OBSERVATION XXX
Thore. Société de Biologie, 1859.
P.., fille âgée d’un mois le 8 juin. On remarquait déjà depuis quelques jours une ulcération grisâtre sur la ligne médiane de la mâchoire inférieure. Au fond de cette ulcération, on voit apparaître deux petites dents, incisives médianes plates,
peu saillantes et déjà mobiles.
9 juin. — Elles deviennent plus saillantes, elles sont d’un blanc grisâtre et se trouvent au milieu de cette ulcération qui s'étend encore, Le soir, cette petite fille succombe à une pneumonie.
Aulopsie. — On constate lexistence de dents déjà «écrites; il est facile de les extraire et elles se présentent sous la forme de déux cornets. Le follicule de lincisive gauche est boursouflé et très rouge, et celui de droite l’est moins. La portion voisine du maxillaire inférieur est grisâtre et ramollie; les autres dents sont dans leur état normal.
OBSERVATION XXXI Thore. Société de Biologie, 1859,
D... garçon d’un mois et demi, succombe le 17 juillet 1842 à une double pneumonie.
Autopsie. — On voit une incisive médiane inférieure droite, faisant saillie hors de l’alvéole; elle est placée au milieu d’une ulcération. Elle est blanche, se détache facilement, sous forme d’un cornet à parois minces, et laisse voir un corps rougeûtre, de forme globuleuse, qui dépasse la gencive. L’incisive médiane gauche faisait, hors de l’alvéole, une saillie moins prononcée, elle reposait sur un champignon noir et comme gangréné. La portion de l’os maxillaire inférieur qui correspondait à ces deux dents était manifestement cariée et se détachait par fragments ramollis. La gencive était profondément ulcérée. Les autres dents
étaient saines.
OBSERVATION XXXII Thore. Société de Biologie, 1859.
R..., fille, entrée à l’infirmerie pour un muguet confluent. Elle av:it un mois le 10 juillet, lorsqu'on remarqua qu'au milieu d’une uicération placée à la partie moyenne de la mâchoire inférieure, apparaissaient les deux incisives médianes; elles étaient très sailjantes et elles étaient déjà tombées le lendemain; elles sont remplacées par deux petits corps d’un gris noirâtre, arrondis, sail-
lants, et comme étranglés à leur base.
13 juillet. — Ces deux corps existent et présentent toujours le même aspect.
14 juillet. — Ils commencent à diminuer de le et à s’affaisser.
16 juillet. — Ils ont disparu, mais l’ulcération reste.
17 juillet. — Elle s'étend et prend une coloration plus foncée.
PES LR
La lèvre inférieure, au point correspondant, et près de la fos-
sette du menton, devient rouge et douloureuse.
21 juillet. — L’ulcération s’est encore étendue; en même temps, se manifestent les symptômes d’une pneumonie du côté droit, à laquelle elle succombe le 24 juillet.
On constate l'ulcération de la mâchoire inférieure, déjà décrite pendant la vie. Elle corréspond à deux dents incsives tombées. Les alvéoles correspondantes sont vides et comprises dans
l’ulcération; l’os maxillaire ne paraît point altéré dans cet endroit.
OBSERVATION XXXIII Thore. Société de Biologie, 1859.
De garçon, âgé de 12 jours, nous est présenté le 9 mars 1849; il avait depuis quelque temps une tuméfaction de Ia lèvre supérieure à la partie moyenne. Cette saillie, d’un noir violet, apparaît à la gencive supérieure du côté gauche; elle correspond à l’incisive supérieure gauche et laisse échapper un pus jaunâtre quand on la presse.
Deux ou trois jours après notre visite, il sort par cet abcès une dent incisive ayant la forme et la grosseur d’une dent régulièrement développée; elle a la forme d’un cornet à minces parois, est aplatie et terminée à son bord libre par de petites
saillies; elle est partout recouverte d’émail.
27 mars. — Depuis quelque temps, la grosseur a beaucoup diminué, mais il s’est formé une tumeur plus en haut et plus en dehors, elle est plus volumineuse et s’est ouverte la veille; il en est sorti une dent toute semblable à la première, c’est l’'incisive latérale gauche. Au point correspondant, existe une saillie rouge. Il s'échappe de la narine gauche du pus en assez grande abondance, La partie moyenne du maxillaire supérieur est mobile et on peut la déplacer facilement avec une légère pression. L'enfant tête bien et paraît médiocrement souffrir.
7 avril, — Les abcès sont cicatrisés et la partie mobile de
FO
los maxillaire s’est consolidée: écoulement du pus dans la narine gauche. L’enfant se développe bien.
