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Rapportons-nous à ce que l'on voit dans d’autres affections. Après une maladie infectieuse, quelle qu'elle soit, il est fréquent de voir éclater une autre maladie infectieuse sur un terrain favorable et tout préparé par l'affection antérieure. Est-il nécessaire de rappeler, par exemple, la fréquence de la tuberculose sous toutes ses formes comme séquelle de la rougeole, et souvent à une époque rapprochée de latteinte morbilleuse, chez un sujet jusque là indemne de toute atteinte bacillaire au moins cliniquement apparente ? Nous ne voyons certes pas là un argument en faveur de la nature bacillaire de la rougeole.
Quoi qu'il en soit, ici encore, il reste des présomptions en faveur de la nature tuberculeuse de l'érythème noueux. Ces présomptions s’affaiblissent singulièrement quand on envisage les cas d'érythème noueux survenant chez un bacillaire avéré, et cela pour deux raisons.
La première tient à la fréquence extrême de la baaillose, en particulier dans nos services hospitaliers, et à la rareté relative de l’érythème noueux. Combien d’autres affections intercurrentes, de natures diverses, ne voit-on pas évoluer chez un bacillaire au cours de la durée souvent longue de sa bacillose ! Ensuite, si dans ces cas, il s'agissait de bacillose, ce ne pourrait être qu'une septicémie bacillaire ; même atténuée, on devrait alors, nous semble-t-il, la voir suivie toujours d’une aggravation de la lésion bacillaire primitive, ce qui n'est pas constant.
Et même dans les cas, où, après un érythème noueux, un tuberculeux voit son affection évoluer, s'aggraver plus ou moins, peut-on en conclure que l'érythème est
tuberculeux ? Evidemment non. Ne voyons-nous pas chaque jour le même fait se produire chez des tuberculeux, à la suite d’une infection due à un muicrobe, banal ou non, différent du bacille de Koch ?
On peut objecter à tout cela, 1l est vrai, le fait même de la coexistence de la tuberculose et la fréquence même de cette coexistence : on n’avait pas d'autre preuve que cette simple coexistence quand on a pu affirmer l’origine syphilitique du tabes ou de la paralysie générale, et cependant on ne met pas en doute, en général, cette origine, même quand on ne peut trouver aucune trace apparente de syphilis dans les antécédents des tabétiques ou des paralytiques généraux.
Nous répondrons que la fréquence de la coexistence dans le cas qui nous intéresse, est loin d’être aussi grande. Les cas d’érythème noueux sans tuberculose viennent contrebalancer le nombre des cas avec tuberculose.
Nous pouvons répéter ici ce que nous disions de la syphilis. De la fréquence de la coïncidence de la syphilis et de l’érythème noueux, nous n'avons pas conelu à la nature syphilitique de l’érythème.
Nous venons de passer en revue les arguments que la clinique seule peut nous fournir dans notre recherche de la nature vraie de l’érythème noueux.
La conclusion provisoire que nous pouvons formuler dès maintenant, c'est que, actuellement, nous n'avons en {ous cas, aucunement le droit d'affirmer la nature tuberculeuse de l’érythème noueux. Celui-ci nous apparaît plutôt et plus souvent comme la conséquence d’une infection banale, coïncidant plus particulièrement avec
; à ARGUMENTS CLINIQUES. 59 D ne ie de np ne Mr la blennorrhagie, la syphilis, la fièvre typhoïde, la tuberculose, pour ne citer que les cas les plus fréquents, Sans que nous puissions dans aucun cas affirmer l’idenlité de nature de l’érythème et de l'infection concomit-
tante.
Il. — RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
La clinique seule ne nous a pas permis de résoudre la question de l’origine de l’érythème noueux.
Voyons maintenant si l'expérimentation, la bactériologie, l'anatomie pathologique, les moyens de laboratoire en un mot, pourront nous donner la solution.
Toutes les recherches, dans ces dernières années. ont porté sur la tuberculose. Nous nous contenterons de rappeler seulement ici le cas, que nous avons publié, d'Orillard et Sabouraud, où la nature streptococcique de l’érythème noueux est établie. Comme nous le disions, ce cas à la valeur d'une expérience.
Nous ne parlerons plus guère dorénavant que ds la tuberculose.
En la circonstance, la première idée qui se présente à l'esprit, c'est de rechercher le bacille de Koch.
D'abord, au niveau de la lésion, par examen direct de la lésion elle-même, ou par ponction.
Nous n'avons jamais pu, pas plus qu'aucun des auteurs qui ont fait cette recherche, découvrirle bacille de Koch au niveau d’une nodosité.
