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côté du pus dans les gaines lymphatiques des vaisseaux sanguins de la peau. Cette assertion m’a paru peu fondée, car on n'a pas encore démontré dans la peau l'existence de pareilles gaines.
Tel était l’état de la question au moment où je communiquai à la Société de biologie le résultat de quelques recherches sur l'anatomie pathologique de l’érysipèle. Je me propose de développer et de compléter ma communication dans le .paragraphe suivant ; je n’en reproduirai donc pas ici le texte primitif'.
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& II. — Infiltration. — Prolifération — Lésions des capillaires lymphatiques
La description qui va suivre est fondée sur l'examen anatomique d’un assez grand nombre de pièces recueillies sur des sujets morts d’érysipèle, soit spontané, soit traumatique. Comme je n'ai trouvé aucune différence au point de vue anatomique entre l’érysipèle consécutif à des plaies ou produit spontanément, je ne ferai entre eux aucune distinction dans la description.
Sur le cadavre, la peau atteinte d’érysipèle ne présente plus la coloration carminée si vive qu’on a considérée, avec raison, Comme l'un des caractères cliniques importants de cette affection. Le bourrelet périphérique est peu sensible, mais ordinairement le tégument de couleur rouge sombre ou livide, légèrement œdémateux et conservant l'empreinte du doigt, a gardé sur les points où l’éruption était intense cet aspect rude et chagriné sur lequel insistait Borsieri. Qand on incise la peau, elle paraît épaissie, sa cohésion est augmentée, son adhérence au tissu adipeux sous-cutané l’est aussi, de telle sorte que le derme proprement dit ne glisse plus sur les couches profondes et qu’il est possible de faire en même temps assez facilement, avec un rasoir bien tranchant, une coupe nette de la peau et des tissus subjacents. D'une manière générale, on peut comparer cet état à celui que présenterait la peau congelée.
Si l'on vient à examiner au microscope les éléments obtenus
1 Voy. C. rend. Soc. biolog., mars 1873.
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par le simple râclage pratiqué à la surface d'une coupe nette, on reconnait la présence d’une quantité innombrable de globules blancs, absolument semblables à ceux du sang ou dela lymphe, et des cellules plates du tissu conjonctif à l’état de tuméfaction granuleuse. Une préparation du tissu conjonctif sous-cutané faite par la méthode des injections interstitielles ! ne montre rien de plus que ce qu’on observe dans l’œdème inflammatoire aigu qui sera décrit plus tard en son lieu.
Cette dernière méthode étant inaplicable à l'examen de la peau, il est nécessaire de pratiquer dans celle-ci des coupes minces. On fait durcir les lambeaux qu’on veut examiner en les plongeant successivement dans l'acide picrique, la gomme en solution sirupeuse, et l'alcool, et l’on obtient au bout de 6 à 8 Jours un durcissement suffisant pour pratiquer des sections perpendiculaires à la surface d’une finesse extrême ; celles-ci sont ensuite colorées au picrocarminate d'ammoniaque et examinées dans la glycérine ou dans l’eau. Sur de pareilles préparations il est facile de suivre dans ses détails l’évolution anatomique d’un érysipèle.
Le premier fait qu'on observe est l’infiltration de la peau par les globules blancs, signalée par M. Vulpian et par MM. Volkmann et Steudner. Comme ces derniers l'ont fait remarquer avec raison, cette infiltration se fait d’abord le long des vaisseaux sanguins, qui sont eux-mêmes dilatés et forment une belle injection naturelle : au début de l’érysipèle ou sur un point situé à la limite de l’éruption, les îlots de globules blancs ne se trouvent même qu’autour des ramifications vasculaires, et quand la coupe a sectionné celles-ci perpendiculairement à leur direction et à celle des faisseaux de tissu conjonclif, ces derniers semblent s'écarter pour faire place aux cellules embryonnaires. Il en résulte un îlot anguleux dont le vaisseau sanguin occupe le milieu et qui est rempli par des globules blancs. C’est très-probablement cet aspect qui a conduit M. Cadiat à admettre une accumulation de globules blancs dans des gaînes lymphatiques périvasculaires,
1 C'est-à-dire en injectant à l’aide de la seringue de Pravaz une solution de nitrate d'argent à 1/1000 dans le tissu cellulaire. On obtient une boule transparente dont on enlève des fragments à l'aide de ciseaux courbes. On a ainsi effectué une dissociation parfaite du tissu conjonctif lâche.
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mais l'absence de membrane fibrillaire au bord de la lacune et celle de l’endothélium caractéristique suffisent pour empêcher toute confusion.
