LOUIS XI CURIEUX HOMME
torches d'or, les drapeaux et les fleurs que Paris, la bonne ville, agitait vers son roi.
— « Goûtez-vous pas, mon oncle, une telle nuit d'été ? »
Il venait des étoiles comme une odeur de miel, et dans le ciel doré volaient des astres bleus, et c'étaient, les étoiles, comme un bruissement d'abeilles, ailes bleues adorantes, autour d'un lys doré.
— « Ah ! les gentils présages des soirs d'été, cher oncle ! D'une hauteur de lune, cela sent son espoir... »
— « Hé, la, beau neveu I que dites-vous d'espérer ? Etesvous dépité ? N'êtes-vous pas heureux ? »
Très doux, le roi de France se mit à siffloter, — et la lune ourlait d'or son chaperon loqueté.
tt r — « Voici, comme il convient, mon pays bien I V charmé... Tout le monde est content, même le 1 Y Y Parlement. Grand merci, chers parents, pour tout l'argent prêté. Si vous le revoyez, ce sera dans un songe... Mais je vous en saurai mieux gré dans l'autre monde, car voici qu'en mon cœur, ce cœur plein de candeur (tant il est vrai, mon Dieu, que je me connais mieux que ne me connaîtront jamais les chroniqueurs), sourd le violent désir de ne jamais mourir ( Pâques-Dieu, Dieu le veut ! s'il veut qu'un petit neveu, Philippe, comme mon oncle, ou Louis, comme son neveu, ou même Louis-Philippe, signe ce bel arrêt : Par la grâce de Dieu, Roi de tous les Français !) pour le vrai bien public, de ne jamais mourir avant de me ravir l'ouïe de ces mots divins : Bourgogne, notre bien.
« Mais prudence ! place aux l'êtes. — Tout ceci sera long. Mais nous y arriverons, mais nous y arriverons. »
XEt sur les tours, en fête, l'argenterie des clochettes, parmi leurs ritournelles, comptait Louis VI, Louis VII, Louis VIII, Saint- Louis, Louis X, tandis qu'y répondant, du beffroi des Tournelles, de l'ombre des couvents, le bronze des bourdons sonnait Louis XI, Louis XI, onze, onze, onze...
...onze.
Paul Fort.
Dialogue Nocturne
L'AMANTE
L'ombre, d'arômes frais, t'invite et te caresse ; Déjà trois fois pour toi mes yeux se sont rouverts; — La lune d'Orient vogue sur la détresse D'un minuit qui sombra dans des calmes amers.
Ecoute, une voix veille au silence des plaines, Qui clame au bord des eaux son amour inconnu, Et la brise est si tiède emmi les marjolaines Que Ton y voit bondir le sylvain noir et nu.
Halte divine où sont les coupes d'ambroisie, L'heure qui plane au ciel, tinte très lentement, Afin que du Léthé ton âme ressaisie Nous revienne plus douce à son doux tintement.
Mais de cette torpeur funeste où tu t'exiles, Sens-tu pas sur ton sein brûler mes yeux jaloux, Et ma bouche presser tes formes juvéniles, Toi qu'en un soir sanglant j'avouai mon époux ?
LE POÈTE
Des lys entrebaisés s'érigent en un songe
Que sillonne un appel cristallin et réclair
D'un grand vol éperdu qui dans sa nuit replonge...
Un papillon languide a butiné ma chair...
Et le peuple des rieurs, près des eaux langoureuses, Goutte le pur délice où mon corps le haussa, Quand je parus, le soir, sur les rives herbeuses, Et que ma lèvre aux corolles se fiança.
Je chantais en suivant le long des hautes haies ; En l'honneur du soleil, naguère défailli, Les oiseaux pépiant encor leurs notes gaies, Des pétales neigeaient à travers le taiJli.
Je me souviens ; la nuit venait fraîche et très claire, Une odeur, oui, Podeur des proches fenaisons Fuyait vers ces lambeaux que l'ombre encor tolère De pourpre s'exaltant aux douteux horizons.
Et voici que devant mes yeux parut le fleuve Dont les vagues portaient à leurs cimes des cris D'extase, et j'aperçus sous la frondaison neuve Surgir des torses blancs entre les joncs fleuris.
Hélas î j'ai vu crouler les rousses annelures ! J'ai vu les seins offerts. En les flots cajoleurs, Je vous revois, ô fiers appels des hanches pures, Montant des claires eaux en les bonnes senteurs !
Et j'ai suivi ta main à ma main attachée.
Vers la coucha futile où, sous les brocards lourds,
La soie, unie au lin, tend sa folle jonchée
Au sommeil ébauchant le rêve en gestes gourds.
Mais je veux retourner vers le fleuve limpide Et les arbres penchés sur de fuyants miroirs Et dompter en les flots qu'un long sillage ride La nymphe s'ébattant parmi les cygnes noirs.
L'AMANTE
Ah ! ces mots insensés devaïs-je les entendre i
Que n'ai-je abandonné ta pauvre âme aux sommeils,
Ne connais-tu ma voix et sa caresse tendre,
Toi, l'aimé des longs soirs et des brûlants réveils ?
La voilà qui revient la mauvaise folie, Quand je la croyais morte avec les sombres jours t Regarde, c'est bien moi qui te parle et qui lie Ces bras que tu nommais prison de tes amours.
Je ne te quittai point sur ta paupière close La lune ayant dardé ses obliques rayons, J'ai craint pour toi son influence qui dispose Tous nos sens alourdis aux vaines visions.