‹ L'esbroufe; comédie en trois actesChapitre 42 sur 47 · BERTRAND · texte numérisé non relu

BERTRAND

On a employé simultanément les deux

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manières avec Lambercier. Alors il a perdu patience. Il a déposé des plaintes contre ses ennemis. Et, comme il ne pouvait pas en déposer lui-même contre ses amis, le parquet les a poursuivis d'office.

JOBELIN

Pourquoi le parquet s'est-il mêlé de ça'^

BELGRAND

Parce qu'il se mêle toujours de ces affaires-là, qui sont très commodes: elles permettent de fourrer le nez chez les gens qu'on soupçonne de collectionner des paperasses.

JOBELIN, inquiet, désignant les bibliothèques.

Mais... vous en collectionnez, vous.

BELGRAND

Je vous crois !

JOBELIN

Et vous êtes le meilleui... ami de Lambercier...

liELGRAND

Probablement.

jobp:lin

Belgrancl... ète.s-vous bien sûr qu'il ne peut rien vous arriver, à vous 1

P.ELGRAND, ('cliUant de rire.

Ma parole, vous devenez fou ! {Changeant soudain de physionomie et de ton.) On cause ?

Dame !

BELGRAND

Voilà pourquoi vous me lâchez.

JOBELIN

Oli!... Et j'ai accouru dès que vous m'avez parlé d'un service à vous rendre! Savais-je lequel?

BELGRAND

C'est vrai. Pardon. (// lui serre la main.) J'ai fini. (Il se remet à sa besogne. — I/iin ton détaehé) Ah ! on cause... Que dit-on?

Zoi L ESBUOUFE

JOBELIN

Que Lambercier, pour assurer le succès de l'entreprise où vous l'avez lancé, fait des sacrifices d'argent énormes... tranchons le mot : il achète quiconque peut lui servir; et il vous emploie comme intermédiaire pour les paiements.

BELGRAND

Je reçois ses ordres : c'est lui qui est responsal3le.

.lOBELLN

Vous êtes complices ! . . . Pardon : ' solidaires.

UELGRAND

Savoir !... Et puis, il faudrait encore démontrer que je les exécute, ses ordres.

JOBELIN

Comment?... Mais alors... si vous ne les exécutez pas... qu'est-ce que vous faites de l'argent qu'il vous remet?

BELGRAND, avec un gros rire.

Elle est bonne ! Il y a trois mois , on disait: D'où vient l'argent f Maintenant on se demande où il passe! Pas dans votre poche toujours, puisque je ne vous rends pas vos quatre mille francs.

.lOBELIN

Sérieusement, quand me les rendrezvous ?

BELGRAND

Je n'ai qu'une parole : jamais... Allons, venez un peu ici. (Johclin approche. Belgrand distribue lui-même les paquets de lettres dans ses diverses poches, et glisse les deux derniers dans les poches de la pelisse.) Vous allez vous rendre ;i l'hôtel de Bade, vous voyez, c'est à deux pas. Vou8 demanderez, de ma part, M. Richter. Il est averti de votre visite.

JOItELIX, stupéfait.

Monsieur...

BELGRAND, simplement.

Richter.

JOBELIX

Le...

BELGRAND

Le mari de ma femme, oui. Il est de passage à Paris. Il y vient d'ailleurs tous les ans .

JOBELLN

Vous VOUS moquez de moi f

BELGRAND

Mais non ! . . . Dieu ! que vous êtes drôle ! . . . Vous savez bien que nous avons conservé, Lotte et moi, les meilleures relations avec son précédent mari... Il est charmant, il nous a rendu service plusieurs fois : il n'y a pas que vous. Vous devez être enchanté de faire sa connaissance, vous qui aimez à étendre le cercle de vos relations.

JOBELIN

Et quand... j'aurai fait sa connaissance?

BELGRAND

Vous lui remettrez ces divers petits paquets. Ce sont des lettres... toutes celles que Lambercier m'a écrites, puisqu'on ne peut rien vous cacher. Je ne tiens pas à les garder ici par le temps qui court, et elles ne seront nulle part mieux en sûreté que chez Richter : car vous avouerez que c'est le dernier endroit où l'on aurait l'inspiration de les chercher.

JOBELIN, avoc ctIVoi.

Belgrand !... Jurez-moi que...

BELGRAND

Chut ! (Alexandre entre et remet une carte cl Belgrand.) Tiens ! . . . Un moment. . . [Alexandre sort.) L'homme du jour...

JOBELIN

Quil

BELGRAND

Corbineau du Bocage, commissaire aux délégations judiciaires.

JOBELIN

Corbineau !

BELGRAND

Ail! oui, je devais lui téléphoner, j'ai oublié : nous allons ce soir à l'Opéra, j'ai la loge de Camille... Vous venez avec nous?

JOBELIX

Volontiers... Mais... faîtes donc entrer Corbineau, je lui serrerai la main.

BELGRAND

Inutile, vous avez trop de papiers sur vous. Passez donc par ici... (Il le fait sortir par la droite.) Il était temps... (Il s'assied devant son bureau et sonne. Alexandre paraU. Avec impatience.) Eh bien ! voyons, faites entrer.

Alexandre s'efface et laisse passer Corbineau. Bclp;i'an<l, qui fait mine d'écrire, ne lève pas le nez.

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