‹ L'Érysipèle des VieillardsChapitre 10 sur 31 · BTE · texte numérisé non relu

BTE

Dans les érysipèles à répétition, dont nous avons constaté quatre cas de la variété érysipèle redux, la poussée thermique, trois fois, a été plus courte et moins importante qu’à l'atteinte précédente; une fois elle a été équivalente.

Il faut se garder dans l’érysipèle, qu’il s'agisse d’adulte ou de vieillard, d’attribuer une durée et un type défini à la température observée avant la complète guérison. La température prend souvent une marche surprenante, plus fréquemment encore que la marche de lexanthème. C’est ainsi que, chez une malade de 69 ans, ayant présenté un érysipèle de la joue droite avec 3707, puis trois jours d’apyrexie complète, la température, le cinquième jour, monta brusquement à 4006 avec l'apparition d’une plaque, à peine séparée de la première, au front et à la tempe. (Obs. XVI).

Aimsi la fièvre, par la forme de la courbe et par la durée, est un symptôme atténué dans l’érysipèle du vieillard; si lon remarque, de plus, son faible maximum, souvent insignifiant aux environs de 389, on constate que la température est identique à la température décrite dans l’érysipèle atténué primitif par Juhel-Rénoy et Bolognesi, ou encore à celle que l’on décrit de l’érysipèle à répétition. Elle est proche du premier type de fièvre érysipélateuse de Sorel, comme nous l’avons vu.

Nous avons décrit les symptômes de l’érysipèle des vieil: lards. Leur atténuation explique la rapide évolution de la maladie; chez ces sujets, la dermite reste apparente quatre ou cinq fois plus de temps qu’il n’y a de température. Pourtant, ses traces ne tardent pas à disparaître complètement, environ vingt jours après son apparition.

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39 HÉMATOLOGIE

Nous rappellerons brièvement quelles sont les caractéristiques des modifications sanguines dans l’érysipèle d’après les travaux antérieurs.

Malassez, Denucé ont constaté, dans le sang des érysipélateux, l'accroissement de la quantité de fibrine et la diminution du nombre des hématies. Les globules rouges diminuent dans lPérysipèle de 500.000 à un million par millimètre cube. D’après Hayem, une crise hématoblastique apparaît au commencement de la convalescence pour compenser cette diminution.

Pour les leucocytes, on avait trouvé aussi une diminution de nombre; on a dit que cette diminution, dans le sang de la circulation générale, n’était pas aussi marquée que celle des globules rouges. En réalité, 1l y a, au contraire, hyperleucocytose continue pendant l’érysipèle. Chantemesse et Rey ont étudié l’hyperleucocytose et les modifications de nombre de chaque variété de leucocytes au cours de la période d’état et dela défervescence de l’érysipèle. L’hyperleucocytose, à la période d'état, est due à une polynucléose accusée; au contraire, les grands et les petits mononucléaires sont en diminution.

Au fur et à mesure que l'infection évolue vers la guérison, ces auteurs ont montré que la proportion se renverse; les polynucléaires baissent progressivement de nombre pour céder le pas aux mononucléaires; la veille de la défervescence, on assiste à une poussée accentuée de grands mononucléaires.

Que l’état s'aggrave, la polynucléose s'accroît; les grands mononucéléaires, s'ils avaient commencé à accroître leur nombre, cessent de se multiplier. S'il s’agit de cas mortels,

l’'hyperleucocytose dépasse toujours le chiffre de 12.000 et elle est constituée par une polynucléose qui atteint ou dépasse la proportion de 92 ° Je.

La courbe des lymphocytes ne montre pas une augmentation concomitante à l’augmentation des grands mononucléaires; l’augmentation des lymphocytes a lieu un peu plus tard. L’élévation du taux des lymphocytes est le vrai signe d’une guérison solide.

Les éosinophiles, absents en général pendant la période fébrile, reparaissent au moment de la défervescence.

Outre ces modifications de la formule sanguine, Chantemesse et Rey ont aussi montré la valeur pronostique de l’examen du sang des érysipélateux; dans le sang circulant la persistance d’une polynucléose montre une persistance de l'infection. Au contraire, l’apparition de la mononucléose à grands mononucléaires fait prévoir une défervescence, défervescence définitive si cette mononucléose est considérable.

Chez 17 de nos érysipélateux des examens de sang ont été pratiqués. Le sang recueilli au lit du malade par deux mélangeurs Potain à dilatation différente, dilué dans le liquide de Hayem, additionné pour les leucocytes de bleu de méthylène, a été examiné au moyen de l’hématimètre de Malassez.

Nous avons trouvé une diminution du nombre des hématies partiellement explicable par l’état d’anémie habituel aux vieillards. Leur nombre a été, une fois, entre 2 et 3 millions par millimètre cube, trois fois entre 3 et 4 millions, cinq fois entre 4 et 5, quatre fois entre 5 et 6 millions et une fois atteignant 6 millions (Observ. IV-V-VI-VII- VII-IX-X-XI-XII-XIII-XIV-XV-XVI-XVII-XXX). Cette diminution du nombre des hématies, sans modifications

Tres

qualitatives, est conforme à ce que l’on observe dans lPérysipèle selon Malassez.

