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« Il est de règle, dit-il, que dans la formation des couronnes dentaires, la sécrétion des prismes de lémail précède la constitution du tissu dentinaire. On aurait done pu plu- (ôt s'attendre à première vue à trouver surtout de l'émail ; et ainsi plusieurs observations qualifient cette portion «de capuchon d'émail ». Mais, dans l’évolution anormale du germe superficiel, son éruption précoce à travers la gencive a pour premier effet de détruire complètement l'organe de l'émail à qui est dévolue la fonction de sécréter ce lLissu. Cette destruction, dès le début de l’activité de ce bourgeon, ne permet qu'une sécrétion irrégulière et peu marquée, aussi, ne constatons-nous, à l'examen, que la présence à la périphérie du capuchon de quelques rares prismes peu étendus, irréguliers, plus ou moins détachés de la dentine, plus ou moins adhérents à des fractions du tissu épithélial voisin. Tout le reste est constitué par du tissu dentinaire dont l’organe de formation (le bulbe), à l'abri de ce capuchon solide, a pu continuer au Cours de l’éruption, après la destruction de l'organe de l'émail, à sécréter les couches de dentine qui ont édifié cette portion de dent.
Les couches successives de dentine, plus denses à la périphérie qué dans les dernières portions sécrétées, sont en certains points très irrégulièrement disposées. En d’autres, et ceci, en particulier, dans la portion centrale du capuchon, il y a des lacunes de grandeur variable, quelquefois considérables, irrégulières, cahotiques, qui ne semblent point comparables aux espaces interglobulaires que Fon observe dans les dents adultes. Vers la périphérie, on ne trouve point la zone où viennent s'épanouir les fibres de Tomes. » (1).
b) Bulbe, — Le bulbe est généralemént très développé par rapport au mince capuchon de dentine qu'il supporte. Il est constitué par du tissu conjonctif avec de
(1) Herpin. Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris. Voir figure I, page 37.
nombreux fibroblastes, parcouru par des vaisseaux de faible calibre remplis d'hématies et de leucocytes. Les cellules sont en voie de prolifération active, petites, tassées les unes contre les autres, et présentant, du centre à la périphérie, une progression morphologique très nette vers la forme odontoblastique. Autour et au-dessous du tissu conjonctif, on peut apercevoir quelques travées osseuses.
Dans certains cas, l’examen du bulbe peut encore fournir quelques renseignements plus précis sur .l’état de la dent : c’est ainsi que, d’après Balard et Commes, « dans la partie Culminante et conique de la pulpe, il y a de nombreux ilôts de décalcification qui se présentent sous l’aspect de zones arrondies, grumeleuses, avec de fines aiguilles. Vers la base de la pulpe, on note de nombreux éléments lymphocytiques et des leucocytes polynucléés qui encombrent les lumières vasculaires. Cette pulpe repose sur un tissu conjonctif lâche, très riche en cellules, parmi lesquelles de nombreux leucocytes polynucléés. Enfin, autour de la dent, et en divers points, il y a une véritable bordure microbienne, surtout à la base, entourant le tissu conjonctif sous-pulpaire. »
Balard et Commes notent enfin l’absence de follicules autour du bulbe embryonnaire. Herpin l’a également constaté el il ajoute: « ceci semblerait bien indiquer qu'une portion dentifiée puisse effectuer son éruption sans intervention du follicule, à qui on a fait jouer dans l’éruption normale un rôle difficilement explicable, et à coup sûr exagéré. »
Pour résumer les notions d’histo-pathologie que nous venons d'exposer au sujet des cas de pseudo-dentition précoce, il nous paraît indispensable de citer l’opinion de M. le Professeur Sabrazès qui avait examiné les pièces qui ont fait l'objet de l'observation de Balard et Commes. Ces auleurs Jont rapporté en ces termes: « Il semble que lon ait affaire à un tératome, véritable corps étranger, mal nourri,
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en voie d'élimination, par un double processus de dégénérescence et d'inflammation microbienne. »
Symptomatologie.
Deux types cliniques différents méritent d’être décrits, mais hâtons-nous d'ajouter que bien des transitions peuvent exister à notre avis entre les deux, de telle sorte qué cette division en deux variétés adoptée jusqu'ici par les auteurs, ne nous paraît pas absolument tranchée. Au reste, la pathogénie que nous essaierons d'établir montrera que tous les faits de dentition précoce peuvent très bien rentrer sous la dépendance d’un même processus général. Cependant, pour la commodité de la description, nous allons rapporter les signes et l’évolution de ces deux variétés de dentition précoce.
