiquement des drapeaux criards et rapiécés. Ils sont nombreux ceux qui luttent pour faire obstacle à l'influence des rhéteurs que les nécessités politiques ont fait pulluler, et qui s'efforcent de persuader aux Irlandais ignorants qu'il leur faut — non pas des révoltes futiles et infructueuses, mais — une éducation, une littérature, un art, une existence intellectuelle ; se tourner vers ailleurs que les réclamations vaines et provocatrices ; accepter les vues et l'influence de Télite intelligente et savante, comme la
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voie véritable vers la délivrance « et non comme la politique déguisée d'un parti. »
Il est bon maintenant de s'arrêter ici et de détromper ceux qui pourraient supposer que W. B. Yeats n'est en somme qu'un poète de clocher, un barde patriote. Mais encore que lui-même s'affirme avec insistance, « un poète irlandais, considérant ses compatriotes comme son définitif et meilleur public et essayant d'exprimer tout ce qui peut les directement intéresser et les faire s'attacher à leur antique contrée, » jamais n'est absente de chez lui cette vaste sympathie pour le reste du monde qui lui fait exprimer d'une façon large et générale des sentiments et des idées occasionnés par des circonstances et des faits particuliers.
Il ose assigner un but à son art, un but pratique et des résultats immédiats. Dédaigneux de dilettantisme facile, des formules proclamatives creuses, des invectives méprisantes à ceux inaptes à comprendre par manque ou insuffisance d'éducation, il a su éviter toute inféodation et tout enrégimentement ; et lui-même a expliqué très simplement ses intentions. « A côté, dit-il, du désirqu'a tout artiste de se créer pour lui-même un petit monde avec les choses belles, agréables et significatives de cet univers gâté et grossier, j'ai eu le désir d'évoquer visionnairement quelque chose de la face même de l'Irlande pour ceux de mes compatriotes qui l'aiment. » Et avec une tranquille sincérité il s'est mis à l'œuvre, contant et imaginant. « Les choses qu'un homme a entendues et vues sont les fils avec lesquels il tisse sa vie ; qui veut et peut les tirer soigneusement du confus fuseau de la mémoire peut lés tisser en vêtement de croyance, selon sa foi en le meilleur. « Moi aussi, ajoute-t-il, comme tant d'autres, je me tisse mon manteau, pour m'y tenir bien au chaud et certes serai-je content s'il ne me messied pas. »
Il serait, je crois, difficile de prendre pour égoïsmé ce qui n'est qu'une claire affirmation d'indépendance.
« L'Art, nous dit encore le poète, a élevé sa demeure bien loin des champs désespérés où les hommes étendent sur des rameaux fourchus, leurs manteaux ainsi que des' étendards de bataille, » et lui, sachant cela, marche à l'écart des clameurs et des massacres vers la tranquille retraite de l'Art.
Des œuvres pour témoigner en faveur de ces dires, W. B. Yeats en produisit de nombreuses et de probantes ; les voici : pour mémoire seulement citerai-je cinq volumes de récits, contes, légen-
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des irlandaises recueillis sous le titre général de « Compilations » qui eurent un grand succès auprès du public anglais.
Ces anthologies soigneusement et judicieusement extraites des meilleurs folk-lorists, romanciers et poètes Irlandais, furent répandues à profusion par l'Irish Literary Society pour aider le mouvement littéraire en Irlande et contribuèrent pour la plus grande part au succès décisif et rapide des efforts des propagandistes.
En 1893, en collaboration avec M. Edwin Ellis, W. B. Yeats publia une édition interprétative en trois volumes des écrits mystiques de William Blake ainsi qu'une petite anthologie de ses poèmes. Ce considérable travail coûta plusieurs années d^efforts et de recherches aux deux interprétateurs. Avant eux, Blake était pour ainsi dire complètement ignoré ; à part ses gravures dont on s'étonnait sans les comprendre, l'entier système poétique, symbolique et critique de l'extraordinaire génie qu'était William Blake restait dédaigné ou incompris. Pourtant, M. Swinburne, M. Gilchrist, Dante et William Rossetti avaient essayé de pénétrer les arcanes des théories mystiques de Blake sans réussir autrement qu'à remettre en lumière son œuvre admirable, à faire connaître son nom et attirer sur lui l'attention des jeunes esprits épris de mysticisme, de beau et d'extraordinaire. C'est ce qui arriva, et le mémoire explicatif qui précède les écrits de Blake est une merveille de clarté, de clairvoyance, et sans prétendre suppléer aux œuvres mêmes de Blake, est leur nécessaire adjoint sans lequel il est impossible de saisir le sens quatre fois obscur du mythe des quatre Zoas.
