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doit joindre à une douce charité , à line vertu . sévère , la connaissance approfondie du cœur humain, pour ne pas^ devenil:' la dupe de l'hypocrisie ; et de Térudi-tion pour convertir quelques jeunes gens instruits que des passions trop vives ont égaré et plongé, dans Topprobre.
Les soins hygiéniques y sont tels que lé nombre des malades n'y excède guère le trentième du nombre des condamnés ; et la mortalité ne s'y ofiire annuellement que dans le rapport moyen d'un sur trente malades^
En parcourant Tintéiieur des ' localités habitées par les forçats , ^ on est frappé du luxe de. propreté qu'on y remarque , et cette propreté est la même pour les individus. Ils soât rasés une fois
par semaine , et changent de linge tous les dimanches ; on exige qu'ils se lavent souvent dans la belle saison , et on les fait baigner dans l'eau de mer une fois par mois.
La ration du forçat est par jour de 3o onces de pain , bluté à un douzième de fin ; 4^ tilitres de vin , et une soupe composée de 4 onces de fèves assai-.
sonnée d'huilç.
Ind)é|>endamment de cette ration le condamné j^ixt se procurer chez le fricotier établi^ dans chaque localité y et moyennsant cinq centimes, un litre de bouillon gras avec des . légmnes verts y et s'il peut exhiber dix centimes , il reçoit une portion de grosse viande.
.lies viMides employées par les irieotiers sont soumises à. Vexjamcn
d'une coiâniission c&aspàséè d'un médecin de la marine , d'un administrateur et d'un adjudant. Si le fricotier est en déÊiut ^ il est mis à la chaîne et perd son emploi , objet d'une persévérante ambition.
Les prix des ragoûts qu^il prépare sont fixés par l'autorité et affichés dans chaque localité pour prévenir la fraude et Farbitraire.
Les condamnés à vie sont ceux qui déploient le plus d'aptitude pour les travaux manuels» Une philosophie naturelle à leur posi* tion 9 dès qu'ils ont reconnu rim*possibilité d y échapper , les engage à poursuivre un mieux être qu'ils ne peuvent trouver que dans le prix de leur travail y £suble pécule qui leur permet d'acheter du tabac ^ un verre de vin , but unique de leurs désirs.
On. se figure - aisément la joie du condamné arrivé au terme de sa libération; celle du forçat devenu ouvrier semble épurée par les sentîmens d'une reconnaissance toute expansive. qc J'en ai vu plu- » sieurs ^ me disait M. B.eynaud ^ » partir proprement vêtus , et me » dire avec un^ expression tou- » chante : le bagne m'a rendu » honnête homme , j'ai appris un n métier ^ j'ai de quoi pourvoir » plusieurs mois à mes. premiers » besoins , je ne demande plus D que du travail. Je ne rmn^ plus » retomber dans le malheur »
( expression qui signifie ne plus bomjxkettre de crime ). «
La preuve de cette am^lioiatiQU pour le port de Toulon , c'est que lé qombre de condaninés en jpécU dive j vulgairement nomn)é$ cbe^
taux de retour , a siugulièrenienl ' et progressivement diminué depuis 1823. Il n'est que trop vrai que
roisiveté, le désœuvrement sont la cause première qui peuple nos ba« gnes et nos prisons. Donnez une industrie aux misérables que ' le glaive des lois a frappé , bientôt il* ^ prendra des habitudes honnêtes et la société n'aura plus rien à rç- ^ douter de lui.
Au physique comme au moral la nature produit rarement ded mons* très ; néanmoins il est dans l^s bagnes de ces caractères indomptables que rien ne peut fléchir, qui s'irritent du bien comme du mai , qui traitent la justice de violation du droit , et la bonté de faiblesse; mais ils sont peu répandus, et respirent parmi les condamnés à vie, séquestrés des autres , Fob^
^iS )
jfet d'une surveillance de tous les momens ^ et d'une rigoureuse sé^ vérité.
Tels sont Ie$ docuuieus certaine qu'on peut, donner sur les bagnes ^ de Toulon. Ils diffèrent de ceux offerts par quelques écriYaius qui tous ont manqué de rensdignemens positifs 9 et jusqu'à ce ^ jour ont présenté les rêves de leur imagioar tien pour la réalité. Nous devons ceux-ci à la bienveillance du prer mier administrateur de l'établissement , et nous avons reconnu tou« les les améliorations que ses veilles philanthropiques y ont apportées.
Malgré les soins de l'administra* tion 9 l'influence d'une dégradation morale se montre sur le visage de presque tous les condamnés; l'air chagrin , l'œil abattu et fixé vers la terre ^ le regard oblique
ou timide, sont le caractère géné-
ral de la physionomie des ftMrçats.
Chez quelques-uns Ja .figure porte rempremte de passions vieillies efc sans force, (i)
N'est-ce pas là Coignard , le prétendu comte de S.^* Hélène. Goignard , forçat évadé du port de Toulon où il était détenu sous le numéro 3,469 , est connu sou»
le nom de Pierre de Pontis , Comte de S.^^" Hélène. Il nie être Coignard , se dit né à Soissons en 1774 et prétend que son père ,
(i) L'article des condamnés , contenant la vie de quelques-uns, a été communiqué m réijUteur par Tobligeant commissaire du bagne , qui aoK colleclioKfrda anandiedlB asrm jportrai^ts pour faire dix volumes in-8^ ; si jamais Tauteur se décide A faire imprimer cet
ouvrage curieux j je lui promets un succèa assuré.
officiel^ de marine ^ ^ywt dissipé sa fortuue se retira à la nouvelle Orléans ; que la révolution française venait d'éclater lorsque dans l'intention d'ofirir ses services au Roi, il quitta sa retraite et cingla vers la l^rance ; qu'arrivé à Madiid, il y apprit le sort des Bourbons , et reconnaissant alors l'inutilité de son dévouement , il demeura en .£spâgne' après avoir obtenu pour ,son iils une sous-liQutenance dans les armées de cette nation.
