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constitué, prématuré mais non débile. La température est de 36 degrés. Accouchement absolument normal et spontané. L’enfant est immédiatement placé en couveuse.
Pendant les 21 premiers jours, la santé est lrès bonne et l'augmentation de poids progressive et régulière. Le vingt-et-unième jour, sortie de l’incisive latérale gauche inférieure. La dent est réduite à une simple enveloppe, véritable doigt de gant. Très peu adhérente et très mobile, on l’enlève pour éviter sa déglutition, À sa place, apparaît sur la gencive un petit bourgeon ayant un peu l'aspect d’un épulis, puis une plaque de stomatite ulcéro-membraneuse qui gagne la muqueuse labiale. Attouchements à l’eau oxygénée.
Deux jours après, sortie de l’incisive latérale gauche supérieure. Puis, deux jours après, sortie de la canine gauche supérieure. On constate autour de ces deux dents une plaque de stomalite ulcéro-membraneuse plus légère qu’à la mâchoire inférieure.
Cette éruption dentaire est accompagnée de phénomènes graves, diarrhée, vomissements, oscillation de la température, perte continuelle du poids. Enfin, survient une péritonite accompagnée de suppuration ombilicale et l’enfant meurt vers le vingt-
sixième jour.
OBSERVATION XLI Lacasse, Société de Stomatologie, juin 1902.
Eruption dentaire précoce.
Charles S.., 25 jours; rien à signaler dans les antécédents héréditaires. L’enfant est né le 15 janvier 1902, en sommet, spontanément et à terme. La mère commence par le nourrir au sein, mais bientôl le sein gauche présente des crevasses, et trois jours après sa naissance, le 18 janvier, survient une légère lymphangile superficielle.
L'enfant ne peut plus être alimenté que par le sein droit, lui qui jusqu'alors têtait normalement commence à dépérir.
Le 20 janvier, un médecin est appelé; il examine la bouche
LAISOT
de l’enfant et constate alors l'existence de trois dents à la màchoire supérieure; la mère ne soupçonnait pas leur existence, qui ne lui fut révélée que par le médecin. Ces trois dents siégeaient à la mâchoire du côté droit, l’une était la canine, les deux autres étaient situées en arrière, contiguës l’une à l’autre, mais séparées de la canine par un intervalle que nous n'avons pu préciser. Leur localisation exacte nous reste donc inconnue.
Le médecin pratique l’avulsion de la canine et les deux autres tombent spontanément le même jour.
Le 21 janvier, la mère constate un gonflement diffus siégeant au niveau du sillon naso-génien droit. L’enfant semble avoir de la difficulté à respirer par le nez et ne respire que par la bouche. Il paraît avoir mis l'enfant à un traitement spécifique.
Le 7 février, la mère s'aperçoit que du pus sort de la cavité laissée libre par l’avulsion dentaire; en même temps, l’état général de l'enfant continue à s’aggraver.
Le 10 février, l’enfant est amené à la consultation de M. Broca, à l'hôpital Tenon. A cette époque, la lymphangite du sein de la mère est déjà totalement guérie et depuis 15 jours l'enfant tête les deux seins.
Examen de l'enfant. — L’interrogatoire ne nous fournit que peu de renseignements précis. Le petit malade est accompagné par une voisine qui ne peut donner que d’une façon très incomplète les quelques antécédents que nous venons de voir. L’enfant est cachectique, pâle, émacié, squelettique, mal tenu.
A l'inspection de la face, on constate très nettement une tumeur située dans le sillon naso-génien qu'elle soulève un peu cependant au dessus de l'aile du nez, mais au-dessous de la région de l’angle interne de l'œil. A ce niveau, la peau a sa coloration normale; la saillie de la pommette paraît être douloureuse au toucher.
A l'ouverture de la bouche, on aperçoit un peu au-dessus du rebord alvéolaire, au niveau de la canine, un orifice fistuleux de la largeur d’une lentille environ, auquel fait suite un canal oblique en haut et en dedans. Par cet orifice, sourd une sérosité
louche, augmentant par la pression de la tuméfaction naso-gé-
En GO =
nienne. La pression au même point donne issue par la narine droite à une quantité notable de muco-pus assez épais. Autour
de la fistule, la gencive est rouge, un peu tuméfiée.
Le maxillaire supérieur sous-jacent ne présente pas de lésions appréciables. Il n’est pas possible de retrouver la place où siégeait les deux autres dents; le rebord alvéolaire est lisse dans tout le reste de son étendue et ne porte pas de reliquat
cicatriciel.
À l’examen de la voûte palatine, on voit la muqueuse soulevée par une collection nettement fluctuante. Celle-ci, de la grosseur d’une petite noisette, s’étend depuis le rebord alvéolaire en avant, à la ligne médiane en dedans; en arrière, à peu près à l’union de la voûte palatine et de la portion membraneuse du voile; en dehors, elle se confond insensiblement avec la muqueuse de
la partie externe de la voûte palatine.
On incise cette collection. Il ne s’écoule pas de pus, mais du sang épais, visqueux, en assez grande quantité. Un stylet introduit par l’incision arrive sur le maxillaire supérieur, sans pouvoir y déceler une lésion de nécrose quelconque. Pansements humides de la face, lavages de la bouche. L’enfant meurt deux jours après.
Les dents qu’il portait à la mâchoire supérieure nous ont été présentés; ce sont de simples capuchons, des cornets creux à l'intérieur, de coloration gris noirâtre, lisses à la surface extérieure, sans traces de racines, ni de collet. Elles ne sont pas friables; la différenciation des tissus qui les composent est im-
possible; elles paraissent homogènes.
Dans les 13 observations de pseudo-éruption précoce liées à un état grave d'infection, nous avons toujours noté la chule ;rapide de ces dents. Dans un cas (obs. XXXIV), la dent à pu même accomplir son évolution complète en 6 heures. En outre, dans 9 cas l'infection s’est terminée par la morl. À noter enfin que les seuls cas de guérison ont concerné des enfants atteints seulement d'infection buccale
grave, tandis que tous ceux qui ont été atteints d'infection générale sont morts.
L'historique que nous avons esquissé, et l’étude des observalions que nous avons rapportées, va maintenant nous permettre de dresser une monographie de ces éruplions précoces des dents de la première dentition, et qui sont égament dénommées : « Dents à la naissance ».