Examiné de nouveau le 13 janvier 1850, à l’âge de 11 mois. À l’âge de 8 mois, les deux incisives inférieures médianes ont paru, puis, il y a quatre jours, une incisive supérieure médiane et droite. Les deux incisives supérieures gauches sont, bien entendu, absentes; il existe une dépression très prononcée à la place qu’elles occupaient, La canine supérieure gauche commence à percer la gencive, ainsi que la dent correspondante du côté opposé. :
9 juillet 1851. — La première molaire supérieure du côté gauche apparut il y a deux mois; celle de droite n’est point encore sortie.
9 novembre 1857, — Nous l’examinons de nouveau. L’incisive médiane gauche apparaît à la mâchoire supérieure. L'autre ne se montre point encore.
En février 1859, l’incisive latérale gauche n'existait point, la
canine avait pris sa place.
OBSERVATION XXXIV Guéniot. Société de chirurgie de Paris, 29 Avril 1868.
Singulier phénomène de dentition ou élimination spontanée des deux incisives moyennes supérieures chez un nouveau-né.
Le 10 avril dernier, un enfant de 9 jours, bien constitué, d’un développement ordinaire et du sexe masculin, fut apporté dans mon service à l’'Hospice des Enfants Assistés, avec les symptômes suivants :
La lèvre supérieure tuméfiée, rouge et douloureuse dans ses deux tiers moyens, était le siège d’une inflammation phlegmoneuse qui avait manifestement pour point de départ une lésion de la gencive. Celle-ci, en effet, dans le point correspondant à la première incisive gauche, était en partie mortifiée et des
détritus gangréneux noirâtres intéressant la muqueuse gingivale
dans une étendue de 15 mm, à partir du filet labial. Le bulbe de l'incisivc médiane, mis à nu par la chute de la dent, qui avait eu lieu la veille, faisait une saillie volumineuse dans celle plaie sanieuse et irrégulière. Il était plus gros qu’une lentille, d’un rouge brun foncé, turgide, linguiforme du côté droit, el tout le reste du bord gingival, soit supérieur, soit inférieur, se trouvait dans des conditions normales.
Le pelit malade, né à l'hôpital des cliniques, d’une mère qui mourul le quatrième jour de ses couches, avait toute la surface du corps en pleine desquamation épidermique; ses glandes mammaires un peu tuméfiées fournissaient à la pression quelques gouttelettes de lait; lombilic n'était pas encore complètement cicatrisé et les parties génitales étaient le siège d’un érythème qui s’étendait jusqu'au milieu des cuisses. Quoique paraissant avoir souffert dans sa nutrition, l’enfant n'était ni inquiet, ni difficile, et à défaut de nourrice il prenait volontiers le biberon. Dans ces conditions, il me parut que la chute de l’incisive était vraisemblablement la conséquence d’une inflammation du bulbe dentaire, et que la gangrène de la gencive était le résultat plutôt que la cause d’un tel phénomène.
Cette interprétation, toutefois, restait jusque-là conteslable, mais elle reçui bientôt une évidente confirmation.
En effet, dès le lendemain, 11 avril, je pus assister à l’évolution d’un même travail d'élimination, portant sur la dent voisine, c’est-à-dire sur l’incisive moyenne droite supérieure.
La geneive correspondante faisait une saillie anormale et formail une tumeur grosse comme un pois qui repoussait à gauche le filet labial.
Le 12, cette tumeur avait un peu augmenté de volume, la gencive était rouge, enflammée et déjà percée en un point par l’angle interne du bord de la dent. Enfin, le 13 au matin, celle-ci tomba d'elle-même après avoir traversé la gencive, laissant à nu un bulbe volumineux, brunâtre, exactement semblable à celui de la première dent expulsée, et comme lui modérément sensible. Il était saillant sur la gencive et se trouvait en quelque
sorte étranglé à sa racine par l'ouverture de cette dernière. Il
offrait ainsi une frappante analogie avec les premiers rudiments d'une plante lorsque celle-ci vient de rompre les enveloppes de sa graîne el qu’elle commence à s'épanouir au dehors. Le point précis de la petite plaie gingivale ne correspondait pas au milieu de l’épaisseur du bord alvéolaire, mais bien à l'angle antérieur de ce bord, qui, chez le nouveau-né, est mince et comme tranchant. Dès le 14, c’est-à-dire 24 heures après la chute de la dent, le bulbe, si volumineux la veille, avait complètement disparu, et l'ouverture de la gencive ressemblait . à une très petite fente linéaire. Il ne s'était produit cette fois aucune mortification, à l'exception de celle du bulbe, qui, sans doute, se détruisit ainsi par gangrène. Je ne découvris non plus à aucun moment des traces de suppuration. :
Quant à la plaie gangréneuse résultant de l'élimination de la première dent ou incisive gauche, quoique compliquée et beaucoup plus étendue que la précédente, elle se comporta néanmoins avec une grande simplicité.
