‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 39 sur 140 · LE PETITE PRINCESSE CHRISTIANE TOC · texte numérisé non relu

LE PETITE PRINCESSE CHRISTIANE TOC

pour en atténuer encore la rudesse des cependant si fines lignes; les uns pinçaient de cithares, d'autres jouaient de violes langoureuses; il en était qui tenaient en leurs mains des miroirs pour jouir de l'orgueil de leur beauté parmi les autres beautés. Par les jardins, ils allaient en blanches théories, jeunes hommes et jeunes vierges qui se tenaient par la main et venaient en guirlandes de joie, oflrir à Christiane la tentation de leur bonheur.

Cependant, tandis que Christiane se rappelait les belles saintes des missels, il lui paraissait qu'elles possédaient des yeux plus heureux et des attitudes plus modestes; comme elle songeait quand même dans un grand élan d'amour à offrir à N.-S. Jésus le présent de son bonheur, vers la Croix, elle leva des yeux pleins de reconnaissance, alors il lui parut que la Croix s'attristait, d'elle s'exhalaient de longues plaintes qui se mouraient en sanglots, mais sous l'haleine de sa prière voici qu'elle resplendissait de nouveau et une voix intérieure disait à Christiane de fuir le palais de sa Tentation pour marcher à la seule conquête de la Vie éternelle. Alors elle abaissa ses yeux vers la Terre, elle ne vit plus les blanches théories ni les merveilleux jardins, le palais s'évanouissait dans une brume d'or ; elle continua sa route le long des champs redevenus monotones et roux, mais ayant regardé derrière elle, au détour d'un chemin, elle vit tout au haut de la colline surgir des brumes d'or, une maison en ruine avec, à côté, une petite vieille qui toussotait et riait méchamment.

Christiane pleura sa faiblesse devant les tentations ; pour son expiation, elle s'éprit encore de la joie de souffrir ; de ses pieds frêles, elle foulait les cailloux des chemins, elle marchait dans les champs hérissés de ronces ; lorsque ses yeux se fermaient, tant sa douleur était vive, elle voyait dans le ciel de pourpre de son rêve intérieur les belles saintes des missels qui venaient vers elle avec des palmes, et un souffle frais passait sur son visage.

Cependant le bruit s'étant répandu parmi les bonnes Foules qu'une princesse pèlerinait, les yeux regardant le ciel, vers une adoration mystérieuse, elles venaient au-devant de Christiane aux croisements des sentiers; des femmes lui présentaient leurs enfants, des malades se dressaient devant elle ; Christiane imposait ses mains sanglantes sur les têtes des enfants et des malades, et comme elle avait beaucoup souffert elle avait don de guérison ; à des lépreux devant qui fuyaient les Foules, elle donna sa main à baiser et de leurs plaies hideuses s'exhalèrent de délicieux arômes.

C'est ainsi que la petite princesse marcha parmi les bonnes Foules jusqu'au matin où les cygnes s'arrêtèrent au-dessus d'un palais

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que couronnait une Croix sœur de celle vers qui allaient ses regards implorant le ciel, alors Christiane étant timidement entrée vit tout au fond, sous la lumière drapée des vitraux, offrir l'hostie rédemptrice toute auréolée d'encens, et sa petite âme, délivrée du souci de sa malédiction, s'essora vers les cygnes dans Phosanna des cloches, avec Pâme mystique de N.-S.- Jésus.

Georges Le Cardonnel.

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