A) Dentition précoce proprement dite. — L'enfant vient au monde avec une ou plusieurs dents. Il en est toujours ainsi dans les observations de cette catégorie que nous avons recueillies. Cependant, il semble possible que l’éruption puisse avoir lieu seulement dans les premiers jours de la vie. Le plus souvent, il s’agit des incisives inférieures, médianes presque toujours. Une seule fois les deux incisives supérieures avaient ainsi fait leur éruption précoce et n'étaient tombées qu'à sept ans. Ces dents, généralement d'un blane nacré, ont la forme, la couleur et la solidité.des dents normales et leur chute ne s’affectue que tardivement, mais il est exceptionnel qu'elle n’ait lieu qu’au moment de la seplième année. Il est naturel, en effet, semble-t-il, que la cause qui a présidé à l’éruplion précoce de la dent puisse de même entraîner sa chute anticipée, et voilà pourquoi, presque toujours, ces dents tombent dans le courant de la première enfance. |
D'après certains auteurs, Debègue et Herpin en parti-
culier, «la dent prématurée est une gène conslante et considérable pour l'enfant qui en est porteur, dans la succion en particulier, en même temps qu’elle cause des, lésions de la muqueuse, qu’elle déchire, et pour la nourrice, dont le bout de sein est également lésé. Cette gêne peut aller pour l'enfant jusqu'à l'impossibilité absolue de l’allaitement naturel, avec impossibilité d’un traitement par une extraction qui, le plus souvent, est suivie d'une hémorragie rapidement mortelle. » (Herpin).
Il nous est impossible de souscrire à de telles assertions. Sans doute, ainsi que l’ont noté Balard et Commes, Fenfant peul mordre le mamelon « qui n'a pas encore acquis. la souplesse et la -résistance qu’il aurait eues si l’éruption dentaire ne s'était pas faite d’une façon aussi précoce ». Mais dans les observations que nous avons rapportées (XI à XVD, et qui ont trait à cette variété, la succion n’a jamais été entravée et il n’a jamais été noté de lésions du mamelon de la nourrice. Dans notre historique, nous avons rapporté que certaines peuplades de l'Amérique du Sud présentaient fréquemment une telle anomalie, et nous n'avons jamais entendu dire que l’éruption précoce des dents de lait ait entraîné le moindre accident. Enfin, si l’ablation devenait nécessaire, elle n’est pas le plus souvent, ainsi que le prétend Herpin, suivie d'une hémorragie rapidement mortelle. Un seul cas d'hémorragie suivie de mort a été signalé par Magitot, et il répond à un cas très net d’hémophilie.
Au cours de nos observations, nous avons noté que l’avulsion avail été maintes fois prodiguée sans accident. Balard, en particulier, qui a eu l’occasion d'enlever quatre de ces dents, a noté qu'il ne s’est écoulé chaque fois que très peu de sang et que la petite opération a paru très peu douloureuse, les deux enfants ayant à peine crié. Enfin Guéniot, en 1868, à la « Société de Chirurgie» de Paris, racontait que les sages-femmes avaient coutume « de faire sauter systématiquement d’un coup d'ongle les dents sorties prématu-
CRE ee ER EE NS CU ENS AU TE CAN RETIRE RETEEES Le s at
rément de la gencive », pour faciliter la succion, et il n’a jamais appris qu'une hémorragie grave ait résulté de cette pratique.
Ainsi donc, il est possible que les cas d’éruption précoce vraie comme on les appelait autrefois, puissent entraîner parfois une certaine gêne dans la succion, mais le fait est rare, et cette gêne, pas plus que l’avulsion de la dent, ne donnent lieu généralement à des complications.
B) Pseudo-dentition précoce. — Dans sa forme la plus typique, celle qui avait le plus frappé les auteurs, l’éruption dentaire se produit seulement quelques jours après la naissance, mais elle évolue alors avec une rapidité particulière, si bien que, dans certains cas, la dent a pu effectuer sa sortie et sa chute en moins de 24 heures.
Ainsi donc, vers le deuxième ou troisième jour, on note, sur le maxillaire inférieur, le plus souvent, et au niveau du point correspondant aux incisives médianes, une petite saillie anormale de la muqueuse, qui laisse apercevoir par transparence un organe blanchâtre. En même temps, la gencive est légèrement rouge, tuméfiée et douloureuse. Quelques heures plus tard, une dent facilement reconnaissable fait son apparition, mais elle ne tarde pas à perdre son aspect blanc nacré, elle devient jaunâtre et commence à remuer. Grâce à sa mobilité particulière, ce capuchon dentifié peut facilement s’incliner sur la muqueuse et mettre sa face postérieure en contact avec le bout du sein, sans provoquer la moindre lésion du mamelon. L'inflammation notée sur le maxillaire peut encore augmenter d'intensité, et une gouttelette de pus peut se montrer à la base de la dent. Avant même que sa chute se soit produite, une dent symétrique peut faire son apparition sur le maxillaire inférieur ou supérieur ; celte dernière aura la même évolution que la première. Finalement, l’une et l’autre tomberont, et à leur place il sera facile de constater un petit bourgeon saignotant, douloureux, véritable « dent de chair », qui se ré-
sorbera bientôt, tandis que la gencive se cicatrisera et que l'inflammation disparaîtra. Le tout peut s’effectuer en quelques heures où au plus quelques jours.
Les dents ainsi tombées ne seront pas remplacées jusqu’à la deuxième dentition, et, comme on le voit, leur évolution ne présente pas de grands dangers pour l'enfant. Ce sont ces faits qui avaient permis à Thore d’ébaucher la pathogénie infectieuse de cette anomalie que Capdepont a repris en défendant sa théorie de la folliculite expulsive.
