COMPLICATIONS ET RELIQUATS
Les ‘complications de l’érysipèle sont locales et générales.
La suppuration, de toutes les complications locales, chez les vieillards, serait la plus fréquente. Elle se produit au niveau de phlyctènes, rares chez le vieillard, ou dans le tissu cellulaire sous-jacent à la dermite, de préférence aux points où ce tissu présente une grande laxité. Ces suppurations sont la caractéristique de certaines petites épidémies de cas graves (Widal et Chantemesse).
Ces suppurations au cours de l’érysipèle sont l’œuvre du streptocoque lui-même, se modifiant au cours de l’affection. A tort, l’on avait cru qu’elles imdiquaient une association du streptocoque avec le staphylocoque, celui-ci étant le microbe le plus banal de la peau (48 colonies sur 50, Remlinger) et le plus habituel agent des suppurations cutanées et sous-cutanées. Parmi les complications locales que nous avons personnellement constatées, nous n’avons pas rencontré d’érysipèle suppuré. La gangrène au niveau des membres ou du scrotum chez le vieillard à été mentionnée. Explicable par le rôle nécrophore qu'est susceptible de prendre le streptocoque, elle est d’un pronostic sévère. Elle se rencontre chez les cachectiques et les débilités, les diabétiques, les brightiques.
On a signalé, chez le vieillard, l’angine aiguë à début concomitant de l'invasion de lérysipèle, l’otite moyenne suppurée et les lésions des muqueuses oculaires ou nasales, plus fréquentes. Nous avons, chez nos 30 érysipélateux,
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observé une fois une conjonctivite catarrhale bénigne apparaissant en même temps que la plaque se formait au grand angle de lœil, et, une autre fois, une conjonctivite avec dacryocystite, lésions bilatérales prolongées. L'apparition de la rougeur des conjonctives eut lieu encore en même temps que celle de la plaque à l’angle interne de l'œil. L’œil droit, voisin de la plaque, était plus atteint. Un peu de pus recueilli dès le deuxième jour au niveau de l’œil droit contenait du streptocoque typique. L’affection s’aggrava au moment d’une récidive de l’érysipèle, dix jours après son début. Les deux dacryocystites se fistulisèrent un mois après leur début et, à la suite de cette fistulisation, l’inflammation avait presque disparu, six semaines après son apparition (Observ. XV), sans laisser de lésion du globe oculaire ni de la conjonctive.
La complication locale la plus fréquente dans nos observations est la sclérose du derme de la face, véritable reliquat de la dermite streptococcique (Observ. VI-XVI-X VIT). Cet épaississement du derme s'accompagne de la persistance d’une rougeur au siège d’une partie de l’érysipèle disparu. Cette rougeur, qui attire l’attention, fait dire, à première vue, aux personnes non habituées à la pathologie sénile, que l’érysipèle a reparu. L'absence d’hyperthermie locale notable est le meilleur signe qu’il n’en est rien. Cet œdème dur, terminaison éventuelle tout particulièrement de l’érysipèle à répétition, a été dénommé improprement érysipèle chronique par Achalme. On le mentionne comme plus fréquent au membre inférieur, puis à la face. Au membre inférieur, il avait été confondu avec d’autres lésions sous le nom d’éléphantiasis nostras. A la face, il a été reconnu comme une transformation pachydermique sans processus Imfectieux par Bernhardt, Bendix, Dupouy. Au niveau de cette
dermite scléreuse, la Iymphe ne contient pas de streptocoques.
Cette sclérodermie spéciale s’accompagnait, chez nos malades, de vasodilatation cutanée traduite par de la rougeur. On sait la fréquence des érythèmes infectieux au cours et à la suite des infections les plus diverses; cette fréquence est due à l’action très marquée des toxines microbiennes sur les centres vasomoteurs. Les toxines stimulent les vasodilatateurs et les mettent en état de réagir avec la plus grande facilité, Les rougeurs cutanées persistant à la suite de l’érysipèle sont une manifestation particulière de cette action. A cette action des inflammations et notamment des streptococciques, tient le pouvoir curateur de certaines d’entre elles. On aurait vu des lésions cutanées rebelles, d’après de nombreuses observations d’ulcères de jambe, de lupus, etc... guérir à la suite d’un érysipèle intercurrent.
Réciproquement, les troubles vasomoteurs peuvent rappeler une lésion qui sommeillait; un érysipèle de la face sera ainsi suivi d’un eczéma des mains ou d’une poussée de syphilides. re
Les complications générales, au cours de l’érysipèle de la vieillesse, sont considérées comme fréquentes par les auteurs, On admet, en effet, généralement que l’érysipèle des vieillards est presque toujours mortel et que la mort d’un érysipélateux est due moins à la septicémie streptococcique qu'à une insuffisance de tel ou tel organe spécial. Nos observations ne nous ont montré aucune complication générale pendant la maladie, à l’exception d’une seule : il s'agissait d’un vieillard de 65 ans atteint d’hypertrophie cardiaque ancienne, au cours d’une néphrite chronique, et qui mourut d’asystolie progressive en hypothermie. Nous ne considérons pas comme des complications, mais comme des symp
tômes, les congestions pulmonaires précoces ou initiales que présentèrent six de nos malades. Nous avons décrit ces troubles pulmonaires au chapitre des Symptômes. Quant aux complications rénales, les plus fréquentes (Enriquez, Traité de Médecine, 1909) dans le cours de l’érysipèle, nous ne les avons pas observées.
En dehors des complications viscérales véritables, on rencontre, selon Lucien et Parisot, des troubles viscéraux de pronostic favorable. Pour ces auteurs, ces troubles rénaux hépatiques, cardiaques, se localisent sur des organes antérieurement lésés. Ces troubles n’ont pas été observés chez nos malades, bien que treize eussent présenté des lésions viscérales cliniquement appéciables.
On a signalé, chez le vieillard, non seulement l’endocardite streptococcique, mais la péricardite, la pleurésie avec épanchement. On a décrit aussi la congestion pulmonaire et la pneumonie. La pneumonie érysipélateuse a une symptomatologie toujours mal dessinée, une évolution rapide, irrégulière, une issue fatale. « Pour la surprendre chez le vieillard, à son début, il faut avoir soin de pratiquer une auseultation quotidienne, alors même qu'aucun symptôme n’attire l’attention sur le poumon. » (Widal.\
Le délire est une complication fréquente au cours de la plupart des maladies infectieuses du vieillard. C’est même surtout à l’occasion de ces dernières que se manifestent, après le délire infectieux, les premiers symptômes dela démence sénile. Chez une des malades dont nous possédons l’observation, huit jours après la disparition de la plaque, on constata un affaissement cérébral plus marqué, un peu d’incohérence des réponses, du rire et du pleurer spasmodiques, signes d’un foyer récent de ramollissement cérébral ou d’une altération cérébrale récente.
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Les formes anormales bien caractérisées de l’érysipèle, la forme bilieuse, la forme adynamique, ont une existence douteuse chez le vieillard. Une forme bénigne, ou longtemps bénigne, chez l’adulte, l’érysipèle à répétition, ne peut être considérée comme telle chez le vieillard, moins résistant aux attaques répétées.
On observe, 1l est vrai, une atténuation progressive des dermites; à chaque récidive s'affirme ainsi l'opposition croissante entre l’immunité générale et la prédisposition locale, augmentant toutes deux à la suite de l’attemte antérieure. Mais cette succession d’états infectieux n’en est pas moins particulièrement nocive chez un vieillard, et on doit toujours redouter l’apparition d’une poussée érysipélateuse inopinément plus grave que les précédentes. (Widal et Hirtz.)