Trente-six heures après la chute de la dent, le bulbe avait disparu sans laisser de vestiges; des cataplasmes de fécule appliqués sur la lèvre enlevèrent promptement l’inflammation dont elle était le siège et la plaie gingivalé se détergea avec rapidité, mais seulement après que l’incisive droite fut tombée.
Bref, le 16 avril, la guérison me parut assez avancée pour que l'enfant put être abandonné aux seuls soins d’une nourrice et je signai son départ pour la campagne.
Les deux dents expulsées, ainsi qu'on peut le voir, sont rigoureusement configurées sur un même type, elles sont symétriquement semblables et elles ne diffèrent pas des dents de nouveau-né, encore cachées dans la profondeur de l’alvéole, complètement dépourvues de racine, elles sont réduites à la couronne qui est largement excavée, Elles représentent ainsi deux coques solides composées d'ivoire et revêtues dans leur moitié libre d’une
même couche d’émail (chapeau de dentine).
5 ED des
OBSERVATION XXXV Masse. Bulletin général de thérapeutique, 1874.
Sur lévolution extraordinairement rapide d'une dent chez un enfant de six semaines.
Enfant bien conformé, mais de petite taille. Pendant les lrois premières semaines, il moffre rien d’anormal; mais à ce moment, il fait une série de phlegmons : sous les muscles croltaphytes et occipitaux droits, occasionnant le décollement de plus de la moitié de l’aponévrose épicranienne, dans la région lombaire, le creux axillaire, le bras et l’avant-bras droits, le sein gauche et la cavité péritonéale. Cette péritonite suppurée amène la mort du petit malade.
“C’est pendant la durée de cette série phlegmoneuse que j’eus à observer le curieux phénomène de l’évolution de l’incisive supérieure droite. Le mardi 11 août à midi (je précise l’heure à dessein), on me pria de rendre visite à l'enfant, qui, me disaiton, ne pouvait prendre le sein par suite de l'apparition d’une petite tumeur à la bouche. J’y allai immédiatement et je constalai, en effet, un gonflement de la gencive, douloureux au moindre contact et circonscrit au niveau des incisives supérieures. Je crus avoir affaire à un abcès gingival et promis de l’inciser le lendemain. À ma visite du lendemain (une heure après-midi), je remarquai au centre de la petite tumeur un point blanchâtre encore peu visible qui me parut être, et qui était en effet, l'apparition d’une dent. |
"À sept heures du soir, on me mandait de nouveau près de l’enfant « parcé qu'un os avait poussé dans la bouche et empêchait la succion », À mon grand étonnement, je trouvai non un 08, mais une dent parfaitement développée, parfaitement blanche, festonnée à son extrémité libre et ayant la dimension d’une dent d’un enfant de deux ans et demi à trois ans. C'était, comme je l'ai dit, l’'incisive supérieure droite. La mère en avait suivi avec
stupéfaction le développement extraordinairement rapide, et me
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priait de vouloir bien lextraire, craignant d’abord qu'elle ne prit des proportions plus grandes, et aussi parce qu’elle nuisait à l'alimentation. Je refusai de satisfaire à son désir, voulant savoir ce qui adviendrait et jusqu'où irait cette croissance insolite; mais le soir, la dent s’ébranla tellement que la crainte de voir l’enfant l’avaler engagea à la détacher de la gencive.
Cette incisive dont le développement s'est accompli en 6 heures est une véritable dent de lait ou dent temporaire. Elle est privée de racine, assez large à son collet, creusée d’une cavité que remplit le bulbe dentaire, et d’une blancheur mate, ce qui me porte à croire qu’elle n’est composée que d'ivoire et que la formation de l'émail n'a pas eu le temps de se produire.
Le bulbe dentaire rosé et présentant exactement la forme de la cavité qu'il occupait débordait d’une manière complète la gencive, au moment de la chute de la dent. Sa sensibilité me parut extrême, car, au moindre contact, l’enfant rejetait vivement la têle en arrière en poussant des cris aigus. Le 13 août, le bulbe rétracté devenu noirâtre s’atrophiait sensiblement, et, le soir, il avait tout à fait disparu; la gencive elle-même ne con-
servait plus trace ‘de l’évolution qui s'était accomplie.