À côté de cette forme clinique que nous avons pris comme type de notre description, et qui englobe les cas où cette pseudo-éruption s'accompagne d'accidents inflammatoires de peu de gravité, il y a deux autres formes importantes à connaître, celle où léruption et la chute prématurées s’effectuent sans la moindre trace d’inflammation buccale ;'et celle, où, au contraire, l’éruption s’accompagne de graves accidents d'infection, locaux ou généraux, mettant les jours de l’enfant en -danger.
Nous avons pu, en effet, réunir un certain nombre d’observations dans lesquelles léruption dentaire précoce s’est accompagnée de chute rapide de la dent, sans que la moindre trace d’inflammation ait été notée. En dehors de l’absence d'infection buccale, on peut encore remarquer que la dent ne se ternit pas toujours comme dans la forme typique que nous avons décrite, et quenfin l’évolution de la dent est beaucoup plus lente puisque sa chute s’est effectuée au plus tôt le onzième jour, et au plus tard dans le cours de la septième semaine après la naissance.
L'évolution est par contre totalement différente, lorsqu'il y a inflammation buccale grave ou infection généralisée. Il s’agit le plus souvent d'enfant atteint de muguet ou d’abcès buccal primitif ou succédant à d’autres suppurations de l’organisme : il s’agit encore de nouveaux-nés atteints de broncho-pneumonie avec une légère inflammation buccale et chez lesquels très rapidement on voit se développer une ou plusieurs dents qui ne tardent pas à tomber. Chez tous les en-
fants atteints de broncho-pneumonie, ce sont les incisives inférieures qui apparurent ainsi précocement, tandis que chez les autres, atteints d’abcès et d'infection buccale, l'éruption précoce concerna presque toujours les dents incisives de la mâchoire supérieure, et une fois les molaires. IN ya là évidemment plus que de simples coïincidences, car tandis que l’infection générale agit simplement en donnant une sorte de suractivité aux organes dentaires pour faire apparaître premières les dents qui fort normalement les premières leur apparition, l'infection locale procède autrement, et lorsqu'un abcès se développe en un point de la gencive, il produil une nécrose des tissus qui entraîne l'expulsion des dents jusque-là incluses dans le maxillaire.
Quoiqu'il en soit de ce point de pathogénie que nous discuterons plus tard, les enfants porteurs de cette anomalie et atteints d'infection générale sont très gravement atteints, non pas sans doute en raison de leur dentition précoce, mais bien en raison de leur broncho-pneumonie. Les cinq cas que nous avons rapportés ont tous été suivis de mort. L’infection locale peut être également grave, puisque sur huit enfants dont nous rapportons l’observation quatre ont succombhé.
Pronostic.
Des formes cliniques de dentition précoce aussi disparates comportent évidemment un pronostic différent. En elle-même, l'apparition précoce d'une dent de lait ne paraît susceptible d'aucune complication. Qu'il s'agisse d’éruption précoce vraie ou de pseudo-éruption précoce, la vie de l’enfant n'est jamais en danger. Tous les cas de mort qui ont élé signalés concernent des prématurés, ou bien doivent être mis sur le compte de maladies intercurrentes. Une seule fois, chez un hémophile, l’avulsion dentaire entraîna la mort par hémorragie. La gravité du pronostic sur laquelle, tout récemment, Jeannin a particulièrement insisté, vient de
ce qu'on a mis l'infection généralisée sur le compte de l’éruption dentaire précoce, tandis qu’au contraire, ainsi que le disait fort bien le Professeur Bar, cette éruption précoce n'est qu'un phénomène accessoire favorisé par des suppurations locales ou des infections généralisées. ;
Il est certain cependant que pour les cas qui s’accompagnent d'infection grave, le pronostic sera celui de celte affection, et nous savons combien la broncho-pneumonie est grave Chez le nouveau-né. S'il s’agit d'infection buccale sérieuse, le pronostic sera sous la dépendance d’une thérapeutique active qui peut combattre heureusement linfection.
Il faut enfin tenir compte des difficultés que cette affection peul apporter dans l'allaitement et il reste possible qu'elle soil le présage d’autres anomalies de la formule dentaire, ou qu’elle s'accompagne d’autres malformations congénitales.
Pathogénie.
Longtemps, la précocité de l’éruption des dents de lait a paru mystérieux et les diverses hypothèses qui ont été émises jusqu'à ces dernières années n'ont pu arriver à en expliquer tous les cas. Aussi estimait-on légitime de diviser les dents à la naissance en deux grandes variétés, et chaque auteur invoquait une pathogénie différente pour les cas d’éruption prématurée vraie et pour les faits de pseudoéruption précoce.
La pathogénie des cas du premier groupe a paru jusqu'ici assez simple. Certains auteurs ont considéré que la cause de l’'éruption anticipée résidait dans une suraclivilé vitale et fonctionnelle liée à une constitution particulièrement robuste du sujet. Magitot et Debègue se sont élevés contre cetle assertion. Nous-même, sur les six cas de dentition précoce vraie que nous avons réunis, nous avons pu noler que 2 fois le poids des enfants n'avait pas été indiqué, que deux