‹ L' ermite toulonnaisChapitre 11 sur 31 · PROMENADE · texte numérisé non relu

PROMENADE

M UNIS de notre peiuuiësiou et accompagués. de l'inévitable g,en* darme c[ui nous sert de Ciçéioné, nous allons pénétrer dans le vaste Ars^al de la. Maiwç* Bien n'élève plus l'homme^ rien ne ^ peut lui inspirer un plus juste orgueil , que la vue 4^ plus. )>el ArseQS^ niar^

tiine de la France. lit tout esC ingénieux et grand dans les mo^ yens. Nous empruntons à M. Millin^ membre de Tinstitut,. la ^ideficrîption qu'il a faite de la porte d'en*^ trée. Il s exprime en ces termes :

« La porte d'entrée de l'Arsenal maritime de Toulon a été exér cutée en i ySd sur les dessins de M. Lange : elle est ornée de quatre colonnes doriques détachées, de bas- reliefs et de trophées de ma^ rine, et de deux figures, Tune de Mars et l'autre de Minerve;, au milieu est un écusson avec des trophée*' et'cïes'eorttes d'iabottdaiH^fe d*^â sortènr des coquillages.

A Tune des extrémités de Tattique on voit Uïi géhie qiii tient tm faisseau de palmes. Aux extrémités ^sont dés instromehs" • réfetife' *ux sciences* L'ordonnance de cetUi ^

porte est justement admirée, et convient parfaitement an lieu pour lequel die a été £itte«

Pendant que le chef du poste militaire chargé de la garde de cette èiitrée, nous arrête à la:

première grille, afin de s'assûrei* si notre permis d'entrée est va* lable, nous parcourons d uii œil scrutateur le vaste tableau qui se déroule subitement devant nous.

La première impression qui frappe le voyageur ne peut se décrire. * T\ serait impossible dé descendre ' / à une analyse raisoîméev sS Foiî* n'était point préparé- d'avance^ à* ce qui doit le plus intéresser. ' ' *

Devant nous se présente vin chemin très-bien pavé qui' aboutit * à un vaste édifîcè : c'est le Maga.^in Général. A droite, la Ion* gue façade de la Corderie; à gad-

( aoâ)

che, Faspect imposant des Catef couvertes, les iiDineBses chantiérS' sur lesquels s'élèvent progressive^ ment les vaisseaux en çonâtruction, des maçonneries gigantesques; enfin la mer qui, ressérrée dans un gi^and bassin, présente une nappe d'eau rarement agitée, sur laquelle de superbes navires sont rangés ^en bordures.

Souvent le hazard réunit ici une foule dé voyageurs qui vien* nent admirer les prodiges de Tindustrie ^humaine. Si ce n'est pas un hotnme instruit qui se soit chargé de la tache pénible de nous accompagner, suivons les groupes qui entrent dans l'arsenal avec la même intention que nous, on a toujours plu9 de temps et ^ Ton voit miçux.

La corderie est ordinairement Iç

promier momumeiit qu'on visite* Ce vaste bâtiment est composé d'un long corps de logis , avec pavillon à chaque, extrémité. Une partie du premier pavillon était naguères dea-^ tinée à des bureaux de la marine et renfermait en outre les effet»

da n»g^ généra L.

, est une collection d'ateliers divers^ réunis sous le méme.pavillon. Celui qui fixe le choix des Cicéroiiés com<* :

me le plus, curieux ^ est Fatelier de' la filature. . On nmnte au premier étage 9 une grande porte s'ouvre et .

dans une va^te enceinte, on voit rangés en file, de$ .deux côtés etsur plusieurs rangs ^ des forçats ^ vieillis par la ; souffrance , occupés devant un rouet à fabriquer le fil.

Les deux côtés de l'enceinte sont séparés par deux énormes roues mises en mouvement par des foj>

( aïo)

çats. Les forçats que leur tour ap« pelle à mettre , en mouvement les raues mères , c est-à-dire celles qui

le communiquent à: tous les rouets, se placent presque nus dens^ l'intérieur des grandes rx>ues et là, les biâs croisés , ils cadencent leurs pas rapides, afin de donner aux rouets une vâocité> toujours égiJ».

