‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 36 sur 140 · LA PETITE PRINCESSE CHRISTIANE · texte numérisé non relu

LA PETITE PRINCESSE CHRISTIANE

La petite princesse Christiane ne connut jamais son père, ni sa mère. Son père avait nom, le prince Reymond et sa mère était la princesse Moriane. Leur château dressait sur le flanc d'une colline, ses quatre tourelles, hérissées de machines de guerre et peuplées d'hommes d'armes.

Moriane était une princesse belle et voluptueuse qui vivait entourée de pages blonds et de lévriers roux aux yeux de flammes et laissait couler le fil de ses jours parmi le luxe des étoffes d'Orient, dans la féerie d'un rêve de brocard et d'améthyste ; pendant ses sommeils des parfums d'Arabie brûlaient autour d'elle, dans des cassolettes d'or qui reposaient sur des trépieds d'argent.

Reymond était un prince superstitieux et cruel qui poursuivait un perpétuel rêve sanglant parmi des magiciens et des astrologues. En deçà des fossés de leur château, tout au bas de la colline, il y avait des jardins merveilleux où fleurissaient des roses-thé, des roses-trémières et surtout des roses couleur de sang.

Au milieu des jardins, luisait un étang poli comme un miroir, que peuplaient deux cygnes noirs du battement de leurs grandes ailes taciturnes, puis les encerclant d'une colossale muraille de nuit, des bois si touffus s'étendaient si lointainement, que lorsque Moriane montait au haut des tours, soit par les nuits claires et palpitantes d'étoiles, soit par les jours cruellement lumineux, un monde de nuit semblait commencer là-bas, à la lisière du bois profond. Le prince Reymond rendait haute et basse justice aussi loin que pouvait s'étendre par delà, la formidable enceinte de la Forêt, la brutalité de ses hommes d'armes et sévir les flèches de ses archers.

Or un jour, il partit pour une expédition lointaine ; il emmenait soixante mules chargées d'armes et de provisions, six cents archers,

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