‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 60 sur 140 · PAQUES · texte numérisé non relu

PAQUES

C'est le bonheur confus du printemps qui s'exalte,

C'est l'âme humaine qui fait halte,

Sous les pins et les tamaris,

Un moment dans une oasis,

Avant de reprendre sa route

Vers l'universelle déroute.

Les sons des cloches propagent dans l'air Une ivresse d'orgueil et d'espérance, Et leurs vibrations prolongent dans l'éther De radieuses remembrances.

Il est ressuscité !

Et, dans les bois profonds, les faunes se réveillent Pour faire au renouveau des autels et cueillir Les pommes d'or et les grenades de l'été Que le feu du soleil fait mûrir Dans les vergers et sous les treilles.

Tout cœur s'émeut d'amour et de désir ;

Le même frisson parcourt toute chose,

Et les cyprès comme les roses

Palpitent d'accueillir

L'Amour qui vient en cueillant des jonquilles,

Dans les jardins et les bois,

Avec son escorte de jeunes filles

Et de joueurs de hautbois.

O mon âme, oublions le leurre

De tout ce qui nous entoure,

Soyons heureux simplement de cette heure.

Où, dans la clarté, l'on savoure

La résurrection de la vie,

Où toute âme humaine s'élève,

Calme et ravie,

Vers la beauté du rêve,

Et, dans cette aurore pascale

Blanche d'une neige florale,

Communions avec la vie I

Edmond Jaloux,

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