Leur teint hâve et flétri le sentiment de pitié qu'ijispirè leur Infor-

tune avilissante, attirent vers Te tronc on f on dépose les aumènes^ Ce tronc est aitossé à Tessieti de là roue; on y lit ces paroles terribles:

« La roue que nous tournons rieH pas celle de la^ Jfyriufêêi j> (i)

On peut dira cpie Finfortune de ces malheureux est multiple ; en

(i) C'est dans cet atelier que le célèbrr ÇogOMrd e$t employé. ( V, art Bagn^. )

(air)

effet 9 outre la peine qu'ils eiipient , ils ont encore celle de l'âge et des.

infirmités physiques. Ces dernières

soRtfOlies un mal pour^ euxi? Ih* leur doivent d'être employés dftns* un atelier désigné sous le nom de>

petite fatigue !

Le premier pavillon de la cor-derie renferme encore les diverrateliers où sont les tisserands , les buandiers , les relieurs , les ta*pissiers les matdassiers et autres.

La corderie arrête un moment le voyageur ; on reconnaît dans l'ensemble de l'édifice la grandeur du siècle de Louis XIV et le génie de Vaubaii* La façade extérieure est régulière et symétrique dans la distribution des arches et des fe*-.

nétres. Celles-ci sont au nombre.

da soitante^ix placées- de champ i

( lia) ' j

elles correspondent aux portes voû-^ j tées en plein ceintre.

L'intérieur de la corderie que Ton mesure d'ua regard en des-cendant de la filature ^ offre une succession de voûtes d'ârréte, soutenues par un double ranfg de piliers. Les piliers en pierre dure supportent le massif de 198 neft disposées sur un rang de trois; la longueur du local destiné à la confection des cordages , était nécessaire, puisqu'il faut au moins 3ao mètres de longueur , afin de filer à l'aise les torons des cables.

Le local de la corderie est divisé en rez<le-chaussée et premier étage ^ ayec un espace ménagé au-dessus.

I^e rez-de-chaussée sert à Talongemeut du filin : on y remarque Fingénieusé inventioti de M. Hid^ert^ par l'emploi de laquelle on se pro*

pose de donner aux fils dits de caret , une torsion égale^^aHn qu'ils g;s^erceni:

une même résistance.

Monté au premier étage de la corderie, on parcourt les ateliers dépendant de ceuiL qjui sont au mzr de-chaussée, tels que ceux pour les peigneurs de chanvre et les fileurs.

Une portion des mansardes renferme les^. ouvriers batteurs ; le reste sert de garde-meuble.

On âr vu que 1^ construction de rédiiiçe de. la corderie remonte ^u siècle de Louis XIY. ^ siècle iJes grands hommes protecteurs dejs lettres et des sciences ; il est bon d'observer que çe Xut Paul Riquet , Timmortel çré^teur du paiial du Languedoc, qui jjcheva la pensée de Yauban. On voit au premier étage une pierre sur laquelle on a |[ravé l'époque où ce n)onument

fut commencé et celle où il reçut la dernière main.

En sortaot de la corderie on ionge à sa gauehe de grands hanr ^ards en l:)ois où les pièces de construction uauticjue sont à l'abri •des intempéries qui à ht longue pourraient les détéricirer. Parvenu À cette extrémité du port, .on est peu éloigné de la salle d'armes; le conducteur montre une ruelle iqui y conduit.

L'idée d'une salle d'arme élève ïimaginaticMi ; on se dispose à •contempler avec recueillement l'enceinte où les foudres d'un grand peuple demeu!*eiit emprisonnées *tt dttébdaitt l'heure qui doit les xemettre aux mains des soldats.

La salle d'arme de Toulon ne répôtod^-pas à: ISdée grandiose qui ii érijgé iàvÉi les ^ûtœs «diûces f

f autorité maritime qui Ta senti , hit élever iimi loin de là un local cligne dHine pareille destination!

Telle qu'elle est , la salle d'arme n'en est pas moins un monument curieux. Visîtons-en tous les détails.

1^ gàrdien qui d'ordinaire remplît ^ l'office de Gicéroné du port , ^a ^'abord soumettre au commandant de l'artillerie la permission octroyée par. le major de la marine; après qu'elle a été reconnue valable ce gardien gravit un escalier dégradé , on le suit , on est introduit dans un local un peu obscur , formé en parallélogramme dont les cotés et le centre sont. dis« posés en compartimens , où les atomes sont arrangées avec art, et avec 'unte méthode qui pemet à l'observateur d'étudier en un

moment l'Jbiîstoire des progrès de fartUlerie. On y voit classés avec choix, la lance et le bouclier des preux , la redoutable couleuvrine , Tespingole j les -fosils de divers ^calibres ; laissons parler le

gardien de la salle et ne lui ralirissons point le beau côté de son métier^

^ Cette salle , dit-il , peut con- ^ tenir vingt mille fusils. On a ». réuni dans un même local les 3» armes des différents âges, afin » d'en créer une sorte de musée » militaire; voyez-vous de distance » en distance ces chevaliers » ar- I» mes de pied en cap avec la » lancé prête à entrer en arrêt ^ 7> c'est, le costume des Paladins; ^ ceux-ci ont appartenu à des > guerriers morte en Provence au » retour 4^ ia Terre Sainte. Le$

(.ai7)

^ fusils et sabres qui tapissent les.

