‹ L' ermite toulonnaisChapitre 12 sur 31 · BAGNES · texte numérisé non relu

BAGNES

Os lieu est spécialement consa-^ cré à la détention des forçats»

Ici le manque de localité a nécessité l'emploi de vieux vaisseaux auxquels on a donné le nom de bagnes flottans.

L'ordre, la propreté, la justice réuâis ^ tel est le problème que la philantropie impose à Fadministration qui veille dans Tasile du malheur. Le port de Toulon mérite d'être cité comme ayant rempli cette mission d'humanité.

En 1682 les villes de Marseille et de Toulon furent désignées pour la station des galères du Roi , sur lesquelles on employait , sous le

( aîo ) .

nom d'esçlaves , les criminels de la France y et les prisonniers bar- Jbaresques. Là figuraient confondus le sorcier , le magicien , le blasphémateur^ le faussaire, le banqueroutier, Fassassin^ suivant la législation de la province qui avait rendu Tarrét L'uniformité des lois * .dont nous jouissons y conduit les coupables de crimes bien défiiiis j on regrette seulement que Terreur politique y paraisse à coté du criminel consommé.

Vers la fin du siècle dernier , la marine ayant fait des progrès qui rendirent inutile l'emploi des galères , les condamnés furent répartis dans les arsenaux , et les prisonniers , éloignés d'un séjour que la barbarie seule permettait de leur conserver. Le nom de galérien £at remplacé par celui de forçat , et

le bagne prit dès-lors une destination spéciale.

Néanmoins , sous le gouverne^ meut impérial , cinq cents prisonniers Prussiens du corps commandé par le fameux Shiller , partagèrent encore les fers de l'infamie.

Ce ne fut qu'au traité du 3 mai i8i4 qu'ils durent le bienfait qui brisa leurs injustes chaînes.

Long-temps après l'institution du code pénal de 1791 , on n'avait employé aux travaux du port que les forçats à terme y c'est-à-dire détenus pour i5 ans et moins.

Ce n'était pas le vœu du législa^»

teur ; mais les difficulté^ d'appliquer avec utilité une masse d'hom** mes 9 contre qui une défiance rigoureuse était un devoir j fiu^ent sans doute le motif de cette mesure.

Une mortalité effrayante devint la suite de cette distinction qui plaçait une foule d'hommes dans l'étroite limite de quelques mètres de terrain , où ils étaient forcés de végéter comme la plante.

M. de Larenty , que les fastes de la marine regretteront longtemps y conçut la haute idée de faire servir les facultés morales et physiques des forçats à la prospérité de nos arsenaux , et à leur propre avantage* he i^ires acquirit eundo , était la maxime de prédilection de cet Intendant ; les forçats ouvriers devinrent comme les moniteurs de ce genre d'enseignement.

On excita l'émulation des jeunes condamnés^ en les admettant dans les ateliers ; le travail consola leur infortune, en leur donnant l'espérance d'un meilleur ave-

nir ; enfin cette idée philantropi- 'que poursuivie avec ardeur , opéra dans le bagne une véritable révolution.

Le travail des condamnés- attira la sollicitude générale sur les infortunes de ceux d'entre eux qui se distingue! ei^t par quelques actes de vertu ; on sentit que pour en multiplier le nombre il ÊUlait former des divisions basées sur les différences de criminalité, (i) Les forçats à vie^ ceux à ao ans et

(i) Une biographie bien exacte des forçats qui peuplent les bagnes , pourrait effî^ayer la conscience de bien de gens qui s'en doutent peu^ selon l'expression de M.

Daguesseau lorsqu'il disait : « qu'on mte don* ne dix lignes de la vie priyée d'un honun^e fait et. je promets trouver matière à le faire pendre » \ d'après de pareilles assertions les bagnes seraient beaucoup plus peuplés.

Noie de l'Éditeur. )

au dessus I furent accouplés et logés séparément de ceux qui attendent un terme plus rapproché à leurs peines. Les vieillards , les incurables . furent employés à des travaux légers et sédentaires j les jeunes furent mis en appraitissage , et c'est ainsi qu'on parvint à concilia* le vœu de la loi^ avec celui de la morale et de Thumanité*

