‹ L'esbroufe; comédie en trois actesChapitre 34 sur 47 · SCENE X BELGRAND, ROSELINE, LAMBERCIER · texte numérisé non relu

SCENE X BELGRAND, ROSELINE, LAMBERCIER

11 entre, bien embarrassé. Belgrand niarclie vers lui. la main tendue.

BELGRAND

Mon cher, mon vieux camarade ! Vous ne sauriez croire comme je suis heureux de vous voir ici, chez moi. On a beau dire, les amitiés d'enfance, de collège, sont les seules durables, les seules vraies...

LAMBERCIER

Je suis... très touché...

BELGRAND

Et moi donc ! J'éprouve une espèce de joie... populaire : je voudrais trinquer avec

VOUS {Désignant son bureau) sur le comptoir. Je manque de liqueurs fortes... je suis goutteux... les alcools sont proscrits. Je ne bois que de l'eau d'Evian.

LAMBERCIER

Moi aussi.

BELGRAND

Comme ça se trouve ! (Il verse.) En veuxtu, Roseline ? (A Lambercier.) Je vous demande pardon, c'est plus fort que mo-i... Somme toute, c'est vous que je devrais tutoyer, puisque nous sommes Labadens.

(Lambercier esquisse un geste, comme pour Vy autoriser.) Non, je ne pourrais pas : vous m'en imposez. Je suis très timide... on ne croirait pas, hein? tendre et timide... (Lui prenant les mains.) Vous ne m'en voulez plus ?

LAMBERCIER

Non... mais... je ne sais toujours pas ce qui est convenu.

BELGRAND

Ce qui est convenu, c'est que c'est fini!... Vous êtes content, là?

LAMBERCIER

Oui.

BELGRAND

Cristi ! Vous avez l'épiderme sensible, vous ! Car, enfin, ce n'était pas la mort d'un homme ce que j'imprimais sur vous tous les matins. Des blagues sur vos fauxcols, votre corset et vos vêtements étriqués. J'ai des confrères moins discrets, qui ne se gênent pas pour publier qu'il y a des choses à faire frémir — comme dit l'autre — à l'origine de votre fabuleuse fortune, et c{ue votre respectable père était un voleur de grand chemin.

ROSELINE

Tu n'y es pas ! Ces accusations-lû nous laissent calmes : c'est les i^icoteries qui nous exaspèrent.

BELGRAND

Connu ! Vous êtes celui qui supporte allègrement une catastrophe et qui ne supporte pas une contrariété... (Brusquement, d'un autre ton.) Mais que c'est drôle! J'allais précisément, dès demain, cesser la petite guerre...

LAMBERCIER

Ah?

BELGRAND

Oui, j'allais renoncer aux rosseries qui vous chiffonnent... pour entamer contre vous une de ces campagnes à fond, qui vous laissent, dites-vous, indifférent.

ROSELINE

Ah ! mais dis donc...

Le premier article est plus d'à moitié fait. . . (// le montre.) Voici mon dossier : tous les comptes rendus in extenso de la commission parlementaire nommée pour étudier le

rachat du canal Lambercier par l'État... Ah! mon gaillard!... Vous voulez réveiller cette affaire-là qui dormait dans les cartons depuis la mort du papa...

LAMBKUCIER

Mais non!... Mais ça n'est pas vrai!

CELGRAXD

Comment, ça n'est pas vrai?

LAMBERCU'lH, au désespoir.

Allons bon ! Voilà qu'on va raconter ça, maintenant!... Mais je ne veux pas! Mais je ne m'occupe pas de cette affaire-là ! Je ne m'occupe d'aucune affaire !

BELGUANL)

Voyons, voyons, vous devenez fouf C'est vous maintenant qui ne voulez pas que l'État rachète le canal Lambercier '^ Voilà une opération qui peut vous rapporter des millions^ il suffit que vous vous grouilliez un peu pour la réussir, et vous refusez de vous en mêler '

LAMBERCIER

Je veux être tranquille. Je ne m'embarquerai ni dans cette affaire -la ni dans aucune.

BELGRAND

Ah ! mais, ça change tout.

LAMBERCIER

N'est-ce pas, ça change tout?... Vous me laissez tranquille, puisque je ne fais pas l'affaire?

BELGRAND

Vous la faites.

LAMBERCIER

Hein?

BELGRAND

Vous la faites... sous ma direction...

Seulement, je vais vous l'expliciuer, moi, votre affaire, parce que vous m'avez l'air de n'en pas connaître le premier mot, et que moi je la connais.

LAMBERCIER

Mais je...

BELGRAND

Asseyez-vous... Dis donc, Roselinc, tu ne sais pas ce que tu devrais faire?... Tu devrais nous laisser ensemble tous les deux. J'ai à causer avec Camille, et de choses qui n'intéressent pas les femmes.

ROSELIXE

Marchez, marchez, je vous laisse.

LAMBERCIER

Eh bien, et le Vaudeville?

BELGRAND

Elle peut bien y aller toute seule. Dépêche.

ROSELINE

J'aime autant aller me coucher. Nous y retournerons une autre fois.

LAMBERCIER

Alors...

ROSELINE

Eh bien, alors, bonsoir, à demain.

LAMBERCIER

Chez toi, midi et demi?

ROSELINE

Oui.

BELGRAXD, impatient.

Chez elle, midi et demi, c'est entendu. Bonsoir.

Bonsoir, mes enfants !

Elle sort.

M"" PAL'LK ANDllAL

rhoiogra[iliir I>c>utliiigef).

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