‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 7 sur 140 · RELACHE AUX ÎLES FORTUNEES · texte numérisé non relu

RELACHE AUX ÎLES FORTUNEES

qui partent. Us vont s'apprendre à devenir des héros ; ils vont s'apprendre à communier avec la nature. Leurs statures se hausseront jusqu'à celles des ancêtres. Ils reviendront auprès de vous, endurcis et véhéments ! exagérés et barbares ! Et, pourtant, leurs yeux seront bleus jusqu'au lapis, leurs lèvres rouges comme le corail, leur peau brune comme les écorces. Désormais, ils seront capables de labeur. La plupart auront délaissé les continents agglomérés et putrides pour ces exils adorables, et leur vie en sera bien plus belle !

Pour moij je ne saurais m'éterniser ici. Je vais appareiller vers d'autres rives antarctiques. Cette fois je veux connaître Shetland, les Feroë et le Spitzberg ; les froids, les banquises, les neiges, les pôles sont sublimes ! C'est là que les îles et les archipels sont accueillants ( Il n'y a personne pour y troubler la paix. On demeure dans la blancheur, dans le froid et dans le silence. Il semblerait qu'on s'avance vers les étoiles et qu'on s'approche de la lune pâle et triste. Swedenborg a vécu en Suède, C'est cela un indice (j'ai lu tous ses livres) ; il a connu des mondes meilleurs ; et, pour cela, il les a vus du Nord. C'est pourquoi, à mon tour, je vais vers le Nord, après avoir vécu dans le Sud. Ainsi, mon apothéose sera plus grave et plus austère !

Pour vous, recueillez mes paroles comme des oracles, aimez les Iles fortunées et lointaines, aux alluvions d'insectes, de corolles et de fruits, aux amoncellements de grappes et d'eaux, de boue et d'or. Aimez-les toutes, les Antilles, les Açores, les Marquises, les Maldives ! Je vous dis que vous vous y accroîtrez dans le sens de la beauté et de la grâce. Vos corps s'y fortifieront et vos âmes y deviendront plus pures, plus près du ciel, plus loin de la honte. Mon conseil est celui des Destins favorables. N'hésitez pas à obéir à l'injonction de sa voix. Armez vos grands galions. Plus loin, vous trouverez l'ivoire, le corail, les perles, le diamant, l'amour... »

Le vieillard admirable s'était tu. A présent que son accent ne vibrait plus, l'écho de la falaise répétait encore ses hymnes de triomphe et d'affranchissement. Nous nous sentions grandis à le considérer. Tout à coup, devant la grève, un grand navire illuminé passa, les voiles au large. Il allait vers l'Orient. Il était à distance de nos phares, et pourtant, nous enflâmes nos voix ; le vent emporta nos acclamations, et, tous nous étant dressés, nous criâmes dans un même élan de majesté et de respect :

— Salut ! salut ! à ceux qui vont vers les Iles Fortunées et qui feront relâche aux baies de bon repos...

Edmond Pilon.

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qui

rit

La plaine est douce. Les vallons

Aux plis oblongs,

Les doux vallons aux courbes lignes

Félines

S'en vont fuyants vers les horizons blonds.

Ondulements et larges vagues,

Bercements lents du flot mouvant,

Qu'en ressauts vagues

L'aile enjôleuse du vent

Au hasard de l'heure

Effleure.

La plaine est douce. Les h ailiers L'emplissent d'une fraîcheur sainte.

Les rangs aigus des peupliers Marquent l'enceinte Où les épis Se sont tapis, Flammes de lances Qui se balancent.

Et puis voici,

De là, d'ici,

Voici les saules où se gravent,

En dépit des âges qu'ils bravent,

Vos tendres noms, Amaryllis,

Galathée, Aminthe ou Philis.

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