Sur les points où l’érysipèle offre une grande intensité, l'infiltration de globules blancs cesse d’être limitée au pourtour des vaisseaux sanguins. Elle a lieu dans tout le derme. On voit alors de petites cellules s’insinuer entre les faisceaux du tissu conjonctif, les recouvrir par places, se disposer en séries ou en îlots, suivant certaines lois que nous allons étudier tout à l’heure.
Ces globules blancs sont tout à fait reconnaissables ; il ne sauraient être confondus ni avec les cellules fixes du tissu conjonctif, ni avec les endothéliums vasculaires. Leurs cimensions varient de 5 à 42 millièmes de millimètre. Ce sont des petites masses sphériques de protoplasma grenu, au milieu desquelles existe un noyau non vésiculeux qui se colore en rouge intense par le carmin. Les cellules fixes du tissu conjonctif, au contraire, sont munies d’un noyau vésiculeux elliptique et nucléolé, faisant saillie au milieu d’une plaque mince de protoplasma appliquée à la surface des faisceaux; les dimensions de ces éléments, comparées à celles des globules blancs, sont considérables.
L'absence d’un abondant exsudat fibrineux constitue dans le cas ordinaire une différence très-importante entre l’érysipèle et le phlegmon de la peau. Il est excessivement rare de trouver dans le derme enflammé par l'érysipèle un véritable réticulum de fibrine ; mais le liquide transsudé, qui sert pour ainsi dire de plasma aux globules blancs infiltrés, diffère néanmoins de celui de l’æœdème simple en.ce qu’il contient une certaine quantité de substance coagulable. Celle-ci forme entre les fibres du derme un précipité granuleux très-fin, comme on peut s’en convaincre par l'examen de la fig. 1, pl. XII.
L'infiltration globulaire peut être assez abondante pour remplir absolument, sur certains points, toutes les mailles du derme : de sorte que, comme l'ont fait remarquer MM. Volkmann et Steudner, le champ tout entier du microscope est rempli de globules blancs. J’ai vu, dans un cas, notamment, la presque totalité du derme bourrée de la sorte par les éléments embryonnaires, mais ordinairement il existe pour les
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cellules migratrices de véritables lieux de rassemblement. C'est d’abord le voisinage des vaisseaux sanguins, des poils qui traversent la peau, et dans les couches profondes, le voisinage des glandes sudoripares. Sur ces points, les globules infiltrés forment de véritables lacs compris dans l’écartement des faisceaux conjonctifs du derme. Mais les rapports des glo- bules blancs avec les lacunes ou capillaires lymphatiques méritent de nous arrêter un instant.
Dans les érysipèles même assez peu intenses par l'éruption, et dans lesquels il n’existe nullement de lymphangite, profonde, les capillaires lymphatiques semblent être l’aboutissant des globules blancs infiltrés, comme d’un autre côté les vaisseaux sanguins paraissent être leur point d’origine. Si l’on examine l’état des capillaires lymphatiques de la peau sur plusieurs points différents d'une même coupe, on voit d’abord les globules blancs former des groupes au pourtour de la fente et se ranger en série entre les faisceaux de tissu conjonctif avoisinant; bientôt l’accumulation des globules autour du capillaire, jointe à la présence d’un exsudat granuleux, masque complétement le tissu conjonctif. Sur d’autres : points enfin, la fente elle-même est cachée par une grande quantité de cellules accumulées dans sa cavité et à son pourtour. En abaïissant l'objectif, on la découvre cependant, et la présence de son épithélium et de sa bordure fibrillaire suffisent pour la faire reconnaître ; mais sans cette constatation, il serait hasardeux d'affirmer qu'un îlot de globules blancs accumulés et pressés les uns contre les autres, est bien contenu dans une lacune lymphatique. Cette distinction ne me paraît pas avoir été faite suffisamment par les auteurs qui ont parlé de pus accumulé dans les capillaires lymphatiques du derme, notamment par MM. Liouville et Lordereau. (Voy. pl. XII, fig. 2 et 8.)
Ïl est néanmoins certain que les lymphatiques du derme doivent être considérés comme l’aboutissant ordinaire des cellules migratrices. Dans les parties profondes de la peau, les rubans réguliers de globules blancs signalés par MM. Volkmann et Steudner m'ont paru devoir être rapportés aux lymphatiques profonds de la peau qui sont munis d'une membrane propre et que j'ai souvent rencontrés distendus par des
éléments cellulaires identiquement semblables à ceux qui infiltrent le derme.