Cjci m'amène à souhaiter qu'il soit publié, sinon une traduction entière de l'énorme travail de Yeats et Ellis, du moins quelques études compréhensives et suffisamment étendues (1) qui certainement viendraient à temps et seraient tout simplement une révélation pour le plus grand nombre.
Après ces œuvres d'érudition, de critique et d'interprétation qui révèlent la valeur de Yeats comme esprit souple et assimilateur, nous avons à parler de ses œuvres personnelles, romans, imaginatives reconstitutions des époques reculées et abolies, scènes observées de la vie moderne en Irlande, et, ce qui est le meilleur de W. B. Yeats, ses poèmes.
Un court roman dont Sligo lui fournit les personnages et le théâtre, est, sous le titre de « John Sherman », un tableau de la vie pro-
(1) M. Stuart Merrill, dont nous connaissons l'indiscutable compétence, nous a dit préparer en ce moment une étude complète sur William Blake qui paraîtra proba" blement l'automne prochain.
vinciale en ce coin reculé de l'Irlande. Un style souple et brillant, une habileté certaine et qu'on n'aperçoit pas, une émotion discrète et contenue, une finesse spirituelle et délicate que ne gène jamais une observation pénétrante et sévère, telles sont les qualités de ce petit volume charmant, qui contient aussi une assez longue nouvelle : Dhoya. En somme on ne sait trop si Dhoyaestune histoire, un conte ; c'est quelque chose, semble-t-il, de beaucoup plus ténu, léger, faible presque; c'est une légende irlandaise, une fable du temps des géants, des fées et des puissances magiques, aussi incorporelle, inconsistante que pouvaient l'être les esprits ou les lées, qui laisse après soi un charme délicieux et ineffable.
Le Crépuscule celtique, le dernier volume de prose qu'ait publié W. B. Yeats, est une suite de récits que l'auteur suppose lui avoir été contés « par un certain Paddy Flynn, petit vieux aux ypux brillants, qui vivait dans une simple cabane au village de Bailisodare. » Dès les premières pages, onsesent attiré par le charme preneur, la douceur exquise de ces naïves et si belles croyances. Ce n'est pas une grossière et ignorante superstition, de terrifiantes histoires de revenants et de fantômes, mais seulement quelques faits plus frappants et moins ordinaires survenus entre hommes et esprits en leurs continuelles relations. Car en Irlande, il y a une sorte de timide affection entre les hommes et les esprits ; ceux-ci m sont que bien rarement malfaisants, et le paysan irlandais sait bien qu'il ne faut pas lutter avec eux ; avec la vaste et vague extravagance qui demeure au plus intime du cœur celtique, il leur conserve le merveilleux et l'invraisemblable qui les lui rend chers. Il concilie sa foi catholique inébranlable, avec la croyance un peu clandestine aux puissances « du royaume des Ténèbres » t et il a su garder des temps gaéliques l'ancienne simplicité et la grandeur de l'imagination. Pourjustifier son intention, et expliquer pourquoi il raconte, à son tour, les histoires de Paddy Flynn, W. B. Yeats termine l'a présentation de son conteur en disant : « Qu'est la littérature sinon l'expression de modes, au moyen du symbole et de l'incident? Et n'est-il pas des modes qui demandent pour leur expression le Ciel, l'Enfer, le Purgatoire et le monde des esprits et des fées, avec autant de raison que cette terre dilapidée ? N'y a-t-il pas des modes qui ne trouvent d'expression à moins qu'il n'y ait des hommes <[ui osent mêler le Ciel, l'Enfer, le Purgatoire et le Pays des Fées, ou même placer des têtes de bêtes sur des corps d'hommes, ou bien jeter des âmes humaines au cœur des rocs? Continuons donc, nous les diseurs de contes, et quelque proie que le cœur réclame, saisissons-ia, et n'ayons aucune crainte. Toutes choses existent, toutes
