‹ L'éruption Précoce Des Dents De Lait: Essai De PathogénieChapitre 30 sur 33 · CHAPITRE LIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIE

Monographie clinique.

Définition.

L’anomalie dentaire connue sous le nom générique de « Dents à la naissance », réunit sous une même appellation tous les cas d’éruption précoce des dents de lait, que ces dents aient été constatées au moment même de la naissance, ou bien qu’elles n'aient fait leur apparition que dans

les premiers jours où les premières semaines de la vie.

Variétés.

Jusqu'ici on avait coutume de distinguer deux variétés différentes de dents à la naissance. Certains cas, fort rares, inexistants pour certains auteurs (Capdepont), se rapporteraient à des cas déruption vraie, c’est-à-dire avec persistance des dents jusqu'à l’âge de sept ans environ, au moment où se fait la chute normale des dents de première dentition ; d’autres faits, au contraire, de beaucoup les plus nombreux concernent des observations dans lesquelles les dents sont tombées très rapidement après leur éruption, sans que leur durée dépassâl jamais quelques semaines. À ces deux groupes distincts, par leur évolution, correspondraient

d’après les auteurs deux variétés de dents bien différentes par leur aspect extérieur et leur structure intime. Nous verrons sil y a lieu cliniquement d'établir une telle dislinction et si les notions d’histologie pathologique que nous possédons nous permettent d'étayer cette hypothèse de deux variébés différentes de dents à la naissance.

Étiologie.

Il est rare d'observer des dents à la naissance, et même dans les jours qui suivent. D’après Magitot, pendant dix années, à la Maternité de Paris, de 1858 à 1868, sur 17.578 naissances, on n’en a trouvé que trois cas. De 1900 à 1910, Debègue, à la clinique Baudelocque, n’en a vu qu'un cas. Balard et Commes, sur les 10.000 accouchements qui ‘instituent le nombre total des naissances observées à la clinique d’accouchements de Bordeaux durant ces vingt dernières années, n'ont pu en relever que deux cas. Cest donc environ un cas d’éruption précoce pour 4à 5.000 naissances.

Les garçons semblent plus fréquemment porteurs de cette anomalie que les filles. Sur les 41 observations que nous avons rapportées, 6 fois le sexe n’a pas été noté ; dans les 35 autres, il y a 14 filles et 21 garçons, ce qui donne ün pourcentage de 60 garçons et de 40 filles.

Il ne semble pas que les prématurés en soient plus fréquemment atteints. Sur 41 observations, on a noté 8 fois l'accouchement prématuré et 33 fois l’accouchement à terme. Sur ces 33 enfants, 4 avaient un poids relativement petit, inférieur à 3.000 grammes. Les 29 autres enfants étaient d’un poids moyen ou supérieur à la normale.

L'hérédité ne semble pas non plus être un facteur très important, puisque sur ces 41 observations on n'a pu noter que sept fois pareille anomalie chez les ascendants.

A noter cependant que les sept cas d’hérédité se rap-

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portent aux groupes I, Il, et au sous-groupe A du groupe III de nos observations, c’est-à-dire aux cas où l’évolution de la dent n’a pas été signalée, à ceux où la dent a persisté longtemps, et enfin aux faits dans lesquels la dent est tombée prématurément, mais sans aucune trace d’inflammalion. Sur les 24 observations de ces trois groupes, l’hérédité a été notée sept fois, tandis qu’elle n’a jamais été notée dans les 17 autres observations où la chute de la dent s'est accompagnée de phénomènes infectieux plus ou moins graves. C’est un argumerñt que ne manqueraient pas d'invoquer les partisans de la théorie inflammatoire et nous aurons plus tard à y répondre.

Une fois la syphilis a été notée.

Enfin, dans les cas s’accompagnant de phénomènes infectieux graves, l’éruption dentaire s’est accompagnée 5 fois de pneumonie, deux fois de septicémie généralisée, et 5 fois d’abcès localisés multiples ou de phlegmons.

Anatomie macroscopique et microscopique.

A) Au point de vue macroscopique, les dents à la naissance semblent pouvoir être divisées en deux variétés nettement différentes.

Dans certains cas, il s’agit de l’éruption d’un organe solide, blanc nacré, ayant la forme habituelle des dents ‘de la même série avec ses connexions normales et ayant de ce fait la solidité habituelle des organes dentaires.

Parfois, au contraire, il s’agit de la présence d'organes reproduisant bien la forme de la couronne d’une dent de même série, mais qui ne tardent pas à jaunir, à se ternir, à flétrir en quelque sorte, pour disparaître bientôt après leur issue à travers la gencive. Leur chute découvre une petite tumeur conjonctive qualifiée dans plusieurs observations de « dent de chair »,qui n’est autre qu'un bulbe dentaire en pleine activité fonctionnelle. Quant à la dent qui

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est tombée, elle représente une sorte de petite coque solide, composée d'ivoire et revêlue dans sa moitié libre d’une mince couche d’émail.

Il est bon d'ajouter que la chute de ces organes se produit plus ou moins longtemps après leur éruption, et que si, dans certains cas, leur disparition peut se faire sans la moindre trace d’inflammation, elle peut parfois être précédée d’une infection buccale légère ou souvent grave, avec des suppurations locales ou une infection généralisée qui entraîne la mort de l'enfant.

B). — Les examens microscopiques sont de date toute récente et du reste fort peu nombreux.

Les cas d’éruption précoce vraie répondant aux dents normales de forme et de couleur n’ont jamais été examinés au point de vue histologique. Il est probable que la structure de ces organes doit être la même que celle des dents de lait à éruption normale.

Quant aux dents qui tombent prématurément, leur étude histologique n’a pas encore été abordée par de nombreux auteurs, puisque nous n'avons pu en trouver que deux examens pratiqués, l’un par Herpin (obs. XXIIT), et l’autre par Balard et Commes (obs. XXVII et XXVIID.

D’après eux, la dent comprend deux parties nettement distinctes : une portion distale formée par des tissus durs constituant une sorte de capuchon recouvrant, à la partie inférieure, un bulbe embryonnaire très développé, par rapport au mince capuchon.

a) Capuchon. — La caractéristique de ce capuchon est : d’être constitué à peu près exclusivement: « par un dôme de dentiné, avec un peu d'émail au point culminant, qui subsiste plutôt à l’état d'empreinte, le reste ayant été effacé par la décalcification. » (Balard et Commes). Le fait a été vérifié par Herpin et il lui paraît mériter quelques

considérations :

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