‹ L'esbroufe; comédie en trois actesChapitre 21 sur 47 · SCÈNE XII BELGRAND, JOBELIN, HANS · texte numérisé non relu

SCÈNE XII BELGRAND, JOBELIN, HANS

Hans va, machinalement, rentrer chez lui, puis il se ravise, jette un regard désolé sur la fenêtre de Lili et va s'asseoir, puis s'étendre sur le banc devant la maison, où presque aussitôt il s'endort.

BELGRAND

Job ! Mon vieux Job ! Vous n'avez pas idée comme je suis content de vous revoir!

JOBELIN

Content, mais pas pressé.

BELGRAND

Allons, ne commencez pas à grogner. Je

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ne fais pas ce que je veux. Je ne sais pas où donner de la tête.

JOBELIX

Ici?... Dites donc, c'est vrai que vous êtes l'amant de M'"^ Richter?

BELGRANL)

Ah ! toi, tu vas te faire mettre ma main sur la figure.

JOBELIX

Pardon, mon vieux, si j'avais su que ce fût vrai, je ne vous aurais pas posé la question aussi brutalement.

BELGRAXD. riant tics Tort.

Ah ! ah ! bien riposté !...

JOBELIX, sassej'ant sur le rebord de la fontaine.

Dites-donc... vous avsz encore fait des vôtres ici?

BELGRAXD

Naturellement : je suis conséquent avec moi-même, je suis un caractère, moi.

JOBELIN

Enfin, vous avez... esbroufe ces braves gens qui vous logent...

BELGRAND

Pardon, vous avez la galette?

JOBELTN

Oui.

BELGRAND

Alors, je paie, et je n'ai esbroufe per sonne.

JOBELIN

Raffut...

BELGRAND

Ne me parlez pas de celui-là, je vous en prie.

JOBELIN

Voilà votre reconnaissance?

BELGRAND

Voilà celle que je lui dois...

.lOBELIN

Je vous assure que vous êtes injuste pour Raffut. Il a pour vous, même en votre absence, des attentions, des délicatesses... Ainsi, pour vous venger du lâchage de Roseline, il a pris Lambercier comme tête de Turc. C'est gentil, lieinf

BELGRAND

Je m'en fous un peu.

Ail ça, dites donc... je me tue à vous donner des nouvelles fraîches de là-bas pour vous amuser, et ça a l'air de vous être complètement égal, comme si vous n'étiez pas exilé depuis plusieurs mois.

BELGRAND

Justement : je ne suis plus dans le train. Il n'est rien de tel que les voyages pour rectifier notre vision. Nous croyons qu'on ne peut vivre qu'à Paris. Quelle erreur!

Dans un trou d'Allemagne, on peut sentir, penser, agir bien davantage. Voyez Gœthe..,

JOBELIN

Ah! (joetlie, oui, mais pas vous... Je ne nie pas que votre universalité ne soit comparable à la sienne. Seulement la vôtre ne consiste qu'en un merveilleux pouvoir d'inventer ce que vous ne savez pas. Votre esprit se nourrit de chimère et de prose, comme le sien de poésie et de réalité... Vous avez comme lui le goût de la vie et de l'action; mais pour vous, vivre, agir, c'est tout bonnement ne pas savoir où donner de la tête. C'est pourquoi Paris vous est indispensable et le journalisme est votre élément ; vous êtes l'homme de ce métier baroque où rien ne s'actualise et ne se convertit en argent comptant, où la réclame est une monnaie, où la gratiùté s'appelle faveur, les Ijillets do théâtre services, et les billets de chemins de fer permis.

BELGRAND

Soufflez un peu.

JOBELIN

Je ne vous froisse pas ?

BELCxRAXD

Pas du tout. C'est flatteur d'être un type.

JOBELIN

Certes !

BELGRAND

Seulement...

JOBELIN

Seulement?

BELGRAND

Incomplet : il manque... la femme.

JOBELIN

Bah ! une Roseline de perdue, dix de retrouvées.

BELGRAND

Non, pas Roseline... La compagne au foyer, l'aide au travail, l'associée...

JOBELIN

Vous rêvez de M"^« Richter. C'est l'in-

fluence du cadre... Joli le cadre... avec je ne sais quoi... de comique plutôt que de sentimental... Au fait, c'est le décor du deux des Maîtres Chanteurs : est-ce que la soirée va se terminer par un charivari?

BELGRAXD, riant.

Ça, n'y comptez pas : la ville est paisible... Ah!... rentrons...

JOBELIN

Rentrons.

BELGRAND, apoirevant Hans Hirsch sur lo banc.

Hans!... Eh bien, qu'est-ce qu'il fait là?

JOBELIN, liant.

Il ne veut pas rentrer chez lui... ])arceque Richter y est présentement.

BELtJRAND

Richter?

JOBELIN

Dans la chambre de M"'' Lili Blumenthal.

ALINARI, ouvrant sa fenêtre.

Tu as entendu ?

Elle se précipite deliors.

BELGRAND

Richterest chez Lili? Quelle fripouille !... Pauvre gosse ! On ne peut pourtant pas le laisser là toute la nuit. {Il appelle.) Hans ! {Phii< fort.) Hans ! Hans !

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