Le régiment de ce jeune homme étant à Buenos-Ayres , celui-ci s'embarqua pour cette ville où quelque temps après son arrivée JVL de Li<* nières l'attacha à son état-major en qualité de chef d'escadron» En i8o5 , étant monté le premier à l'assaut de Monte-Video , occupé par les Anglais , il fut nommé lieu-
tenant-colonel. LorÀ de la conspiration de Savaedro , il s'attacha à la fortune du général Linières , qui , vaincu par les ^sictieuiQ ^ rentra en Espagne. Pontis se présenta à la junte conistitutionnelle établie à Cadix sous les auspices de Fer^ dînand , îl obtint l'autorisation 'de former une légion étrangère qui devait faire partie de la division du Comte de TAbisbal , et teiita sans succès d'introduire cette légion dans Barcelone. Ne pouvant réussir de ce côté il vint à Tarragonne avec sou régiment. Un jour qu'il se promenait sur les ^glacis du fort , û aperçoit un - détachement de prisonniers français y il apprend que dans le nombre était Georges Bessières , ( dernièrement fusillé en Espagne ) ; Pontis le fait délivrer , se rend sa caution et Télève peu
après au grade de capitaine. Besbières se lia d^amitié arec un autre officier irauçais, uoxomé Giueste^ au aervice de TEspague. Ces dewi; créatures de, Poutis veudireut des fusils de leur régiment ; Pontis le leur r€iprocha eu les meu^çant de les 4éuoiicer. Alors ce& deux officiers se ligué reut contre lui pour le perdre. Le général Weinpfen qui les écouta , manda le colonel à Mout-Sarrat pour le destituer. Fu«^ rieux de cette iugratitude, Pontis tire sou sabre contre la garde , et s^échappe de la citadelle; mais il est ramené par une compagnie du régiment de Bourbon qu'il reucan<»
tre sur isa route. Mis en prison il s'évade deux fois y est repris et transféré à Palma où étaient le»
prisonniers Français. Sorti miracu^ leuLsemeut de ce tombeau ^ en s'^m«^
parâut d'un brig mouillé dans la baie, il fait voile pour Alger, avec ses amis d'infortune. Là ils vendent le navire et partent pour Malaga^ viUe occupée par les Français ; nommé chef d'escadron dans l'étatmajor du Duc de Dalmatie , il suit l'armée dans sa retraite sur r£bre , et rentre avec elle en France,
Là on le fit chef de bataillon du loo.® régiment de ligne. Le colonel et le major de ce régi* ment étant absens , Pontis reçut l'ordre de se porter à Toulouse avec une colonne volante pour défendre le passage aux Anglo-Espagnols. Il y prit une batterie importante et sa valeur y fut proclamée , mais le sort des armes n'en rehaussa point les lauriers.
Peu de temps après il âit Ucen-
( aSa )
Clé avec injonction de se . rendre à Bedfort où le loo.^ régiment devait être organisé. Il y reprit son grade et le retour de Napoléon le conduisit aux plaines de .Waterloo ; blessé à. la 3.* journée il revint à Cambniy se joindre aux ofificier»
restés fidèles à la cause royale^ et rentra à Paris avec le Roi. Le Duc de Berry le reçut alors Chevalier de S.^ Louis et le nomma chef de Bataillon dans la légion de la Seine dont il devint lieutenant-colonel six mois après,
A cette époque , im forçat libéré qui vit Pontis dans une revue . crut reconnaître en lui Coignard, son ancien compagnon de chaîne ; il s'en approche , lui racoiite des traits de vieille intimité»
Pontis le repousse en niant la conformité que l'autre prétendait trou-
ver. Celui-ci piqué du mépris du lieutenant-colonel ^ court le dé^ noncer à la police comme ayant usurpé un- nom et des titres qui ne lui appartiennent point. Le général Despinois mande Poutis et le salue du nom de gibier de po-:
tence. Pontis met Fépée à la main pour .se venger d'une pareille interpellation ; mais saisi tou.t-à-coup par quatre gendarmes , il va être transféré à Tabbaye. Il obtient de roificier la permission de changer de linge y il rentre chez lui , saisit deux pistolets , menace la garde et parvient à s'évader.
Repris six mois après / il comparaît devant la^ cour ; et les débats l'ayant montré comme étant l'éellement Coignard , forçat évadé des ports jàe Brest , Rochefort et Toulon , en dernier lieu chef d'u*ie
bande de Toieurs qui raploitaient la Capitale, il fut condamné à la peine des travaux perpétuels qu'il expie maintenant
Voici encore un fopçat fameux r > c'est Petit Cet homme qui compose à lui seul le beau idéal du forçat , ne djevrait jamais quitter les bagnes. Il est d'un naturel extrêmement doux ; mais d'une imagination ardente et féconde ; il parie plusieurs langues , et serait un homme précieux , sans Tiavincible propension qui le pousse au vol , et les nombreuses évasions .
qu'il a commises pour s'y livrer.
Sept arrêts l'ont condamné à des peines afflictives et infamantes.
Il s'est plusieurs fois évadé et sans la manie funeste dont il est atteint , il eût probablement échappé aux recheichei dirigées contre lui* Sa.
dernière évasâon prouve à la £oi^ toutes les resi^rces de sou esprit , les qualités de son cœur et le vice qiii le domine.
Un ^ir il sédipse à la sur* veillance .qui l'entoure ; toute la chiournie est en émoi- Tandis qu'on le cherche ^ Petit grimpant sur un tas de cabestans empilés cou;-.
tre le mur du bureau des arme* mens , suivi de son compagnon de chaine , brise les fers dont ils sont chargés^ gravit à l'aide d'une plan* che sur le. toit du bureau , arrive à une lucarne , en détache une vitre , fait sauter l'arc boutant ^
et pénètre dans une salle. Là le& .
deux champions munis de fausses clefs, ouvrent le coffre où les eifets des marins morts sont dépo* sés ; ils allument une bougie et £ant bientôt affublés du costume
qui leur parait convenable^ De là ils entrent dans le cadbinet du commissaire , où Petit se délivre ainsi qu'à son camarade une feuille de route de marin licencié. Us éteignent la lumière et se tapissent derrière la porte d'entrée qu'ils ne purent ouvrir, en atteni]ant que le gardien chargé de l'ouverture ^ vint leur donner la liberté au point du jotir.
Petit fut arrêté à Gap , soupçonné d'être un marin étranger; mais il s'évada de sa prison^ Arrêté de nouveau à Lyon , après une enquête sévère , il est recoiiiiu écossais , et élargi. A Abbeville il est de nouveau arrêté comme forçat, évadé , il sè sauve encore et vole 27 mille francs au receveur général. Il se proposait de vivre paisible avec cette somme
, . lorsqu'une circoustance particulière , vint causer sa ruine. Il soupait au cabaret , non loin de l'hôtesse ^ lorsque le receveur des coiri;ributions j accompagué d'huissiers , se présenta dans la maison et fit vendre le mobilier de la femme jusqu'à concurrence de i5o francs qu'elle devait au fisc. P^tit sort, suit le receveur , entre chez lui pour changer une pièce de mon- . noie , examine d'un coup-4'œil le . lieu du dépôt , et se retire. Il retourne pendant la nuit , pénètre dans le bureau , enlève les i5o firancs , plus un sac de 5oo francs , et porte le tout à la malheureuse hôtesse. Il part comblé de béfiédictions ; mais , ô fragilité des calculs humains ! Petit dénoncé , arrêté , ramené à Âbbeville , est condamné auK travaux forcés à peD-
pétuité , malgré les clameurs de la populace qui voyait en lui un Tengeur de l'infortune opprimée.