Le phénomène qui vient d’être décrit constitue dans l’érysipèle le premier terme de l'infiltration de la peau. Ce phénomène répond exactement à l’œdème inflammatoire, et il est dû à la même cause, c'est-à-dire à la congestion excessive du réseau vasculaire sanguin. Un second terme reste actuellement à chercher : à savoir, l'existence de la prolifération des cellules fixes qui, réunie à l’œdème inflammatoire, peut seule permettre d'affirmer que l'érysipèle est une inflammation véritable de la peau, et non un cas particulier de l’œdème de cette membrane.
Dans sa courte description des lésions de la peau dans l'é- »ysipèle, M. Vulpian n'avait pas indiqué de modifications survenues dans les cellules fixes du tissu conjonctif ; de leur côté, MM. Volkmann et Steudner avaient expressément nié toute espèce de prolifération dans ces éléments. Ils avaient néanmoins d'autant nieux admis une inflammation dans lérysipêle, que leur observation cadrait avec la théorie de Cohnheim, alors très en faveur en Allemagne. de crois avoir été le premier à démontrer par mes préparations l'existence de cette prolifération qui se rencontre toujours dans les érysipèles en pleine activité.
C'est surtout dans les parties profondes du derme, dans le tissu conjonctif qui avoisine le tissu adipeux, qu'on la rencontre ordinairement. Tout d'abord, les cellules plates disposées à la surface des faisceaux de tissu conjonctif se gonflent, leur protoplasma devient granuleux, les noyaux deviennent beaucoup plus gros et vésiculeux, puis s’étirent en sablier, et finalement se divisent. Il en résulte un tissu conjonclif extrémement riche en cellules plates, qui se disposent en série entre les faisceaux, de manière à se toucher. La figure 4 montre le début de ce processus, qui se continue avec plus ou moins d'activité, surtout au niveau des couches stratifiées de tissu conjonctif lamelleux qui entoure le bulbe des poils, et dans les travées de tissu adipeux qui cloisonnent les îlots. Avec un peu d'attention, il est facile de suivre, sur de bonnes
‘ préparations, tous les états intermédiaires entre les cellules fixes du tissu conjonctif et les cellules embryonnaires qui ré-
sultent de leurs ségmentations successives. Rien n'est du reste plus aisé que de distinguer au début les cellules plates en prolifération des globules blancs infiltrés dans le dérme, les dimensions de ces derniers étant trois où quatré fois moindres, et leurs petits noyaux n'ayant jamais l'apparence vésiculeuse.
Le tissu adipeux $Sous-cutané prend à l'inflammation de là peau une part considérable, dès que l’érysipèlé à acquis son maximum d'activité. Au début, dans les points de la peau seulement atteints par l’œdème inflammatoire, et qui n'ont pas encore acquis l'aspect tendu et la dureté caractéristiques, on ne trouve que peu ou point de modifications dans les vésicules adipeuses; mais, sur les portions de la peau plus malades, on trouve constamment les vésicules séparées les unes dés autres par d’épaisses travées de tissu embryonnairé. Très-souvent aussi, la gouttelette de graisse centrale est séparée de la membrane anhiste de la vésicule adipeuse par une couronne de cellules jeunes. Ces caractères sont absolu ment ceux du lissu adipeux embryonnaire; ils sont identiques à ceux qu'on détermine dans le tissu adipeux par les irritations expérimentales. Il y a donc.bien là uné véritable in{larnmation du tissu adipeux avec multiplication de ses éléments propres.
Naturellement, MM. Volkmann et Steudner avaient considéré la présence de cellules embryonnaires entre les Vésicules adipéusés comme un fait pur et simple d'infiltration. Je ne saurais adopter cette manière de voir. Il sé peut qu'un certain nombre de cellules migrâtrices pénètre dans le tissu adipéux, mñäis ce fait est entièrement distinct de la multiplication dés céllulés propres de la vésicule adipeuse.
& LL = Lymphangile profonde dans l'érysipèle.