» murs sout tous en bon état et sus- ». ceptibles d'une destination. Uri' » bâtiment armé en guerre renfear* 1» me I outre sa grosse artillerie , » des sabres d'abordage , des pisto- » lets jd un fort calibre, des fusils , » des hachés , des piques dont on » peut au besoin fournir un équi* » page qui vole à une défense in- » dividuelle. Toutes ces armes sont » prises dans le parc que vous vi- 3». sitez. Nous voici parvenus à l'ex* » trémité de la salle. Vos regards » vont parcourir l'ensemble des tro- » phées guerriers élevés à la gloire » des armes. Voilà Bellohe au mi* » liau de Êiisceaux nombreux dont » l'art a varié la forme ; ici ce sont » des baïonnettes qui réunies à ' » un centre commun et s' élevant en » tige, représentent l'arbre yucca; là

lO-

» on a rapproché les temps en con^ » fondant ensemble la canardière , » Tespingole , la couleuvrine et au- ^ très inventions meurtrières. On » a placé à droite et à gauche de » Bellone deux mannequins revêtus » de larmure des preux et munis » du bouclier. Celui du premier » offre en relief un sujet qu'on n'a » point expliqué ; on dit qu^il a » appartenu à Godefroy de BouiU » ion : c est une opinion reçue mais » contestable , puisque les connais- » seurs disent que cet ouvrage » impossible à exécuter au temps » des croisades , rappelle au con- » traire Tétat de la sculpture sous » le règne d'Henry IV. Le second bouclier qui date des mêmes » temps et que les amis du mer« i> veilleux confèrent à Baudouin , » représente le sujet mythologique

» de Pepsée et Andromède. Les bou- » cliers réellement contemporains a> des preux de là terre sainte , sont » ceux que vous voyez dans les ï> bras des mannequins revêtus de .

» Fannure ; ils sont en bois , d'un » mauvais goût , avec une bordure » dorée sans autre ornement. En D longeant l'autre coté de la salle D d'arme vous observerez la répé- » tition de ce que vous avez »,déjà vu. Avant de quitter l'en- » ceinte 9 arrétez-vous devant un » dernier trophée d'artillerie formé » par un groupe pittoresque com* » posé des armes différentes que

nous avons déjà examinées.

£u sortant de la salle d'armes on passe devant Fatelier des armuriers , on peut en admirer Fordre et l'activité 9 comme dans celui de la menuiserie qui y fait suite.

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Pénétrons maintenant dans une

petite ruelle située derrière le ruagasin général où nous entrerons plus tard. Voici la tonnellerie dont Taspect n'inspire d'autres idées hors celles qui naissent ordinairement à la vue de grandes masses réunies. A droite est la porte de la prison de larsenal , dite de Gervais; on ne la \isite guères qu'avec l'esprit philaiitropique d'Appert; l'on échappe W s'en écartant^ aux pénibles sentiuiens que doit exciter le spectacle de l'infortune 9 expiant dans des caveaux humides 9 une déten-> tion rigoureuse prononcée par les lois de la marine. II iaut espérer que celte prison sera transférée ailleurs; on s'en est peu occupé jusqu'à ce jour^ parce que le lieu ne sert qu'à une détention momentanée, et que le maUieureui^

atteint d'une inûimité est immédiatement visité par un médecin et envoyé à l'hôpital de la marine.

La prison n'offrant aucun intérêt au voyageur , l'autorité locale en interdit l'entrée.

Après la prison de Gervais , on laisse à droite l'atelier des taillandiers et l'on se trouve sur un pont en bois jeté sur le bassin qui fait communiquer le . port avec la boulangerie; ici on voit la mei^ resserrée sous une arche mobile ^ qui se redresse pour donner passage aux canots ; à côté de cette arche, sont encore des forges j c'est là que travaillent les balanciers, les faiseurs de crics et autres ouvriers occupés à de petits ou* vrages nécessaires à un armement naval.