Il est inutile d'ajouter que Petit médite sans ceas» une érasioit ^ et surtout un vol qui suivant ses expressions ^ soit suffisant pour pouvoir rélever au rang d'honnête homme*
Ce forçat ùaoeox est voisin de Gravier , ex^officier payeur des lanciérs rouges de la garde impériale. Celui-ci qu'une fatale liaison avec l'agent de police Laydet, en* traîna à commettre deux attentats contre la vie de la Duchesse de Berry , en essayant de lui causer* une émotion funeste par l'explosion de pétards , lors de la dernière grossesse de cette princesse ^ appelle sur lui la sollicitude bienveillante de ses chefs par une
résignation et surtout par un rer pentir qui eussent assuré son pardon si 9 comme l'avait annoncé la gazette de Lyon , la Duchesse eût passé à Toulon pour se rendre au sein de sa famille.
Si nous voulions prolonger notre revue des bagnes , nous traiterions des intrigues , des petites cotteries dont les forçats font mouvoir les ressorts dans le but d'un intérêt perscmnel ; mais ce serait retracer le tableau général de la société.
L'homme est homme partout : il en conserve les passions dans queK que situation que le sort Tait placé.
sif de ce monument repose sur d'innombrables pilotis piqués sur un sol originairement vaseux et inondée
L'hôpital du Bagne se compose (le deux pavillons- et d'un grand corps de logis. Le rez-de-chaussée sert de caserne aux gardes-chiourmes; les forçats malades reçoivent des secours dans le vaste local du premier étage. Le premier pavillon renferme la pharmacie , la cuisine j le poste des surveillans du bagne, le bureau du commissaire etc. Il est rare qu'on parcoure Fintérieur de l'hôpital ; l'aspect d'hommes en proie à des maux physiques associés aux souffrances morales , a quelque chose de trop pénible. D'un seul coup-d'œil on perce ce local étroit et long , formé de trois nefs retrécies , ap«
payées sur des pilastres épais et solides. A ces masses régulière* ment placées , sont cramponnés les anneaux de fer qui ferment les lourdes chaînes dont l'autre extrémité entoure la jambe du patient L'étranger ne peut résister à ce spectacle , mais celui que ses fonctions y appelle souvent , ne voit .
dans le forçat enchaîné , qu'un mal nécessaire dont la surveillance rigoureuse intéresse le bonheur de la société qui n'est plus troublée par des élémens de crime et de spoliation.
Le régime alimentaire des forçats malades est d'ailleurs absolument le même que celui des marins du Roi* Mêmes soins , mêmes recherçhes dans les moyens d'adoucir le sort de l'humanité souffrante. Il n'y a ici d'autre différence , bors
celle d'où résulte la garantie qui captive contre rhomiïie dont tous les efforts tendent à la liberté. Le sé- .
jour de l'hôpital est pour un condamné le seul lieu de repos qu'il puisse se promettre dans sa situa«> tion y et souvent une maladie lé^ gère est une bonne fojrtune pour le forçat
£n descendant de Tbôpital on sort par la porte qui conduit au bassin f on jette un regard par l'autre , d'où l'on aperçoit des vaisseaux désarmés ^ rangés le long d'un quai appelé grand rang , par opposition à celui qu^on .voit dans la darse du port marchand ^ et quoA nomme petit rang.
La caserne des gardes-chiourmes qui est une répétition fidèle de celui destiné à soigner les malades , n'o£ù*e d'autres titres
à la curiosité ^ qu'une excessive propreté , beaucoup d'armonie dans la distribution des lits et des " équipemens individuels. On doit aux bten£aiîts de radministration moderne d'avoir la première in- ' t réduit une discipline réelle dans ' le corps des agens de surveillance , sorte d'hommes dont la moralité devrait être la plus forte garantie.
En se dirigeant vers le bassin on aperçoit divers ateliers de for- .
ges dans lesquels travaillent plus de cent forçats , ouvriers en fer qui, à raison de leur industrie', reçoivent un faible salaire. La fondation de cet édifice date du i.^^ janvier 1 8a i , et ce fut M. Rocour qui en dirigea la construction.
Nous voici parvenus sur le bord du bassin , ouvrage réputé
( îà65 )
admirable et qui a pris rang parmi les monumeus à jamais célèbres de toutes les nations du monde.
Millin dans son voyage, et Fencydopédie de la marine en font le plus bel éloge , surtout sous le rapport des travaux qu'il a exigés , et des difficultés qu'il a fisdlu vaincre.
Cest une enceinte pratiquée au milieu de la mer. L'ingénieur Croignard parvint à le construire en faisant couler une caisse de trois cents pieds de longueur , quatrevingt-quatorze de large , et trentequatre de profondeur, dans l'endroit choisi pour remplacement.
Et c'est dans cette caisse dont les bords s'élevaient de quatre pieds au-dessus de Feau que Ton bâtit ensuite comme sur un terrain sec.
En quittant le bassin on se diri-
ge vers la porte d'entrée, en longeant rhôpital du bagne d'un coté, tandis que de Fautre on relève des chantiers secondaires , des piles de bois, de vieux navires amarrés au quai , de larges pontons et quelquefois des vaisseaux dont on complète Tarmement ; on arrive ainsi à un pont mobile nommé Ponttournant, jeté sur un canal qui fait communiquer les deux darses.
Avant de le. traverser , on regarde une grande quantité de canots tirés à terre ; c'est là que ces embarcations sont construites ou réparées.
De l'autre coté du pont, on laisse à droite des chantiers de coustraction , bases solides formées par d'énormes pièces de bois dispo* sées de manière à offrir la plus grandç résistance aux masses énormes dont on doit les charger.
Elles sont sur un plan incliné afin de faciliter k. mi^e à Teau des bàtimens. Il est rare qu'elles soient sans çmploi et qu'on n'ait pas à examiner Ta construction de plusieurs vaisseaux ou frégates , che& d'œuvre admirables qui arrachent nécessairement un tribut d'éloges au génie de l'homme»
La mise à l'eau d^un navire de premier ordre, est un spectacle solennel dont on gratifie la Francç aux époques marquées par l'anniversaire ou la féte de nos souverains. Selon la grosseur , la féte et le nom qu'on donne au bâtir ment, on est assuré d'attirer ce jour-là une foule d'étrangers qui viennent quelquefois de bien loin pour voir ce château sans ailes se mouvoir seul sur la plaine liquide.