L'inflammation proprement dite des vaisseaux lymphätiques profonds du derme est loin d’être un phénomène constant dans l’érysipèle. Nous avons vu les globules blanés se rassembler autour des fentes lymphatiques, les remplir et les distendre. On sait aussi que les glandes lymphatiqués corres-
pondantes se tuméfient régulièrement, et ces faits concourent
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à prouver que l’activité du système lymphatique devient trèsgrande en pareil cas ; mais on ne voit pas dans tous les érysipèles les trones lymphatiques proprementdits participer à l'inflammation. Cependant, comme cette complication se produit environ une fois sur quatre, il n'est pas inutile de la décrire. Les lymphatiques enflammés ne sont pas très-distincts dans les parties superficielles du derme, où ils sont constitués par de simples fentes. Lorsque la lymphangite existe profondément, ces fentes disparaissent même sous une énorme accumulation de globules blancs qui forment de grands îlots étoilés, mais dès que les lymphatiques sont munis d’une paroi propre, ce qui arrive vers le tiers inférieur de l'épaisseur du derme, ils apparaissent, soit comme de larges rubans sinueux, soit sous forme de cercles, ou d’ellipses très-régulières, ayant trois ou quatre fois le diamètre des plus gros vaisseaux sanguins de la peau, et sont distendus par des globules blancs qui leur forment une injection naturelle. On reconnait facilement ces Jymphatiques à l'absence de globules rouges dans leur cavité, à la fine couche de fibres élastiques disposées en réseau qui les borde, et de laquelle partent, en divergeant vers le tissu conjonctif voisin, des réseaux élastiques moins serrés. On voit entre ces réseaux la coupe des faisceaux du tissu fibreux dans lequel le troncule lymphatique est creusé. Il n'y a point là, en effet, de tuniques distinctes comme dans les vaisseaux sanguins d'ordre correspondant (Voy. pl. XII, fig. 4). De même quedans la lymphangite suraiguë des gros troncs, on ne trouve ici dans le vaisseau dilaté par les globules blancs aucune trace de la prolifération de son endothélium, si marquée dans certaines variétés de lymphangites ‘. Cet endothélium est entièrement détruit, probablement à la suite d’une endolymphangite extrêmement intense et rapide. L'inflammation envahit du reste toutes les couches de tissu conjonctif qui forment la paroi du vaisseau. On voit les cellules embryonnaires accumulées se disposer en séries entre les fibres conjonctives, de sorte que, sur plusieurs points, l’inflammation intersütielle a produit autant de jeunes cellules 1 Voy., à ce sujet, Soc. Anat., 1872, 4e trimestre, les communications de
Thaon, et depuis celles de Debove et de Troisier, au sujet des lymphangites symptomaliques du cancer pulmonaire.
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autour du lymphatique que dans la cavité. Le vaisseau coupé paraît alors comme un cercle au milieu d’un îlot étoilé de tissu embryonnaire. Il y a donc à la fois endolymphangite et périlymphangite : la fig. 4, pl. XII montre bien cette double lésion dans un lymphatique du tissu adipeux sous-cutané.
Sur les points où le vaisseau enflammé traverse le pannicule, le tissu adipeux revient en effet à l’état embryonnaire bien plus activement que partout ailleurs, et l'aspect étoilé dont je viens de parler est encore plus évident. Comme dans le tissu cellulaire sous-cutané, les troncs lymphatiques, semblables en cela aux vaisseaux sanguins, sont toujours entourés d’un certain nombre de vésicules adipeuses, cette périlymphangite me paraît devoir être considérée comme la principale cause de l’induration qui accompagne la lymphangite profonde, et détermine sur le trajet du tronc enflammé l'apparition d’un cordon noueux. On pourrait aussi se demander, avec quelque vraisemblance, si la rougeur de la lym-. phangite ne tient pas simplement à la distension par le sang des capillaires si nombreux du tissu adipeux enflammé, car il n’est pas permis un seul instant de supposer que cette rougeur puisse être due à l'injection du lymphatique par des globules blancs, du pus ou de la lymphe accumulée. Dans l’érysipèle, en particulier, la rougeur en réseau qu’on observe parfois au début de l’éruption pourrait être rapportée à la périlymphangite des réseaux profonds du derme, et l’inconstance de la lymphangite elle-même pourrait expliquer celle de l'aspect réticulé de la rougeur. Il est bien entendu, d’ailleurs, que je ne formule ici qu'une simple hypothèse qui pourra se vérifier ou s’infirmer plus tard.
Un fait qui paraît très-important pour établir la part que prend le système lymphatique à l’érysipèle, est l'état des ganglions. On sait qu’ils sont à peu près constamment pris dans cette affection. J'ai constaté que ces glandes présentent à un haut degré des traces d’inflammation, consistant dans l’accumulation d’une grande quantité de cellules Iymphatiques dans leur stroma réticulé. Leurs cellules fixes participent aussi activement à l’inflammation et se multiplient souvent au point de prendre l'apparence de plaques à noyaux multiples, tant leur prolifération est rapide et active.