HISTORIQUE
On pourrait écrire un chapitre fort intéressant d’histoire médicale en faisant une revue des diverses doctrines qui depuis la période hippocratique, en passant par les théories humoristes et les théories mystiques, ont tour à tour essayé d’éclairer l’étiologie et la pathogénie de l’érysipèle.
Mais le cadre de cette étude est trop étroit pour que nous osions envisager la possibilité de l’y introduire.
Pour embrasser cette histoire d’un coup d’æil rapide, nous adopterons la division chronologique de M. Fer- NAND WipaL..
Depuis HippocratTE, c’est-à-dire depuis le v° siècle avant Jésus-Christ, la maladie a été décrite, et la première description, qui est du Père de la Médecine, est longtemps restée sans retouches.
M. Widal distingue trois périodes dans l’histoire de l’érysipèle : première époque, période d'observation clinique ; deuxième époque, période anatomo-pathologique ; troisième époque, période bactériologique.
La période d'observation clinique s'étend depuis HippocRaTE (v° siècle) au xvm® siècle. A la description magis-
trale d'Hippocrate, les auteurs qui se succèdent n’ajoutent que peu de détails. Mais c'est sur la pathogénie de l’érysipèle que la discussion va faire naître des théories différentes.
Pour Hippocrate, l'érysipèle est dû au mélange de la bile avec le sang. Un peu plus tard, Galien, Avicenne, Paul d'Egine, et, dans le cours des siècles, Guy de Chauliac, Ambroise Paré (xvi® siècle), Fabrice d’Aquapendente, professèrent cette doctrine. « Lance (1520) ajouta à cette conception une idée de trouble mécanique, eu prétendant que les pores de la peauretenaient le sang en mouvement. » (Achalme).
Le succès de la théorie bilieuse fut un instant compromis par ParAGELSE et Van HELmonr (1566). Ceux-ci « voulurent voir dans les maladies les manifestations d'une force immatérielle, gènée par une modification chimique du milieu quila contient. »
Mais Sydenham, Boërhave, Van Swieten {xvn® siècle) révinrent aux théories hippocratiques.
Hoffman (1729) conserve la théorie bilieuse, mais reprend l’idée de la stase du sang causée par les spasmes des vaisseaux sanguins.
En 1777, uue idée nouvelle se fait jour, celle de la contagiosité de l’érysipèle (Lorry). Mais elle restera de longues années sans se vulgariser.
Il nous faut arriver au xix° siècle pour trouver des travaux intéressants sur l'anatomie pathologique de l’érysipèle. Trousseau eut l'intuition que l’érysipèle avait toujours une plaie pour point de départ, et c'est à cette époque que Piorry, en concordance avec les idées de
Trousseau, « donna à l’érysipèle le uom de septico-dermite, qui est presque une définition anatomique et pathogénique de la maladie qui nous occupe. Les rechervhes de Renaut devaient légitimer la seconde partie du mot, et celles de Fehleisen, la première. » (Achalme).
Ici, se placent également les discussions entre deux camps d’anatomo-pathologistes ; «les uns, avec Flandrin, Ribes, Cruveilhier, Béraud, Bouillaud, se basant sur la coexistence de la phlébite, font de l’érysipèle uve inflammation du réseau capillaire veineux. Les autres, avec Blandin, Velpeau, v’y voulaient voir, au contraire, qu’une inflammation des vaisseaux lymphatiques capillaires, opipion à laquelle se rallie Desprès, et qu’il développe avec beaucoup de science et d’aperçus séduisants. Enfin,entre les deux opinions extrêmes, se plaçaient Coplaud, qui reconnaissait quel’angioleucite ou la phlébite pouvaient compliquer l’érysipèle, et Samson, qui décrivait un érysipèle lymphatique et un érysipèle veineux. » (Achalme.)
Mais Vucprran, en 1868 (Archives de Physiologie) localisa la maladie dans les mailles du derme et montra que l’iufiltration des mailles de ce tissu par les globules blancs tenait plus de place dans l'anatomie pathologique que la congestion.
Renaur apporta bientôt la confirmation de ces vues el insista surtout sur la prolifération des cellules du tissu conjonctif.
Enfin, les recherches plus récentes de Cornil et Ranvier (1876), d’Achalme (1893), de l’aveu même de ces auteurs, n’ont fait que vérifier pleinement les affirmations de Renaut.
C’est la fin de la période d’histologie pure.