Qu'on se représente un vaisseau
à trois poDts j soutenu sur le plan incUné du chantier par le seul équilibre de ses deux moitiés, et glissant avec majesté jusqu'à ce qu'il plonge dans l'eau en présence de trente mille spectateurs qui l'accompagnent de leurs acclamations.
Avant d'arriver à la porte d'eutrée de l'arsenal , on ifotas montre au fond des chantiers de construction j l'atelier de sculpture, , dirigé par le modeste et savant Hubac, dont nous admirerons ail* leurs les belles productions.
Prolongeons maintenant la magnifique chaussée aboutissant à l'édifice qui^ s'élève à l'extrémité du port Nous cotoyerons un canal ou des pièces de bois , maintenues par des caisses chargées de pierres, plongées dans une eau paisible , se
conservent à Tabri des atteintes atmosphériqnes.
Pour BOUS readrci directement au magasin général nous laissons à gauche deux - ponts jetés sur le canal. Nous les traverserons au retour pour examiner divers objets remarquables , tels que l'atelier des boussoles dirigé par un officier distingué , M. J ... ; la bibliothèque , les cales . couvertes etc.
Parvenus au fond du port , on aperçoit à gauche un vaste bâtiment; c'est ce qu'on nomme,, la garniture. C'est Fentrepôt géiiéral des voiles et cordages. Mais le magasin général fixe l'attention d'une .m$mière. spéciale. En . 1 798 , lorsque les Anglais pénétrèrent dans Toulon , par suite des événemens politiques y il existait sur le mêmé
emplacement une superbe enceinte recelant les nombreux matériaux de la marine royale. Bientôt nos éternels ennemis^ forcés d'évacuer la place, conçurent le fatal projet d'incendier l'arsenal. Sir Sidney Smitt , chargé de cette infernale opération, y apporta tout le zèle du génie du mal aucun point du port ne fut épargné , le feu fut allumé , et le magasin gé-^ néral ôù naturellement se trouvait renfermée une masse considéra* ble de matières combustibles , telles que goudron , huiles , graisses y chanvres , toiles , éclaira la fuite nocturne de ces insulaires. Il fallut plusieurs jours de travail pour se rendre maître des flammes , et <:e ne fut qu'en démolissant les pans de murs restés debout, qu'on parvint à étouf-
fer Fincendie sous le poids des décoiubres amoncelés. L'établissement fut entièrement consumé.
Pendant long-temps le port de Toulon en .a été privé ; mais à mesure que le gouvernement ac** querait de la stabilité y on sentait de plus en plus la grande néces* sité d'une marine forte et imposante. De grands travaux furent ordonnés dans tous les ports 2 celui de Toulon en exigeait beaucoup pour la réparation et lâ reconstruction de tous les édifices; remplacement du magasin général fut déblayé , et- en 1800 on commença par planter des piiotis énormes 9 pour assurer le terrain sur lequel sont établis les fondations du nouveau magasin. Depuis cette époque les travaux furent suivis avec ardeur et en ce
moment ^ ils touchent à leur terme.
Cet édiûce monumental a cent mètres de long et dix-sept de large; il est composé d'un rez-de-chaussée et de trois étagea ayant chacun huit mètres de hauteur. Deux rangs de piliers en pierre de taille sou* tiennent les planchers et les combles formés par des voûtes en briques creuses. Il n'est pas entré un morceau de bois dans la cons* Iruction du bâtiment. La grandeur .
et la beauté du vestibule , l'aspect du double escalier d'une har^ diesse si remarquable qu'on hésite d y monter , quoique d'une ^lidité peu commune, l'ensemble deTédifice^ tout frappe l'imagination. Àu premier étage l'aspect des salles immenses qu on découvre , transporte d'admiration. Deux rangées de piliers en
divisent Tintérieur en trois nefs.
Les uefs latérales sont subd^isées par des cloisons partant du mur et aboutissant aux piliers. Elles forment . dix^sept compartimens • de quinze à dix-huit pieds çarrés/ tous formés par des grilles ter-minées en lances, et présentant le coup-d'oeil le plus gracieux.
Par l'effet de cette disposition , les difféirentes marchandises sont exposées aux regards des visiteurs quoique gardées sous clef. Celles qui par leur nature ont besoin détre renfermées , le sont dans de grands caissons établis de chaque côté de la nef médiane. Les planchers sont percés de grands trous ^ garnis d'une mécanique qui à l'aide de quatre hommes y permet de' nionter les plus gros ballots.
Çe monument que les dernières
giénérations sont appelées à admi-^ rer^ à été construit pour braver à la fois les siècles et les éléinens ; il sera toujours cousidéré comme Fœuvre du grand peuple.
Retournant du fond de l'arsenal à la porte d'entrée, j'aperçus un groupe de voyageurs d une mine prévenante et jetant de tous côtés des regards vraiment inquisiteurs.
Ils étaient guidés dans leur coursé ' i^vante par un employé du port, homme instruit qui leur détaillait scrupuleusement tout ce qui était digne de fixer l'attention de Tob»
servateur. J'abordai le groupe et nous pénétrâmes ensemble dans Tatelier des boussoles. Au nombre des visiteurs, je reconnus aisément un vieux marin en retraite, qui avait été officier de vaisseau sous Louis XVI. Il n'avait plus revu
Toulon depuis Fépoque 'de Tëmi* gratioa , de sorte que je m'expli* quai, sans peine , la cause de son étonnement à l'aspect de la méthamorphose que le port avait subie depuis une trentaine d'années. Il examina avec dédain les jolis modèles des ornemens dont on embellit les habitacles des bâtimens du Roi ; mais ses paroles bien mieux encore que le jeu de sa physionomie,* révélèrent en lui cetl^e espècë d'envie que témoigne sour vent la vieillesse pour les découvertes modernes* a De mon temps , » dit-il, en s'adressant à l'officier » qui l^ccompagnait , nous ne con* » baissions point ce luxe inutile 3> et nous allions sur toutes les » mers avec autant de sécurité » qu'aujourd'hui. Je ne vois dans » ces superbes habitacles qu'une
» dépense stérile et des soins de » conservation dont on pourrait » se passer. Que m'importe que » ma boussole soit suspendue au » sominet d'un temple richement » orné ? Ai-je besoin d'autre chose » sinon qu'elle soit fixée avec so> » lidité et qu'elle m'indique les » trente- deux vents ?
