‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 98 sur 140 · LES POÈMES SIMPLES · texte numérisé non relu

LES POÈMES SIMPLES

Soir misérable...

Soir misérable , ô soir perdu/

J'ai cueilli le fruit défendu...

Mon âme simple était si neuve!

J'ai cueilli le fruit défendu ;

J'ai descendu

De tristes fleuves,

Mais, dans les glaces profondes

De Ponde,

Je ne me suis point reconnu.

Je ne suis plus celui d'hier,

Celui si fier.

J'ai cueilli le fruit défendu*

lassitude,

Passé mort ,

Et le remord

Qui ne s'élude/,..

J'ai cueilli le frui* défendu,

Je Vai cueilli â cœur perdu!...

/«r juin 1895*

J'ai promené, ce soir, mon âme aventureuse,

J'ai promené, ce soir, mon âme aventureuse Sur la rouie longue, triste, poudreuse, Avec un tel désir d'asseoir ma lassitude Au rei>ers du talus séché, Que mes pieds, fatigués du pavé rude, S'arrêtent sans plus chercher,

Vers V horizon d'incertitude, Le pays de béatitude.,.

Membres très las, âme vaincue.

Qu'y faire ? Quel effort ou quelle, prière. Après tant d'événements reçus Comme autant de pierres ?

Je vois, ce soir, mon destin dressé Sur la route, près de moi-même.

C'est un destin très harassé, Pauvre destin tout d*anathème, Un chienlit vêtu de loques, Dont chaque passant se moque En le blessant au passage, Pauvre destin dont le visage Croule en larmes.

Sajîère main qui tenait une arme

Courageuse, on lui a tranchée.

L'arme et la main

Sont quelque part sur le chemin.

Faites flamber sur le bûcher

La main jolie,

Uarme polie,

vous qui les trouvère^,

Morte main, lame ébréchée.

Que Vâme de cette épée

Qui de rayons était trempée,

Monte rejoindre le soleil !

Et qu'aussi la main — pareille

Aux cinnamomes et aux encens —

Exhale sur les bois ardents

Le parfum d'après les victoires /

Page 1