Dès 1868, Nepveu en France et Hugrer en Allemagne décrivirent un microorganisme trouvé par eux dans la plaque érysipélateuse. Il s’éleva même entreeux un débat pour la priorité de la découverte. Mais il ne semble pas que le bacterium punctatum de Nepveu, pas plus que le monas crepusculum de Hueter corresponde au streptocoque.
Les travaux de Orth, Wilde, de Boucaarp surtout (1876) apportèrent quelques descriptions nouvelles de microbes.
Les découvertes de Lukomsky sont vivement contestée par Achalme.
D'ailleurs, jusqu’à la thèse ivaugurale de DorsrIS (1880) sur ce sujet, les microbes découverts et décrits n'étaient pas considérés unanimement comme agents pathogènes de l'érysipèle. La description de Doléris est la première qui fasse autorité.
FexLelsex (1882), donna au microbe son nom défini- Uf : le séreptococcus erysipelatus, auquel son propre nom restera attaché. Il le cultiva, et l’inocula même à l’homme sous le couvert d’uu but thérapeutique.
[l montra que les bactéries occupent « les espaces lymphatiques du derme et se trouveut surtout en grand nombre au’ niveau de la zone moyenne de l'érysipèle, daus la portion qui correspond au bourrelet. Il insista enfin d'une manière toute spéciale sur la présence du parasite dans le système lymphatique et son absence dans le système sanguin » (Achalme).
Les travaux postérieurs de Koch qui, le premier,
donna l’appui de son nom à la découverte de Fehleisen, de Cornil et Babès, de Denucé (thèse inaugurale) n’ont été qu'une confirmation à peu près entière des travaux de Fehleisen.
Signalons encore ici les travaux de M. Widal qui à identifié le streptocoque de l'infection puerpérale et celui de l’érysipèle et ceux de M. Vaquez.
Enfin, aujourd’hui, on pourrait ajouter à la classification de M. Fernand Widal, un quatrième chapitre chronologique : la période sérothérapique. |
Avec les idées qui commencaient à se faire jour sur Pimmunité naturelle et limmunité acquise, il était tout naturel de chercher à combattre la maladie sur son propre terralu.
Marmorek, le premier puis CHarrin et RoGEr présen- : ièrent un sérum antistreptococcique. L’enthousiasme qui accueillit les premières tentatives d’immunisation a diminué aujourd'hui du moins en ce qui concerne le sérum antistreptococcique.
Son efficacité, réelle dans certains cas, est nulle dans d’autres (Méry). Et cela tient sans doute à ce qu’un sérum antistreptococcique n’a d'action que sur une espèce donnée de streptocoque et que le sérum spécifique n’est pas encore trouvé. Cependant l'emploi du sérum polystreptococcique ne doit pas être considéré comme inutile. Il est d’ailleurs couramment employé dans les cliniques parisiennes. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question à propos du traitement de
l’érysipèle.
Après cette brève étude double de l’histoire de
l’érysipèle, nous tenons à marquer quelques dates et à citer les principaux noms qui rentrent dans l’histoire particulière de l’érysipèle des nouveau-nés.
Baron (1830) est le premier qui en ait donné quelques observations (Hospice des Enfants-Trouvés).
En 1834, Bernor écrit de l’Erysipèle du nouveau-né une monographie importante. Dans le Dictionnaire en Trente volumes, Chomel et Blache lui consacrèrent un article.
Trousseau fit une leçon clinique sur l’érysipèle du nouveau-né.
Lorain (1858) montra que sa principale source étiologique résidait daus la fièvre puerpérale maternelle.
Hervieux (1856) publia dans la Gazette médicale de Paris une véritable étude sur la maladie qui nous intéresse; elle porte sur trente observations. Il remarque le développement de l’érysipèle sur les plaques de sclérème et écrit à ce propos: «Je crois... que les conditions morbides particulières dans lesquelles se trouve la peau des petits endurcis, crée chez eux une prédisposition réelle à l’érysipèle. »
Bizcarp, Boucaur (1876) consacrent à l’érysipèle un chapitre de leur traité de pathologie infantile, et Bouchut mentionne une observation intéressante que nous publions dans cet ouvrage.
Fredet, Vincent publient également quelques observations.
Enfiu Lemaire (1876) fait de cette affection le sujet de sa thèse inaugurale.
Depuis, des travaux divers dont il sera fait mention