Vemployé du port : « Je suis £sicbé de n'être pas d'accord avec vous ; mais ce qui allait fort bien il y a quarante ans ^ ne peut plus satisÊdre Tépoque actuelle^ On doit suivre en tout les progrès de l'esprit humain , et cette évidence de principe se manifeste par toute invention moderne. Ainsi line habitacle construite avec goût , avec luxe même , n'empêche pas qu'elle ne soit fidèlement fixée , et qu elle ne réunisse des avantages qu'on
ignorait en . i '^90. Voyez les moyens d'éclairâge ? Tandis que les fanaux d'habitacle placés sur le pont, pouvaient s'éteindre par la force du vent au milieu d'une nuit profonde, nous faisons arriver la lumière, à la boussole par le nïoyen d'une surface polie qui la transmet par réflexion. Ce miroir réflecteur placé à la batterie offre le triple avantage de ne jamais s'éteindre , de ne point décéler dans les ténèbres votre position à l'ennemi, et d'éclairer une partie du bâtiment, celle précisément par laquelle l'état major se rend à la grande chambre ».
Le colloque cessa pour un ins* tant. Nous fumes introduit dans le cabinet du chef de l'atelier des boussoles , et chacun admira la variété des instrumens nautiques.
• En sortant de là , nous trouvâmes en &ce de ces constrao tions gigantesques, inconnues naguère dans nos ports et qui furent entreprises sous l'intendance de Bi. Lsureinty , dont le génie féeond a rempli cet arsenal de vastes et utiles établissemens. Un jeune hom« me de quatorze ans , que je crus être le petit-fils de l'ancien officier de marine et- -qu'on destinait à la même carrière , s'informa auprès de l'employé du port y du nom et du but des deux édifices qui frap* paient ces regards. Gelui*<i répondit: ic ces deux monumens s'ap- . pellent Cales-couvertes ; c'est sous leur immense toiture que Ton construira les vaisseaux de premier ordre. On a été porté à introduire le système des cales^couvertes pour soustraire ïq^ bàtimens
k Faction profonde du soleil brûlant en été ^ et à celle des fri* mats de l'hiver. Un vaisseau à trois ponts qu'on met sur le chantier ^ eidge plusieurs mois de travail pour être capable d'entrer en ar^ mement. Si Ton ne prenait de grandes précautions ^ on aurait à déplorer le mal que les agens atmosphériques auraient opéré.
Nous n avons que deux cales-cou^^ vertes ^ mais il est probable que ce nombre s'accroîtra ; maintenant la chose est ^impraticable parce que le terrain de l'arsenal est déjà absorbé par les vastes édifices qu'il renferme. Bientôt l'agrandissement de ce terrain donnera les n^c^yens d'exécuter les travaux qui nous manquent Yauban avait prévu ce qui arrive , car ayant présenté deux projets suri'étendue
de Farsenal , et le plan sur .une ^ plus grande surface ayant été rejeté 9 il annonça qu'on serait . forcé d'y revenir plus tard. Son génie avait deviné l'avenir de la marine.
Maintenant si vous desirez con« .
naitre dans tous ses détails lUmportance de ces monumens^ parcourons Tenceinte de l'un des deux.
• C'est sur 83 mètres de longueur et 20 mètres de largeur que le plan est établi. Cette étendue a été calculée de manière que la cale put renfermer le navire sur son chantier 9 et que les ouvriers fussent libres d'éxécuter les mouvQmens des ^pièces de bois qu'on doit employer.
Le nombre des piliers est de huit pour chaque cale-couverte* La hauteur au-dessous des chapitaux peut avoir sept mètres. L'é-
paisseur des chapitaux est de soixante centimètres ; enfin la distance qui les sépare n'a guère moins de neuf mètres. Le diamètre de la voûte est' de 4 mètres 5o centimètres , l'épaisseur de la frise et. de la corniche est de 60 centimètres, et la hauteur totale
de la charpente est de orne mètres».
, Le pavillon qui renferme l'atelier des boussoles èt le tribunal maritime, correspond à un semr blable pavillon situé à égale dis^ tance du pont qui les sép^e.
l'entrai dans le dernier avec nos voyageurs, a Nous voici, dit l'employé du port j dans la bibliothè-* que de la marine. £lle est peu de chose aujourd'hui j les livres qui la composent sont un reste échappé aux dilapilatioQS du règne de là terreur ; l'administration moderne
Fa cependant enrichie de quelques bons ouvrages sur la navigation , les mathématiques, la géographie et de quelques voyages des marins célèbres* »
Pendant que je mesurais des yeux les rayons de la bibliothèque , j'entendis la vobc du jeune . néophite dans Tart naval , demander à son grand*papa Fusage des sphères diverses qu'on voyait sur la table. Celui-ci lui en expliqua l'utilité d'une manière vraiment savan* te ; mais il fat contraint de s'arrêter en présence d'une sphère céleste représentant les différents mondes que les hqmmes ont pu étudier à l'aide des instrumens.
Ces mondes , ou mieux ces planètes placées d'après leur position calt culée , tenaient à un axe commun qu'il fallait toucher pour les mettre
en mouvement. L'employé du port vint au secours du bon papa et surtout du jeune-homme impatient de samr le mécanisme de tant d'objets divers. « Voilà , dit-il y Turanoscope de Tombini: .!^ tourne une cle£ çt le mécanisme en mouvement vous représente en une période de temps marquée , les révolutions des planètes autour du soleil. » Après l'examen de Turanoscope on étala sous les yeux du jeune adepte des atlas mariti- %aes , des gravures , des plans de vaisseaux etc.
£n sortant de la bibliothèque , 1q groupe curieux pénétra dans un appartement voisin où le conservateur de rétablissement montra divers petits modèles de vaisseaux et frégates d'une exactitude rigoureuse ; c'est un chef-d'œuvre de
patience et de goût. La frégate destinée à être offerte à la Duchesse d'Angouléme, fix^ long-temps l'attention générale , surtout celle du vieil, officier qui s'écria en s'adressant à son petit-ûls ; a Voilà le seul ornement dont un mariqi doit embellir sa chambre à coucher.