Nous avons étudié la leucocytose chez nos malades, mais nous ne ferons pas ici état des numérations de leucocytes faites chez des malades ayant été traités par les injections intra-veineuses d’électrargol peu de temps auparavant. Nous ne rapportons que les numérations faites avant lapplication de ce traitement, l'argent colloïdal produisant une polynucléose manifeste.

Nous avons trouvé, chez des sujets dont le sang a été examiné dans les trois premiers Jours de la dermite et qui, tous, ont guéri

4 fois de l’hypoleucocytose légère (Observ. IV).

7 fois une leucocytose normale, 6 à 8 000 (Observ. V, VII, AIN EX NI EN XV X XX).

2 fois une tendance à l’hyperleucocytose,8 à 9 000 (Observ. VI et XII).

2 fois entre 9 et10 000 leucocytes (Observ. XI et XV).

6 fois de l’hyperleucocytose, 10 000 et même 13 000 et

44 200 (Observ. VIIE, IX, XII, XIII, XX, XXIV).

Ainsi, les plus nombreux des examens ont montré de l'augmentation généralement modérée du nombre des leucocytes; leur proportion devient, par rapport aux hématies peu nombreuses, notablement supérieure à 17/700.

Parmi les cas où la leucocytose a été normale, un des malades n’avait jamais eu de fièvre, un second n’en avait plus au moment de l’examen de sang. Parmi les cas où la leucocytose ne fut que de 8 à 9.000, il y avait un érysipèle réeidivant dont l’attaque précédente s’était accompagnée d’hyperleucocytose.

Ces faits montrent que l’on doit prévoir l’hyperleucocytose quand on pratique l'examen du sang d’un vieillard érysipélateux, Nous avons contrôlé que cette hyperleuco-

Eos

cytose était bien due à la maladie au moyen d’examens de sang faits aux environs de la fin de la maladie.

Toujours la leucocytose de nos malades avait diminué dans les cas où elle avait été trouvée précédemment au-des-. sus de 8000 (Observ. VI-VITII-IX-XII-XIII-XV). Dans des cas où la leucocytose avait été normale pendant la maladie, elle se trouva modifiée en sens variable vers la fin de la maladie, deux fois diminuée (Observ. VII-XVII) et deux fois augmentée (Observ. XIV-X VI).

Le pourcentage des grands mononucléaires ne pouvait nous montrer l’augmentation prémonitoire de la défervescence mentionnée par les auteurs. La défervescence, en effet, était précédée chez nos malades par l’injection d’électrargol intra-vemeuse qui, en élevant le taux des polynucléaires, nous a empêché de retrouver ce signe hématologique. L’étude de la courbe des grands mononucléaires nous a seulement montré qu'ils étaient peu abondants dans les périodes d’ascension thermique (Observ. VI-VII-IX), peu abondants aussi dans le courant des abaissements thermiques lents. Ils semblent moins rares à l’issue de la maladie (Observ. IV et XVIT). |

L’élévation du nombre des lymphocytes est tardive et constitue, dans l’érysipèle, la véritable marque d’une guérison Stable (Chantemesse et Rey). Nous avons, chez six vieillards, constaté cette augmentation tardive; chez quatre autres, il ÿ eut, au contraire, diminution; chez un onzième, il n’y eut pas de modification. Dans aucun de ces cas, le changement du chiffre des lymphocytes ne fut très grand. Il semble que, pour cette variété de leucocytes aussi, la réaction soit la même chez le vieillard que chez l’adulte et tou- Jours avec diminution de netteté.

Enfin, chez trois malades, le chiffre des éosinophiles dé-

Pr VERS

passa la normale. Un fait assez curieux est la coïncidence de cette éosinophilie avec une phtiriase très marquée que présentèrent ces trois malades au moment de leur réception dans le service pour érysipèle. On a établi que tous les parasites du tissu sous-cutané donnaient de l’éosinophilie sanguine. Il n’est pas illogique de penser qu’une phtiriase avec réaction plus ou moins intense du dermeet du tissu conjonctif sousjacent puisse donner, elle aussi, cette éosinophilie (Observ. XHFI-XIV-XVII). Il est juste d’ajouter que, dans deux cas, l’éosinophilie se produisit à la convalescence de la maladie, moment où l’on peut lobserver, selon les auteurs, mais où nous ne l’avons observée dans aucun autre cas.

Nous conclurons de cette étude du sang, au cours de 1a dermite streptococcique du vieillard, que les réactions sanguines de règle se retrouvent encore chez lui, mais inconstantes, toujours incomplètes et peu intenses. Ces réactions sanguines cadrent bien avec la symptomatologie déformée de la maladie.

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