‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 18 sur 35 · PNG · texte numérisé non relu

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infectieux, tandis qu’un autre érysipèle reste simple et dépourvu de ce caractère. L'’anatomie pathologique ne fournit ici, comme toujours du reste, qu'un seul enseignement, à savoir que l’angioleucite, loin d'être la lésion dominante dans l'érysipèle simple, paraît au contraire en rapport avec l’érysipèle grave accompagné d’une dermite très-intense, et pour ainsi dire suraigué.

La lymphangite trajective se rencontre quelquefois dans l'érysipèle, surtout dans la forme traumatique. Il n’est pas rare de la voir se développer le long d’un membre, en même temps que le pourtour d’une plaie siégeant sur celui-ci s'entoure d’une rougeur érysipélateuse. Dans ces cas, elle est probablement amenée par les mêmes causes qui engendrent l'érysipèle. Sa gravité est aussi moins grande, comme l’a fait remarquer M. Chassaignac ‘; et elle ne semble pas se comporter autrement que les lymphangites développées isolément à la suite des excoriations, des frottements et de tous les traumatismes légers auxquels on la voit succéder d'habitude, Elle peut même donner lieu à des abcès multiples siégeant le long des vaisseaux à diverses hauteurs, sans que pour cela l’érysipèle prenne un caractère sérieux de gravité. Il importe donc de la bien distinguer sous ce rapport de l’angioleucite des réseaux, qui apparaît avec l’érysipèle et pour ainsi dire audessous de lui. L'observation suivante montre un exemple de cette forme de lymphangite suppurée accompagnant l’érysipèle.

OBservaTION XVI. — PlJaie du tiers inférieur de la jambe. — Er ysipèle. — Lymphangite de tous les troncs du membre inférieur. — Abcès mulliples le long des vaisseaux. — Guérison.

Derret (Auguste), 84 ans, garçon marchand de vins, entre le 21 juin 1878 à la Charité, salle Saint-Jean, n° 14, dans le service de M. le profeseur Trélat.

Cet homme porte à la partie antérieure et inférieure de la jambe droite une plaie ancienne, mal soignée et qui s’étend en avant de la crête et sur la face externe du tibia, dont une portion est dénudée.

Cette plaie bourgeonne mal. Tous les matins on la trouve recouverte

‘ Chassaignac, Trait. de la supp. et du drainage chirurg.;lart. ANGIOLEUCITE.

d'une couenne blanchâtre épaisse s'enlevant facilement par le frottement. Le 2 juillet, on cautérise la surface pultacée avec le chlorure de zinc, et les jours suivants elle devient rosée et de bonne apparence.

Le 13 juillet, frisson, fièvre (temp. — 38°,8) et apparition autour de la plaie d’une plaque d'érysipèle caractéristique, le lendemain 14. Cette plaque faisant relief, bordée par un bourrelet saillant, envahit d’abord le pied, puis remonte sur toute la jambe en s’arrêtant au-dessous du genou.

En même temps, une augioleucite trajective se montra, les traînées prenant pour point de départ la plaque érysipélateuse. — Les lymphatiques qui se rendent au pli de l'aîne étaient tous pris, les glandes inguinales étaient dures, douloureuses et très-tuméfiées. Cette angioleucite s’éteignit peu après la disparition de la rougeur de l’érysipèle, qui dura jusqu’au 22 juillet et ne s’accompagna pas de symptômes

généraux bien graves.

Le 25 juillet, on constate de la fluctuation à la partie interne de la malléole interne. Une incision est pratiquée et donne lieu à de l’écoulement purulent. Les jours suivants l'exploration de la jambe et de la cuisse montre que tout le réseau lymphatique du membre est pris et forme au côté interne une masse épaisse, empâtée, dure au toucher. — Le 29 juillet, la fluctuation, profonde, devient manifeste dans cette masse. Successivement on ouvre c'nq autres abcès sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, à savoir : deux à la face interne de la cuisse, un près de la malléole interne, un sur le cou-de-pied, et enfin deux à la région interne de la jambe.

Le 10 août, le malade est convalescent, les abcès multiples sont. en voie de cicatrisation. L'état général est satisfaisant.

En résumé, l’inflammation proprement dite des réseaux lymphatiques autres que les capillaires paraît devoir être considérée comme un épiphénomène ou une complication de la dermite érysipélateuse. Il n’en est pas de même de l’adénite, qui paraît à peu près constamment, et indique assez le rôle actif que joue le système lymphatique dans l’érysipèle. Depuis Borsieri !, tous les auteurs ont noté cette adénite, qui devient elle-même une complication quand elle arrive à suppurer. Il resterait donc peu de chose à dire sur ce sujet si l'adénite n'avait pas été considérée dans ces derniers temps sous un jour tout nouveau par M. Maurice Raynaud. Dans le cours de la récente discussion qui a eu lieu à la Société médi-

1 Borsieri, Loc. cit., et citation reprod. dans la clinique de Trousseau.

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