En sortant de la bibliothèque nous passâmes devant la seconde cale 9 récemment achevée , et nous fûmes en présence d'un vaste magasin où sont déposés les mats des divers bâtiniens. Le jeune homme, à Tâspect de ces mats^ laissa échapper une exclamation qui mérite d'être citée. « Deux choses , dit-
il , confondent ici mon intelligence :
premièrement la prévoyance du ciel qui a fait croître en ligne droite le pin des forêts ; en second lieu la puissance humaine qui les
a ùiit servir aux admirables constructions navales.
Lorsque nous eûmes traversé le second pont jeté sur l'étroit canal qui longe le terrain sur lequel sont les établissemens précités 9 l'employé du port tint le langage suivant : Vous voyez devant vous le bâtiment de I horloge , ainsi appelé à cause de sa desti.- . nation et parce que la tour qui le domine porte la cloche destinée à. régler les heures du travail dans l'arsenal. Cette tour, est elle-même dominée par un sémaphore qui correspond à un autre situé sur le sommet du cap La touche.
Le rez-de-chaussée de ce bâtiment contient divers ateliers : là est la chaudronnerie , plus loin la ferblaiiterie , ici les grandes forges qui méritent quelque attention
pour Texamen d'un tour dont la roue est mamtenant en mouye* ment par trois hommes. Voici la clouterie ^ en tournant le pavillon nous arriverons devant le corps de logis où sont placés les bureaux de l'administration. Enfin nous voilà parvenus à ce qu'on nom* me salle des modèles ^ édifice qui renferme une foule d'objets dignes de l'admiration générale. Cest un véritable musée maritime où sCmt réunis en miniafure , dans les proportions les plus exactes , les modèles de tout ce que le port renferme de grandiose et d'utile.
C'est la pièce curieuse de l'examen que vous venez de faire , ou com^ me on dit vulgairement, c'est le bouquet du conducteur. Le gar-* dîen de cet établissement est seul capable de vous en développer
* 4és détails et il s'^n acquitte ayec obligeance : vous me permettrez^ de lui laisser le soin de remplir son office.
On nous introduisit dans une salle de sculpture où plusieurs artistes , armés du ciseau créateur , cherchaient à tirer d'un tronc d'arbre ou d'un bloc quelconque , les figures et les ornemena dont otk décore les frontons des bâtimens du Roi. Une porte s'ouvre devant nous, le conservateur du musée nous invita à entrer et nos re-^ gards éblouis par la multitude de statues , de sculptures , de modèles dont nous sommes entourés , n'o* sent se fixer sur aucun objet en particulier 9 afin de conserver plus long- temps l'impression majestueuse que produit la beauté de l'ensemble.
Le cicéroné du musée prit là parole avec un ton d'inspiré et s'adressant plus spécialement à Tancien ofEcier de la marine , il débuta par les sublimes idées que l'infatigable et savant Dupin a tracées sur rétablissement*
« Tous les arts de la marine ont déposé leur tribut au musée; cet établissement peut être considéré comme le dépôt des types ou modèles , soit de leurs matières premières , soit de leurs lustrumens , de leurs outils et de leurs machines , soit de leurs produits. M. Dupin appelle Tensem*ble des collections relatives à ces divers arts ; une encyclopédie de marine en relief.
a Le musée maritime possède des statues et des bas-reliefs trèsprécieux parce qu'ils sont de la
main ou de la composition du célèbre Puget , et parce qu'ils ont décoré les galères qui concourureal aux batailles immortelles où Duquesne vainquit Ruyter et les Espagnols , près des côtes de la Sicile.
« D'autres sculptures non moins précieuses par leur exécution se recOTimandent d'elles-'mémes à Tatteation des gens éclairés ; quatre statues représentant quatre travaux d'hercule ^ des termes représentant des caryatides 9 un aigle ^ une téte de bélier , sont de ce nombre.
xc Le musée n'offre pas seulement l'image complète de ce qui se &it a^jourd'hui , il reproduit encore une idée de ce qi^ se faisait autrefois. Ces modèles , noble héritage du temps qui n'eét plus et de celui qui s'écoule , xlassés
dans un ocdre méthodique et lu* mineux, permettent aux marins e* aux savans die suivre avec fruit le fil des progrès de l^art.
« On a classé les matériaux que vous voyez en trois séries géiié^ raies , les modèles des bâtimens , ceux des machines , les objets divers. Nous possédions en outre des figures en ronde bosse et des bas-reliefs qui concourent «n grand à la détoration de la «atte. x>
Le cicéroné du musée nous expliqua et successivement les nombreux articles dont rétablissement est le dépôt, et il' ajoute i « Les bas-relicefs que nous pos^ sédons. ont été exhumés d'Une Indigne poussière par lés soins du célèbre Diïpin. Quand' on les eut restaurés , et qu'on leur eut
•donné l'ombre de leur première splendeur j ce savant acheva son ouwage y en esimaort* dans nfi écnti fd^n^ de Tenrey Fhistorique de lennS' nesnbreux détails. Cet opuscule ix^ôte de fixer Tattention des W8S« obse]nmteiir&
Cet éloge de M«. Du(ptn n'avait vSim: que> de juste.. Les talens supérieurs de ce célèbre écrivaiu sont, teos di^ear des* mêmes lora^* anges 9 et ses* nombseux. travaux lui assurent une place distinguée parmi nos grands hommes.
jbrant ober quitter Fenceinte \
génie qui créa le Milosi de Qm^ tone, rendons hommage au mor dMte et saifflint' artiste qui tient namtenant sa- place* i^hisiews tm« vrage^ de cet babUe successeur du Puget j sont dignes d'admi-
.ration. Nous qiterons surtout le buste du Roi de France qui le premier proclama la Charte fiUe de la liberté. Ce Buste plein de Tie et de sentimeait transmettra à la postérité les traits du roi législateur et le souvenir du ciseau <|ui les anima.
Nous terminerons ici la description dPun arsenal dont le nom est devenu fiuneux dans les &stea de la marine européemne. C'etf au génie des hommes qui illustrèrent le dix*septième siècle, qu'ap* partient Thonneui» d'avoir calcïUlé les avantages que notre pays pourt vait retirer de la position de Toulon. Ce port n'était qu'une plage fermée pâor une panne j dans laquelle étaient mouillés les galères et autres petits bâtimens employés
au commerce ou au service de l'état. , - ' .
Vauban présenta au conseil de Louis Xiy le plan générai du port militaire et du port marchand. Une darse de 210 toises de long sur 1 55 de large fat destinée à ce dmiier ; celle du premier, iîit portée à a6o toises de long sur 195 . de large, c'jest dans cettQ^ étendue de terrain qu^on distribua lés fondations des magasins, des dbantiers de construction 9 des ateliers , en un mot de tous les établissemens nécessaires à un ar* senal de la marine. L'une et l'au^ tre darse durent être fermées d'un rempart,: chacune devait avoir uiie issue pour la sortie de ses bâtimens ; une chaussée de lao toises de long devait les séparer du sud
au Jiord et une panne au diain* devait les séparer entre elles.