Au-delà du pont de la boulan-

gerie, Toeil du voyageur s'arrête sur deux objets remarquables j le premier est l'aspect de la darse avec ses vaisseaux sans agrès qui semblent dans une sorte de som-* meil , attendre le moment qui doit les élancer de nouveau sur les flots écumeux. Cette nappe d'eau est souvent sillonnée par des canots qui la traversent en tout sens , ou par des navires de premier ordre , voguant vers la rade avec tout ce qui constitue une citadelle flottante. Le second objet est le parc d'artillerie. Le gardien est toujours un ancien militaire propre k donner les renseignemens qu'on lui demande sûr les pièces à boulets et bombes de différens calibres.

Le corps de logis attenant au parc , éprouve en ce moment les bien£giits d'un immense réparation.

C'est ici que bientôt on ira admirer la salie d'armes , monument qui sera digne du port , si son exécution répond au plan. Il renfermera en outre les bureaux de la direction d'artillerie.

Le nombre de bouches à feu rassemblées dans le parc, est loin de composer tout le matériel du port

£n sortant du parc , poursuivons la rive qui encadre le bassin du port royal. On marche quelque teinps entre des magasins particuliers, où sont déposés les objets de désarmement des navires, tels que frégates , brigs, corvettes qui attendent ou des réparations ou des ordres pour être mis en activité. Après ceux-ci on s'arrête pour contempler les superbes vaisseaux qui présentent ou

leurs poupes majestueuses ùti le symbolique image de leurs noms , suivant l'époque de leur construction. Il est rare qu'un voyageur ne demande point à parcourir l'intérieur d'une de ces constructions gigantesques, qui honorent à la fois le génie de l'homme et la civilisation moderne. Leurs noms eux-mêmes sont encore vivante de gloire j ils rappellent oa le souvenir de ces victoires qui imprimèrent le sceau de la grandeur Française, sur toutes les capitales^ du monde Européen , ou les noms de quelques héros , honneur de la patrie ; noms . qui peuvent dcr venir encore la terreur des ennemis.

Le vaisseau dit le Royal-Louis est communément celui que les guides proposent à la curiosité pu«> blique. Deux motifs assurent cette

préférence : i,^ c'est un vaisseau à trois ponts, par conséquent le plus formidable de ceux que Ton voit; 2.^ il brille encore d'un reste mutilé des décorations par lesquelles on avait embelli le séjour qu'une princesse royale devait y feire.

Celui qui n'a jamais vu les constructions navales des ports , doit être saisi d'une adpfiiration religieuse ^ lorsque mettant le pied sur le pont du vaisseau le Royal- Louis , il embrasse d'un seul regard cette vaste machine , qu'un jour dans les immenses solitudes de la Mé-^ diterranée 9 l'homme guidera sans effroi, sans crainte du périL Un gardien, vieux, invalide de la marine, accueille le voyageur et le conduit dans les profondeurs du navire.

Comme le Royal-Louis se trouva dans un état complet de désar^

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mcment , on ne peut y admirer ces inventions diverses destinées à en assurer la marche et la solidité ^ ou à le prémunir contre les besoins nombreux d'un équipage de quinze cents hommes. On parcourt donc seulement trois Ion* gues batteries et Ton est bien aise de Fentendre hxer remplacement de chaque chose , au point que lorsqu'on va en rade visitçr un vaisseàu armé . on s'attend d'avance à ce qui doit frapper l'attention.

On termine la revue du vaisseau par celle du logement .des chefs.

La chambre de Tamiral n'est que l'ombre de ce qu elle est quand le bâtiment est appelé à prendre rang dans l'armée navale. Ces riches tapisseries damassées , ces baguettes d'or , ces lintaux sculptés qui donnent maintenant l'idée de la

dévastation , sont alors rehaussés par des meubles superbes , des glaces , des tableaux , des instrumens nautiques du plus beau poli.

Aprèsr avoir traversé Tantichambre , la salle du conseil y la chambre à coucher de, Tamiral , on promène un moment dans la galerie dont le parquet revêtu d'un tapis figuré en carreaux de marbre , rappelle ridée du luxe des grandes cités.

En quittant le Rojal-Louis on longe à sa droite des magasins de la marine et à sa gauche^ le quai ; on passe devant une frégate hors de service destinée sous le nom de Cajrerme à recevoir les marins qui attendent de Inactivité, et l'on parvient à l'entrée extérieure de l'arsenal. La petite rade se déploie à droite, inSut traverser l'étroit canal qui in ter-

rompt en cet endroit la coupe circulaire du port royal. Un radeau nous conduit à la rive opposée et de ce moment nous sommes dans Fenceinte occupée par le logement des forçats. C'est cë « qu'on nomme communément bagne.

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