PATHOGÉNIE
Le vieillard présente une résistance spéciale aux infections aiguës, même lorsqu'il n’a, en aucune façon, pu subir le contact antérieur du microbe pathogène. Il est classique d'en donrer pour preuve l’immunité des vieillards lorsqu'une épidémie de rougeole éclata, pour la première fois, aux îles Fär-Oer. L’assez grande fréquence de l’érysipèle sénile semble donner un démenti à cette règle.
Mais l’érysipèle étant, soit par prédisposition humorale, soit par infection latente de certairs sujets, une affection à récidives, si chaque récidive corstitue une raison de plus pour une récidive future, on comprend que les sujets les plus âgés puissent perdre de leur immunité habituelle.
De plus, les lésions cutanées spéciales aux vieillards favorisent beaucoup le développement de la dermite.
Chez eux, les associations du streptocoque avec les microbes de la peau, souvent négligée, doivent se produire avee une plus grande facilité. Le streptocoque peut être sur la peau saine, dans le vagin, dans le nez; 1l à été trouvé 20 fois dans la bouche de 20 sujets sairs par Widal et. Bezançon. Ces auteurs ont montré (Société Médicale des Hôpitaux, 1894. — « Recherches expérimentales sur l’érysipèle ») que les streptocoques de la bouche normale ne peuvent donner ni érysipèle ni septicémie. Mais en l’associant au colibacille, le streptocoque saprophyte devenait virulent et donnait des érysipèles, des suppuratiors, des septicémies, des endocar. pites végétantes.
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Soit qu’il faille le considérer comme une simple récidive, soit qu’il soit pour ainsi dire forcé de se produire par l’état de la peau du vieillard, soitenfin en raison des réactions torpides de la’ vieillesse, ou pour cette triple raison, lérysipèle se développe mal, dure peu, et tous ses symptômes ont, chez le vieillard, tendance à s’atténuer.
On a, depuis longtemps, soulevé la question des rapports de l’érysipèle et des pneumonies et affections pneumoniques du poumon. Lucien et Parizot mentionnent une épidémie concomitante d’érysipèles et de pneumonies chez les vieillards de l’hospice de Nancy en 1904. Nous n’avons pu observer aucun Cas de ce genre.
Ces faits ont leur explication. Netter (Société Médicale des Hôpitaux, juillet 1894) a trouvé le pneumocoque dans la salive des convalescents d’érysipèle, plus souvent que le streptocoque virulent. Dans la bouche de tous les autres sujets n’ayant pas eu de pneumonie, on trouve le pneumocoque moins souvent que chez ces convalescents de dermite streptococcique.
Les deux agents s'associent quelquefois chez le même malade: On observe, en effet, chez les érysipélateux, outre des pneumonies à streptocoques, des pneumonies secondaires à pneumocoques, et, enfin, ainsi que l’a vu Widal, une association du pneumocoque et du streptocoque, donnant une pneumonie insidieuse à foyers multiples.
Aces considérations générales sur linfection érysipélateuse, nous ajouterons que chaque manifestation, et, en particulier, la plaque de dermite, a des caractères nettement conditionnés par lorgane en voie d’altération sénile qu’elle atteint. La plaque de dermite est moins rouge et moins chaude parce que la sclérose du derme empêche la vaso-dilatation, moins saillante dans son ensem-
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ble et au niveau du bourrelet parce que cette sclérose diminue l’œdème. Ces lésions expliquent enfin l’évolution sur place, l'absence de tendance serpigineuse de la plaque. La douleur modérée est en rapport avec l’atrophie des papilles nerveuses et la diminution de sensibilité propre du derme qui l’accompagne.
Nous décrirons ces lésions spéciales au vieillard au chapitre de l’Anatomie pathologique. Nous verrons qu’elles suffisent à modérer les phénomènes de phagocytose et d’infiltration intradermiques provoqués par la pénétration du Streptocoque de lérysipèle.
La remarquable absence de septicémie et de symptômes généraux infectieux chez le vieillard atteint de dermite streptococcique est à rapprocher de la modération des signes de septicémie dans la fièvre typhoïde et la plupart des maladies infectieuses chez le vieillard. Cette résistance de l’état général est d’ailleurs nécessitée par la résistance locale, par la bénignité des signes locaux de dermite. Il serait nécessaire que la dermite des vieillards soit intense pour que les signes d’infection générale le soient. On sait, en effet, que le streptocoque de lérysipèle, le streptocoque de Fehleisen, produit les symptômes généraux de la maladie sans envahir la circulation bien que variété d’un microbe agent de nombreuses septicémies (fièvre puerpérale, scarlatine compliquée, septicémies par blessures, etc.).
L’ensemencement du sang des érysipélateux montre rarement le streptocoque; il ne le montre jamais en dehors des cas d’érysipèles graves (Ensemencement du sang pendant la vie — Th. de Lemierre — 1904).
La condition de latténuation des symptômes généraux, observée dans la dermite des vieillards, doit, a priori, être une faible réaction phagocytaire de l'organisme. Cette atté-
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nuation de la réaction phagocytaire a été constatée par nous par lexamen du sang des vieillards érysipélateux, qui montre une hyperleucocytose moins intense que chez l’adulte.