Quoique depuis 1620 il existe des traces qni indiquent qiie gouvernement entretenait «ne ma^ rine militaire au port de ïoukiu , ce n'est guère que * de i66a qu'<m peut compter sa créaticHn. A cette époque seulement , atk trouve i'^w ^anisation d'un corps militaire et le. commandement de deux escft*^ dres exposées chacune de trois^ vaisseaux donnés à M. le Chevalier Paul , pour ^r chasser Ite corsaires barharesques qui infes*^ tatent la cote.
Dans le cours des dix-sept années qui suivirent - cette preinière époque , k , jn^n^e * d© 05 port s'accrut considérablement ; et en 1 679 , on y comptait iAd^en^ damment de 4^ vaisseaujt, «^^^^
grande (quantité de flAtes » de brulots et autres bâtii«ens légers.
C'est dans le cours de cette aanée que fureut Jetés les fondemens des remparts servant d'enceiïite à l'arsenal , et qae Toa creusa le^ canaux de la nouvelle darse.
Ces divers ouvrages furent terminés eô 1684 ; s'occupa 4e l'édification du magasin gêné* , ral , des maga^s particutiers , dp la corderie et de «ix diantierf de constructron ; an fixa l'emplacement du parc d'artillerie ; celui des bâtimeiis qui servent de bagne^ de forges; les- canaux formés par Vile de la AaaCure et le quai de la cerderie 9 furent con** sacrés à la submersion des bois de mature ^ enfin la place de Fainarràge des vaisseaux déâiairaiés
fat marquée sur le littoral E&t . et Ouest de la vieille darse.
Avec tous ces établissemens , le port de Toulon avait acquis le plus haut degré de perfection dont il était susceptible à cette époque ; il lui manquait n^mmoins une boulangerie et des magasins pro-* près à renfermer les vivres de la marine. En 1701 on jeta les (emdemens de la première au dé* liors de la ville et l'on afifenna ^ pour rétablissement des subsistances^ les maisons situées au bord du quai 9 vers FEsL En 1769 TÂrsenal devenant resserré, il ftit agrandi de tout F^plaoemaAt sur.
lequel on a construit le. grand hangar en bois.
En 1774 l'ingénieur Grolgnard donna le plan du bassin dont Téxécution iîit terminée en
1780. Que de sujets tfadmiratiott eussent encore embelli Fenceinte que nous venons de parcourir sans la fatale journée du a 8 août i793- Quel pinceau rendra jamais Tépouvantable incendie qui ruina l'héritage du grand siècle ! Qui tracera les scènes dhorreur dont il fut suivi !
Le magasin général brûlé ^ le hangar de la mature avec les trois quarts des mats principaux consumés , les autres établissemens détruits oU spoliés ; le port hérissé de carcasses des vaisseaux incendiés; la chiourme déchaînée» ne sont que Tombre de Teifrayant tableau ^ offert au génie des grande maîtres.
Au milieu de cette anarchie , ridée de Fagrandissement de l'arsenal était l'objet de toutes tes
sollicitudes , et le projet que Vaubau avait proposé fut mis en exécution pitt* an représeti«atit da peuple qui ârréta la clémoiitloti de la rue Bourbon jusqu'à la rue Neuve 9 pour agrandir remplacement de l'arsenal.
La pabt des tombeaux qiai me^ céda à cette sanglante époque , annula le projet à peine entrepris^, et Ton s'occupa de réparer ce quele funeste génie du mal avai| conçu pouf assurer notre perler
Le sol sur lequel eist bâti la ville est de deuic espèces : la inoitlé^, du côté de la ther , est fondée sur pilotis ; l'autre moitié repose sur un terrain rocailleux. La ville étant beaucoup plus longùe qUe large, on la nonihie vulgairement Tout-
long.
Toulon n'est point une vUle ou l'industrie manufacturière et commerciale se soit développée avec tottt l'éclat dont elle eàt èusceptiblè (i):
(i) Les progrès de Findustrie se
font guère connaître dans cette ville par ses produits , cependant il y a beaucoup' d'ouvriers , mais la plupart sont employés dans Tarsenal.
l'enceinte en est trop resserrée par les remparts , et les monurnens publics indispensables à un port maritime de cette importance, y sont trop nombreux, pour laisser assez d'espace aux établis- . semens qui s'écartent des besoins de la marine militaire. Il suit de là que la population de cette ville est en rapport avec les chances de là navigation , qui tantôt y appellent des milliers de marins et tantôt transportent ces hommes ^ en un jour, loin de la rade où ils étaint la veille. Mais la population absolue ou sédentaire s'é<* lève d'après l'annuaire du bureau des longitudés à 3i,ooo âmes, dont les employés de la marine et de
Dig'itjzed
( 3oi )
la guerre (i) forment la masse principale des consommateurs.
C'est en qaeique sorte pour eux que les marchés abondent en co- Itiestibies. On a vu la rade en* fermer trente vaisseaux de ligne; qu'on juge l'inmEiense consommation de vivres qui devait en résulter. Ce flux, et reflux de po* pulation est pour ainsi dire le baromètre de la prospérité de la ville.
(x) La garnison qtu est de quatre mille
liommeâ u'eât pas comprise dans la population* Nons troQTons dans l'art de vérifier les dates qu'en i^ig le sénéchal qui commandait la ProTence-, Yonlnt assembler la milice pour aller faire le sîége de Dolaaqna , et qae la Tille de Tonlon n'avait plus d'hommes en état de porter les armes ; tMi voit .avec plaisir que depnis lors la génération s'est considérablement accrue,
f Note de V Éditeur, J
( 3ôa )
La classe commerçante propretment dite est restreinte à dix ou douze maisons qui envahissent toutes les ^culati<ws mercantiles d'importation et d'exportation* Les négociants chargés des foiuuitures de Tarsenai ^ sont en pre-* œièse ligne*
Les commerçans secôndàiréi» ^ les marchands en tout genre sont» innombrables ; mais la proximité de Marseille nuit beaucoup à leur prospérité , et Paris ( i ) qui fournit à beaucoup de nouveaux habitatis y
(i) Paris est le vampi^é dû reste de la France par sa centralisation ^ et si le projet d'y établir un port de mér s^exîieute» adieu la prospérité intérieure de notre commeiN^e.