M* Reynaud , Commissaire des bagneà a reconnu d'après un examen comparatif des condamnations^ que la majeure partie est due^ à , l'ignorance et à l'absence d'un métier ; c est donc rendre un service réel à la société que de donner un métier aux forçats qui doivent y rentrer* On a plus fait , une masse de réserve , nommée Pécule , a été formée du tiers de ce que chaque foi:çat obtient du. salaire de

ses travaux; et cette somme, répartie à ceux qui y ont droit lors de leur libération , les met à l'abri du besoin jusqu'à ce qu'ils trou** vent à s'employer utilement , à l'aide du métier qu'ils ont appris. La s<v dété recueille déjà les fruits de cette heureuse prévoyance ; sur a283 forçats , amenés au bagne de Toulon depuis i8a3 , huit seule* ment des hommes qui avaient appris un métier, sont revenus sous un nouvel arrêt

La police des chiourmes ne s'en exerce pas avec moins de sévérité et surtout d'équité. Les forçats sont instruits chaque- semaine des devoirs qu'ils ont à remplir , et des peinœ irrémissibles qui les attendent, s'ils s'en écartent. Une lecture hebdomadaire du règlement qui demeure en outre af&ché dans

chaque localité , suffît à cet effet ; et Ton voit plusieurs condamnés atteindre leur délivrance sans avoir été l'objet d'une seule punition.

Ces notions préliminaires sont essentielles au voyageur qui veut se rendre raison d'une administration devenue simple et facile, malgré les nombreux obstacles qui

Les forçats arrivent dans les ports soit en grandes chaînes, soit en chaînes partielles appelées du mot technique chaînes volantes. Autrefois les hommes étaient immédiatement accouplés sans examen à leur arrivée ; maintenant une hygiène raisonnée et leà règles dont nous avons parlé plus haut , président àTinstaliation des condamnés.

A leur arrivée ils sont conduits sous une vaste tente : là on leiur

coupa les cheveux , on les lave à Teau tiède ; après leur avoir fait quitter les vétemens qu'Us appoiv tent et qui sont brûlés , ils reçoi* vent la chaîne et Tuniforme du bagne; on les coadujit dans une localité spéciale où ils demeurent trois jours avec des vivres dits d*arrivans y composée de viande 9 de vin et de pain. Pendant ce temps leurs signalemens sont pris çt le quatriè»

me jour ils sont passés eu revue par le commissaire , accouplés sui* vant leur criminalité , et destinés à divers ateliers. Le lendemain le forçat de. la veille n'est distingué du forçat vétéran que par Taccou* .

trement neuf dont il est aifublé.

Cet habillement se compose d'une casaque de moui rouge, dont la durée est fixée à 1 8 mois ; de deux pî^ntalons et deux chemises de toile

grossière , un bonnet rouge en laine tricotée , qui doivent durer un an ^ et d'une couverture pour trois ans. Afin d'adoucir leur position j M. Reynaud leur fait encore distribuer un gilet confectioDné avec les couvertures hors de service.

Les condamnés couchent sur un Ut-de-camp , dans les salles ; sur les planchers, dans les bagnes flot-tans ; mais lorsqu'ils méritent de la bienveillance par leur Jjonne conduite , on leur permet Tusage d'un petit matelas d'étoupe , connu dans les chiourmes, sous le nom de strapentin. lies fers dont ils sont chargés 9 pèsent sept kilogrammes deux cents grammes pour la couple.

Lorsque par une bonne conduite ils méritent que l'autorité en allège le poids, on ne leur laisse à la jambe que la marUlle (anneau)

du poids de trois demi-kilograiximes:

on les désigne alors sous le aom de déferrés. Il y a un autre genre de manille dite d incurable , réservée aux vieillards et aux infirmes.

Un plus grand allégement de pdnes y peut encore devenir le prix d'une conduite irréprochable. Il est rare qu'un forçat dont le repentir est vrai 9 n'attire pas l'attention des surveillans commis à sa garde ; alors les postes avantageux auxquels ils sont appelés sont :

Payol ( écrivain des salles ou localités )•

FucoTiBK ( marchand ).

FouB,GO])ri£R (cuisinier des salles).

GAKnE-BiTON( allumeur des salles).

Ghaloupier (ferreur et déferreur). ^ Babbbrc/t ( perruquier ).

Blaitghissbua du linge des forçats.

$£&VAJMXS des Hôpitaux ( infirmiers -des salles ).

Cai^otiebs, etc.

Ceux des condamnés à vie y ou à long teraie employés dans les ateliers sont chargés d'une chaîne de six maillons. Aucun forçat ne demeure oisif aux heures de trayail ^ tous concourent aux divers besoins du service journalier du port ; excepté le dimanche qui est entièrement consacré au repos. Cependant ce jour-là est encore employé par les , exercices de propreté générale , par la lecture des réglemens et par les offices de la religion. Celle-ci offre aux malheureux le baume de Tespé* rance et de la consolation ; mais là plus qu'ailleurs Fecdésiastique

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