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choses sont vraies, et la terre est seulement un peu de poussière sous nos pieds. »
Ce qui est curieux et caractéristisque chez W. B. Yeats, c'est justement cette conception d'un art symbolique qui lui fait une place à part dans le mouvement si vivace et si profond qui agite les jeunes générations d'outre-Manche,
Si maintenant nous le considérons comme poète, nous serons obligés de convenir qu'il a maîtrisé l'idée et conquis la forme, étant parti de cette primordiale donnée : un art exprimant des « modes » par l'incident et le symbole. Et s'il dit des modes, c'est parce que tout est transitoire, sinon complètement illusoire, et le mode est comme une fixation, quelque peu plus temporaire, de l'accident immédiatement produit et immédiatement disparu ; — c'est le symbole qui, — rapport entre les faits accidentels, — les élève à la puissance de modes. En possession de cette formule claire et simple, il lui fallait choisir les incidents, saisir leurs rapports symboliques, et, seconde moitié de la tâche, trouver la forme, la créer. Toutes ces difficultés, W. B. Yeats les surmonta. Ses sujets, il les prit à la très nouvelle et très originale source du folk-lore irlandais. Très épris des mystiques qu'il connut tous, assoupli et merveilleusement éduqué par l'étude de William Blake, le symbole se présente à lui, sous sa forme la plus claire, la plus profonde, la plus étendue en signification. Et ses poèmes sont les splendides et somptueux vêtements avec lesquels il pare la nudité éclatante de l'Idée.
Et voici « Les Errances d'Usheen » qu'Usheen lui-même, le conteur épique du légendaire cycle des Fénians, raconte à saint Patrick sa rencontre, alors qu'il poursuivait un daim avec Conan,Sgeolan; et Lomair, de Neave, la fée charmeuse qui l'aime, et qui l'enlève ; leurs chevauchées par dessus terres, rives et flots vers les trois îles du « Faery Land » et son séjour de cent ans dans chacune d'elles. Charmeur aussi comme une hantise dont on ne sait se défendre et qu'on subit, revient souvent persistant et immense de ténacité, l'espoir que conserve le vieux barde : « J'irai, là bas vers les Fénians, pour chanter les chants guerriers qui les éveilleront de jadis, ils se lèveront, formant des nuages de leur souffle — Innumérables, chantant, exultant ; la terre sous eux halètera — Et les démons seront cassés et brisés, et foulés aux pieds jusqu'à la mort. » Puis quand saint Patrick si bellement l'exhorte et lui rappelle la mort à jamais de ces âges :
« Ah I moi, être secoué de toux, et cassé de vieil âge et de peine
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— Sans joie ni rire, risée pour les enfants, seul avec le souvenir et le regret — Tout vidé d'heures pourpres comme le manteau d'un mendiant sous la pluie, — Gomme une graine d'herbe broyée sous les cailloux, comme un loup impuissant qu'on tue dans un piège.