C Note de l'Éditeut^ J
Êût encore plus de tort à cette daaae de la èodété.
La classe ouvrière doD/t la majeure partie est employée aux. tratmiit de râiâenal ^ forme un bon tim dft la pofmlatioii«
Toulon (i), généralemint bien bâti) bien pavé ^ et krès-*populeux
(i) L'^rroiidissement de TôtdoU est compùêè de codumuai», 4 iiAe po^tikilidxr de 94900a âmes et se divise en «hait cantons qui scmt : .le Beausset ^ Collobrieres ^ Cuers , Hière^ , Oliioules , SoUiès-Pont , , Toulon Est, l*oiilon Ouest; deux commissaires de police, et deux juges de paix résidant à Toxilôn , uA dli^ctemr des douanes , des eoatrUmtiicms ifs^réctes ^ vti ^Ajeurde la guerre , de la marihe et des invalides, un Teceyeur général. Toulon fait partie de la 8.® division militaire , est la résidence d'un général commandant le départemenl et d un général commandant la place, {A^fe^dtilteihatitîme, tribunal de première instance , de commerce et de prud'hommes.
en raison de son étendue-, offre le tableau animé des grandes rnHes.
Des mardiés amplement approvi" sidnnés 9 de nombreux étalages de marchands , des rues encombrées de piétons , présentent au voyàgéur une idée avantageuse de la prospérité de cette ville^ Toutefois cette splendeur est liée au plus ou moins d'activité dans les trayaux de rars^ial. L'état de paix en condamnant nos iraisseaux de ligne à l'inaction , paralyse cette florissante industrie, qui alors vivifie les villes manufacturières de Tintérieur. Voilà ce qui faàt viyement désirer l'établissement de briques rivales , au moins de celles qui existaient autrefois dans cette .
cité 9 pour ouvrir des ateliers aux ouvriers délaissés par suite de là stagnation des constructions nantir
ques. Toulon en temps de pabi est comme le saule sans végétation ; les habitans devraient trouver dans cette position particulière / la cause patriotique de s'y approvi* sionner exclusivement des objets qui leur sont utiles ; mais soit engouement de la mode , soit parcimonie 9 on semble se tiguer pour refouler l'industrie dans d'autres lieux* cependant si le succès pouvait y couronner les entreprises utiles, on ne tarderait pas à y faire, naître une heureuse concurrence, qui diminuerait singuliè^ rement les prix exhorbitans de tous les objets de première né-
Jadis on manu£sicturait des draps à Toulon (i) ; cette industrie s'y
(ij Dans les premiers temps de la coq-*
Dig'itjzed
t$t peniue ; trente-huit Isibriqueir (4) de savoa y sont réduites à deux ou troi^, doù Ton exporte à peine quatre mille quintaux produits ; les &briques de chapeai»
y ont di&paru. Les cbapeUer&ai^taeb achètent au dehors et MM. Mercier> Baudot sur le port et Courrier
«ir le cours, exploitent avec hon-^
quête des Romains , dans les Gaules , Ton"-* Ion possédait des manufactures ou les empereurs rotnains fidsaient teindrè la pourpre ;
Papon nous dit encore que ces manufactures étaient les plus oélèlires dma les
Gaules ou du moins les plus anciennes.
(4) Hors la porte de France on vient d'établir deux fabriques île coton et à Dardennes on y voit plusieurs sciures dm marbre.
("Soie de tÈdiUur.jf
neur et Avantage ce nouveau genre de commerce* Les tanneries autres fois vastes et laombreuses , sont presque rédmit» à cette de AI.
&àUas, iipii à dire vrld est un de& plus beaux étabiîsfieœens en ce genre. Cet état de décadeiK)e est ûà au ééùmt de «communications £siciles avec rintérienr et peut-être aussi k la position géographique de Toulon, dans le voisinage cte Marseille et à 207 lieues de Paris; peut être aussi à l'engouement des consommateurs 9 pour les produits manuiacturés de cette dernière ville.
Néanmoins Tesprit commercial et le goût des sciences qui gagnent toutes les dasses de la société; ottt introduit cpiekfws établissemens nouveaux. Depuis que M. fiellue y établit en 1817 cercle de I9 Minerve française , connu auj[oiu'-
J'hui sous le nom de Galerie, le commerce de la librairie a quadruplé son activité et ne laisse pas entrevoir de ralentissement dans le goût d'une jeunesse toujours plus studieuse. ( L*a plus noble des passions est sans ccmtredit IV mour de Tétude , aussi cet amour est généralement répandu parmi les officiers de la marine et du génie.) Quelques manufactures en coton se sont étsd>lies . à -Dardennes et laissent augurer une prospérité naissante.
Toulon , ville militaire , ne promet donc au voyageur que.. les merveilles de Tart navaL Tous les établissemens maritimes y portent l'empreinte d'un grandiose jnqonnu - à nos pères , et que Ton accourt visiter de tous les ^points de VEor rope.
( âo9)
Le territoire de Toulon est agrès* te et présente des prodnits assez, ayaiitogeux : la vigne , rolivier , roiaiiger, le câprier et mille autres firuits 9 connus sous le nom dé fruits de carême, y prospères et sont une branche lucrative d'in* duâtrie inhérente au climat. Les récoltes qu'on en . retirait , entre* tenaient une honnête aisance parmi les cultivateurs ; mais l'hiver de l8a6 vientd'anéantirpresqueentièrement ces richesses , et comble la iQisèro de Thabitant des campa»
g^es. A peine l'année qui s'écoule promet une Êdble quantité d'huile et l'agriculteur voit le présage d'un hinrer malheureux , dans Fa^'ect de ce Êûble produit.
La température de Toulon of^ frirait un printems perpétuel , sans les rafl&les souvent inattendues de
( 3io )
i'impébieux 2ïord4)ucsL Ce vent qui disperse et dessèche tout sur son passage, nuit infiniment à la Yéff&tatkM, On reconnaît aisénienl les elËBte de sa funeste- influmï»
k kt direction £oreée des aiiires exposés à. sa vtoleisce.
A part ce fiea» le eiel, pr^ toujotuvs azyré , ses saisocis bien» marquées , un priiii4»emp^ im-^ mide et frais, im été chaud et rai&axchi par une petite brise , ràulonme doux l'hiver rarement et souvent très-sec, fenûenft dë'lûuloA un séjcmr délicienx pair son climat, si l'on n'était pas fermé dans la' nuit.
Le soi édi territoire' de ce pont est généralemenit cakaire> ejfioepté danst un- rayon fort resserré du fort de la Malgue, où le schiste domma et: donne au irin de cette