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entre-croisées, et que cet aspect est, au contraire, celui que revêt le tissu conjonctif quand on dissocie artificiellement ses éléments par une injection interstitielle, ou qu’il acquiert naturellement quand cette séparation est effectuée par le liquide d’un œdème.
Quand on fait une coupe de la peau après que l’œdème a duré un certain temps, on voit que l'épaisseur de cette dernière est légèrement augmentée. Les vaisseaux sanguins sont trèsapparents, souvent gorgés de sang et environnés par un certain nombre de globules blancs qui les suivent pour ainsi dire en formant des traînées, tout comme au début d’un érysipèle. Dans le derme, on voit dans l'intervalle des faisceaux un certain nombre de globules blancs ; ceux-ci peuvent être plus ou moins abondants, mais leur nombre dépasse de beaucoup celui des cellules lymphatiques qu’on rencontre dans la peau normale. Ils forment souvent des amas ou des ilots irrégulièrement disséminés. Enfin les capillaires lymphatiques présentent des modifications curieuses.
Leur section ne se montre nullement sous la forme de cavités cloisonnées par des fibres, mais bien sous l'apparence de lacunes creusées entre les faisceaux du tissu fibreux et revêtues intérieurement d’une couche endothéliale continue, formée de cellules à gros noyaux vésiculeux, reposant sur une mince couche de fibres élastiques très-délicates, et suivant le contour des faisceaux fibreux du derme dans toutes leurs sinuosités. En un mot, ces lacunes répondent exactement à la description des capillaires lymphatiques. Mais tandis que dans la peau normale elles sont disposées en forme de fente et sont très-peu reconnaissables, sans injection préalable, à cause de l’affaissement de leurs parois, dans l’œdème elles sont excessivement dilatées et apparaissent sur les coupes comme de larges espaces étoilés béants.
Si, à l’aide de la seringue de Pravaz remplie de bleu de Prusse, on pique superficiellement la peau œdémateuse de manière à injecter les lymphatiques de cette membrane, on remplit ces lacunes très-facilement. On s’assure que l’injection a réussi, quand on voit le liquide pénétrer dans le tissu adipeux sous-cutané en suivant un lymphatique d'un certain calibre reconnaissable à ses valvules; sur les paroïs des la-
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cunes, incomplétement remplies par le bleu, on retrouve d'autre part la couche endothéliale caractéristique ; on peut donc éviter assez aisément les chances d'erreur. Dans l'aire d'un certain nombre de lacunes, où n’a pas pénétré l'injection, l'endothélium desquamé forme des amas de cellules caractéristiques.
La dilatation des capillaires lymphatiques m'a paru constante dans l'œdème de la peau. Elle fait acquérir à ces vaisseaux des dimensions considérables dépassant de beaucoup celles des plus gros troncs vasculaires sanguins du tégûment, dont ils sont toujours séparés par une certaine épaisseur de tissu fibreux. Cependant, sur certains points, .deux ou trois lacunes lymphatiques entourent un vaisseau à distance en se disposant en croissant, mais ne lui forment jamais une véritable gaîne, analogue à celles qu'on trouve dans le mésentère ou le tissu sous-muqueux de l'intestin de la grenouille.
L'infiltration globulaire et la dilatation souvent excessive des capillaires lymphatiques du tissu fibreux du derme constituent donc, avec l’épanchement de sérosité, les caractères principaux de l’æœdème de la peau. Les vacuoles cloisonnées de Young ne sont autre chose que le produit de la dissociation du derme par l’œdème lui-même. La conception de cet auteur n'est soutenable qu’en tant qu’on considérerait, avec M. Ranvier, le tissu cellulaire tout entier comme un vaste sac lymphathique cloisonné. Dans cette hypothèse, qu'un grand nombre de faits importants viennent aujourd’hui corroborer, on verrait dans l’œdème un phénomène morbide caractérisé dans la peau comme partout ailleurs par la distension du tissu conjonctif par la sérosité, qui dilaterait les lymphatiques en refluant dans leur cavité avec laquelle communiquent largement les espaces interfasciculaires du derme.
L'infiltration du derme par les globules blancs paraît se faire par diapédèse, dans l’œdème comme dans l'érysipèle, et une certaine quantité de globules rouges du sang passent avec les globules blancs dans le tissu conjonctif. Ce phénomène est surtout appréciable dans l’œdème aigu qui laisse parfois à sa suite des ecchymoses, en dehors bien entendu de toute action traumatique. C’est aux paupières qu'on l’observe