— Il est douloureux de voir les heureux, quand personne de ceux qu'on aima jadis n'est là; — Quand la vie aura laissé mon corps j'irai trouver Caolte et Conan et Bran, Sgeolan et Lomair et habiter le palais des Fenians qu'il soit en flammes ou qu'on y festoie. »
The Countess Cathleen est l'histoire admirable et simple d'une noble Irlandaise des vieux temps. Une famine s'alourdit sur le pays et la mort est affairée. Les pauvres gens, affolés de souffrance, vendent leurs âmes pour de l'or à de mauvais esprits qui parcourent la contrée déguisés en marchands. Ils achètent si bien qu'ils épuisent leur or, et qu'ils vont voler le trésor de la comtesse Cathline pour continuer leur trafic et l'empêcher de sauver les âmes de ses gens avec ses richesses qu'elle prodigue. Mais il reste une ressource : elle vendra son âme très précieuse pour Dieu et convoitée du diable en échange de tout l'or des démons et des âmes déjà achetées. Elle vend son âme et à ce prix sauve les âmes des pauvres gens de la mort éternelle et leurs corps des angoisses de la faim. 'Maintenant sa vie est inutile, épuisée : elle meurt. Et des anges descendent de Dieu pour prendre son âme au ciel, en récompense très juste de son suprême sacrifice. Cette courte et sèche analyse ne peut que donner une très mauvaise idée de ce très beau poème; mais avec un sujet aussi simple W. B. Yeats a fait un récit largement dramatique : il n'y a, à vrai dire, aucune complexité de faits et de motifs, nulle crise principale, nul inévitable dénouement. Le poète est resté conteur, ce qui lui laisse plus d'aise et de liberté. Cette absence de toute complexité augmente l'intérêt et la puissance du poème, on n'entend rien de la lutte morale de la comtesse Cathline ; simplement, son amour des pauvres gens, amour si fort qu'elle accepte de perdre son âme comme un acte douloureux et ingénu de libre renoncement. Les réflexions, la délibération, le choix des motifs, la détermination., insaisissables dans le poème, sont présents — pour citer la belle expression de M. Lionel Johnson — comme s'ils se passaient entre Dieu et ses anges. Et tout cela est plein de détails familiers, de touches délicates d'une parfaite réalité, sans que jamais le côté spirituel des choses disparaisse. — Les sombres et épais brouillards des bois et des marais, pestilents et empoisonnés, sont comme les fumées et les nuages du péché et du mal ; la pureté et la beauté de Cathline sont la spirituelle clarté de Ja foi et de la grâce; les bizarreries des paysannes, superstitions aussi
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bien que la pure abstraction des significations spirituelles, sont habilement évitées. Tout est vivant de ce qui intervient dans le poème : les esprits, les « faeries », les éléments ; on sent la double nature de la vie, sans irréalité d'aucune sorte. Toutes prétentions sont rejetées qui ne feraient pas le poème vigoureux, riche et vivant ; c'est beaucoup plus qu'un épisode lyrique — ce n'est pas un drame au sens ordinaire et usé — c'est une forme très originale fortement sentie, et singulièrement puissante, c'est un émouvant appel de la nature, comme l'a définie M. Lionel Johnson,
Parlerai-je moins abondamment des autres légendes et poèmes, très variés et plus courts, de M. W. B. Yeats, puisque je me suis attardé si longuement sur ses deux grands poèmes. De ces autres courtes œuvres — en deux recueils — The Rose et Crossways — le charme immédiat est un rythme harmonieux qui rappelle Goleridge et Collins, dû à une discrète richesse de mots et d'expressions toujours en accord avec la pensée et l'image et qui fait l'incommunicable beauté de la vraie poésie.
En ces ballades, ces poèmes d'amour, aux mètres si variés, d'inspiration si diverse, apparaît un autre aspect du caractère du poète. Après les évocations ardentes et aimées des temps guerriers où habitaient Erin, Vérité et Amour, nous sont donnés une simplicité naturelle, des sentiments en rien artificiels, parfois enjoués et spi rituels, quelquefois mélancoliques, tristes, pitoyables jusqu'à l'amour:
A pity beyond ail lelling Is hid in the heart of love.
Même en les plus mystiques inspirations se trouve un accent de profonde sympathie pour les destins des choses et des êtres :
I find under the boughs of love aud hâte, In ail poor foolish things that live a day, Eternal beauty wandering on her way.
De tous ces poèmes se dégage une tendance très pure et noble, un idéalisme qui est trop rare et trop délicat pour être compris par ceux que satisfont la grosse abondance, la plate réalité d'un naturalisme photographe d'obscénités. W. B. Yeats avec d'autres nombreux des dernières générations — minor poets, comme on les appelle tant qu'ils ne sont pas de l'âge du Lauréat — oppose aux derniers efforts du précédent mouvement, son souci d'art, son culte de la Beauté, sans être arrêté par les préjugés, sans s'inquiéter des attaques et des calomnies, persuadé qu'on juge l'artiste d'après son œuvre et non pas l'œuvre d'après l'artiste.
