‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 66 sur 140 · IV. LE MOIS · texte numérisé non relu

IV. LE MOIS

Un voyage présidentiel est toujours sujet à réflexions. Dès qu'un des indigènes que le président vient visiter avec grand flafla se permet quelque vœu, quelque demande, quelque indication pour l'avenir politique, voilà le Président qui fronce le sourcil, le Protocole qui dit : Ce n'est pas son affaire ! adressez-vous aux ministres, la Presse qui fulmine : Comment conçoit-on un tel manque de tact? Pourtant, il faudrait s'entendre. Si le Président ne doit pas écouter ces choses-là, pourquoi voyage-t-ilî On comprend les déplacements d'un roi, d'un empereur, à qui l'on remet des suppliques et qui répond : Je ferai ou je ne ferai pas. Mais un Président qui dit : La porte à côté î ne voyage alors que pour boire du Champagne et recevoir des aubades de pompiers ! Rien ne montre mieux la paonnerie de M. Carnot qui mit à la mode ces tournées et de M. Félix Faure qui les conserve.

A propos de présidents, il est regrettable qu'on n'ait pas dès la naissance de la République posé le principe que chaque nouvel élu septennaire recevrait, en don de joyeux avènement, 7 millions pour bâtir un palais ou un monument public, à son choix, histoire de laisser dans l'histoire une trace un peu plus solide que celle qu'ils laissent tous. Il aurait été amusant de comparer les bâtisses : M.Thiers aurait imaginé, vers le carrefour Montmartre, une Fondation voyante et de prétention pratique en stuc et simili marbre avec des collections d'objets d'art abominable, le bon maréchal aurait construit en moellons carrés par la base une caserne ou un bastion dans un pays aquatique (que d'eau !. que d'eau !), Grévy aurait aligné dans un quartier à plus-value prochaine, des maisons de rapport wilsonique (eau et gaz à tous les étages), Carnot un palais gourmé, inutile, immortels-principes et mélancolique, Casimir Périer une niche inachevée de boule-dogue qui tourne en chien de Jean de Nivelle, Félix Faure... arrêtons-nous; la censure !

Puisque le Tsar vient à Paris, on peut bien parler (une fois n'est pas coutume) de l'alliance russe.

La France donne depuis quelques années un étonnant exemple de couardise ingénue et de raccrochage anxieux. L'amitié de la Russie est-

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