Un autre procédé classique permettrait peut-être de mettre en évidence la nature bacillaire de l’érythème noueux : nous voulons parler de l'injection ou de l’inoculation au cobaye. On a prélevé, par biopsie, des nodosités typiques d’érythème noueux, que l'on a inoculées
sous la peau de cobayes, avec ou sans broyage préalable. Ces essais ont été faits par nombre d'expérimentateurs, et par nous-même. Les insuccès sont constants. Jamais jusqu'ici, il n’a été possible de tuberculiser le cobaye par inoculation de nodosités d'érythème noueux.
Un seul cas, d'Hildebrandt, amena la tuberculisation d'un cobaye par inoculation intra-péritonéale du sang d'un malade atteint d’érythème noueux.
Par son importance et son caractère unique, cette observation mérite'd’être rapportée.
Obs. XVIII (Résumée). — (HiLneBRANDT. WMünch. med. Wochens-
chrift, 1907, n° 7). — M. R..., 24 ans, cuisinière, entrée le 1e novembre 1904.
Antécédents. — Père mort de maladie inconnue. Mère morte à
69 ans d’une affection hépatique et gastrique, avec catarrhe intestinal.
Des frères et sœurs, deux sont morts jeunes, quatre sont bien portants.
À 9 ans, coqueluche. De 12 à 22 ans, adénopathies, surtout dans le creux axillaire. Régression spontanée de celles-ci, sans ouverture. {
Il y a 3 ans, fracture de jambe. Souvent enrhumée.
Il y a 15 jours, dysphagie intense, persistant pendant trois à quatre jours, s’accompagnant de vésicules linguales; gencives légèrement saignantes.
Depuis quatre jours, douleurs dans les deux jambes, céphalée, inappétence, sensation de courbature.
Premières règles à 18 ans. Il y a un an et demi, accouchement d’un enfant bien portant ; dernières règles il y a deux mois (?).
Etat actuel : Femme de bonne santé apparente ; poids : 50 kil. 500.
Sur les deux bras, un certain nombre de points sont infiltrés et hypérémiés ; leur grosseur varie d’un grain de mil à 1,3 cm. ; ils sont un peu douloureux à la pression.
Les deux jambes présentent, au niveau des genoux surtout, une
56 PATHOGÈNIE.
ARE PERTE SSL. a ir tee éruption érythémateuse du type de l’érythème noueux, dépassant les dimensions d’une pièce de 1 mark. A la partie postérieure des jambes, l’érythème est plus confluent. Légère réaction ganglionnaire. Les articulations ne sont pas douloureuses, sauf le coude droit. Les seins, volumineux, contiennent du colostrum.
Poumons : Au sommet droit, diminution de la sonorité. En avant, inspiration affaiblie et expiration prolongée. Foie normal. Rate grosse. Abdomen augmenté de volume, grossesse de six mois.
Fièvre. — Traitement par le salicylate de soude, et enveloppement ouaté. Diazoréaction positive.
Le 3 novembre, l'éruption est abondante aux deux avant-bras. Coude gauche douloureux. Quelques éléments nouveaux à la cuisse.
A cinq heures de l'après-midi, prise de sang à la veine médiane gauche à l’aide d’une seringue de Lüer. Deux cobayes reçoivent chacun 1 cent. c. de sang dans le péritoine. On ensemence le reste sur sang-agar.
Le 4, nouveaux éléments à la cuisse avec petite adénopathie.
Le 5, nouvelle éruption au membre supérieur. Le sang ensemencé, n’a pas encore poussé.
Le 6, douleurs dans les cuisses pendant la nuit. L’érythème prend à ce niveau une teinte verdâtre. Un peu d'albumine.
Le 8, nouvelle poussée au dos de la main gauche. Douleurs articulaires. Les urines contiennent de l’albumine et de l’urobiline.
Les jours suivants, les cultures sont restées stériles. L'érythème prend les colorations ecchymotiques habituelles.
La fièvre est tombée le 13 ; à partir du 13, période d'apyrexie.
Le 10 décembre, apparaissent des frottements pleuraux.
Le 29, on constate un épanchement pleural droit.
Le 3 janvier, éruption vésiculeuse au palais. Ensemencement : Streptocoque et slaphylocoque.
Le 16 /évrier, accouchement d’un enfant qui mourut à 9 semaines.
Le 7 mars, la température atteint 38°4. Frottements pleuraux à gauche.
Le 19 avril, on constate des frottements péricardiques, le 24, un exsudat qui dure, avec une fièvre irrégulière, jusqu’en juillet.