Prochainement encore paraîtront de lui un recueil de récits dont quelques-uns parus déjà sont d'une originalité et d'une beauté extra-
ordinaires ; The Secret Rose sera le titre de ces divers « efforts vers l'Idéal » ; de nouveaux poèmes, prometteurs d'exquises et rares félicités — chant du vent dans les roseaux, mystérieux murmures des choses qui se souviennent, soupirs des êtres, leurs douleurs et leurs joies — le titre : The Wind among ihe Reeds. A la prochaine saison, sans doute, au théâtre une pièce en vers : The ShadowyWaiers.
Et voici imparfaite, mais sincère et admirative, cette étude sur celui que même ses rivaux reconnaissent pour très grand. « Poète d'une prodigieuse beauté » — « ...à mon avis, il est de beaucoup le meilleur de nos jeunes poètes », m'écrivaient dernièrement M. Lionel Johnson et M. Arthur Symons. L'opinion de cet impeccable critique et l'hommage de ce très délicat artiste peuvent garantir mon opinion. Car qui ne serait séduit?-
Et comme ceci est un -appel vers les mémoires, pour des temps plus lointains, que soit dispensée à W. B. Yeats, la satisfaction de son effort fidèle et loyal, et qu'il voie s'approcher avec les temps qui 'viennent, l'accomplissement de son rêve.
Ah l faeries, dancing under the moon, A Druid land, a Druid time.
Henry D. Davray.
Poitrinaires
Les orangers emplissent d'odeurs blanches
les chemins lumineux
où le soleil prometteur
de guérisons dore les palmiers touffus
où s'abritent et se chauffent
les poitrines déchirées
des mélancoliques phtisiques.
Le mistral dur et mordant
sans pitié
pour ces poitrines déchirées,
ces lambeaux de vie qui s'effrite,
chante lugubrement, lamentablement,
le De Profundis
de toute espérance.
Ils sont allés ces poitrinaires,
voyageurs jamais las,
cook's tour de la mort,
vers des Eldorados de déception,
traînant leur corps douloureux
aux bords des Rivieras perfides
et des Nils mystérieux.
Ils agonisent et pleurent
dans les décors de bonheur,
perdus en d'inquiétantes songeries
que nul ne connaîtra jamais.
Ils ont la haine de ceux qui vivent,
des robustes, et des forts, et des joyeux,
de tous ceux qui crèvent de santé !
9§ L*ÉRM1TAGE
Ils n'ont jamais connu la gloire de l'Automne
la jouissance des feuilles écrasées
dans les allées encore un peu ombreuses
où les chairs se caressent et se frôlent,
où les lèvres se jettent sur les lèvres
en un ardent amour épanoui
parmi les fleurs mortes.
Ils n'ont jamais connu l'adorable mélancolie
des crépuscules
au bras de la bien-aimée.
Ils n'ont jamais connu la gloire des nuits.
En leur sommeil peuplé de fièvres,
les veilleuses, phares de la Mort,
fantomatisent effroyablement
la gardienne des corps et des âmes
et seule la musique des chapelets
accompagne le rythme de leurs râles.
Ils ont connu les semonces trop douces
et trop maternelles
des voix calmes et froides ;
les lèvres qui ne rendent pas
caresses pour caresses
et les larmes — qui tuent le désir —
sous l'effarement de la salive rouge.
Ils ont eu les longs soirs sans repos
où fermentent les pensées rebelles,
les tristes, tristes heures
aux amertumes désolées.
Et sous leurs draps, linceuls trop hâtifs,
ils ont senti les frissons
avant-coureurs de l'Eternité.
Sous de lentes insultes et de lancinants reproches
ils ont crucifié ceux qui les aimaient.
Ils ont maudit ceux qui les ont créés
sans souci des vies enfantées,
pour le plaisir du plaisir,
en d'amères et maladives caresses,
en de louches et ténébreuses jouissances.