nôpfiehc dft M. J. Forry à M. rateuOtrc Ju 27 jaillet
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retiraient le lendemain ce qu'ils avaient concédé la veille et augmentaient chaque jour leurs prétentions en les masquant sous une phraséologie pleine d'ambiguïtés. Le 26 juillet, M. de Semallé informait que le Tsong-li-Yamen refusait de supporter les frais de notre expédition et Li-Fong-Pao, le successeur du marquis Tseng, déclarait, contrairement à ce qui avait été dit le 23, que le vice-roi de Nankin n'avait de pleins pouvoirs que pour négocier un traité définitif sur les bases de la convention de Tien-Sin.
Le 28 juillet, M. Patenôtre, après avoir eu un entretien avec les plénipotentiaires écrivait: « J'ai vainement essayé pendant trois heures d'une discussion stérile de leur arracher une réponse quelconque. Vingt fois je leur ai demandé si la Chine adhérait ou non au principe de l'indemnité sans pouvoir obtenir d'eux ni négation, ni affirmation. » Le 29, ils apportèrent une note où ils repoussaient la demande d'indemnité. Sur cette réponse, M. Patenôtre leva la séance : alors ils annoncèrent pour le lendemain une proposition formelle. Le 30, M. Jules Ferry recevait le télégramme suivant de notre ministre en Chine : « Tout en persistant à déclarer injuste notre demande d'indemnité, les plénipotentiaires nous offrent, jpar esprit de conciliation^ 500,000 taëls, soit 3 millions et demi de francs, à titre do secours pour les victimes de Lang-Son. J'ai naturel-
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lement refusé cette offre et je me suis borné à dire au vice-roi que j'en référerais à mon Gouvernement. »
Tandis que la diplomatie échangeait ces pourparlers, toutes les mesures de désarmement précédemment ordonnées avaient été suspendues. Le Duguay- Trouin en route pour France, était arrêté à Hong- Kong. L'amiral Courbet avait quitté le 29 juin la baie d'Halong pour venir prendre dans le Kord le commandement des deux divisions navales. Quant à l'amiral Lespès il s'était établi à Tche-Fou d'où il commandait le golfe du Petchi-li et pouvait tenir en respect l'escadre du Peï-Ho. Cette escadre, qui avait, le 23 juin, fait cortège à Li-Hung-Chang était composée de la façon suivante : 9 canonnières dites alphabétiques à cause de leurs noms: alpha, bêta, gamma, etc., et portant un canon de 38 tonnes sur l'avant ; 3 croiseurs en bois de taille inégale dont le plus grand avait un déplacement intermédiaire entre celui du Vïllars et celui du Volta; 2 croiseurs en acier ayant l'apparence de monitors avec leur batterie s'élevant au-dessus d'une plate-forme basse. Ces 2 croiseurs, construits et lancés en 1881 chez sir William Armstrong, ont été longuement décrits dans louvrage de M. Brassey. Leur déplacement est de 1,350 tonneaux; ils sont mus par deux hélices actionnées par deux machines qui développent 2,400 chevaux avec une vitesse de 16 nœuds aux
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essais. Leur artillerie comprend 4 canons de 40 livres et 2 canons de 26-tonnes, sur affût à pivot central, un à Tavant, Tautre à l'arrière, battant ainsi presque tout l'horizon. 2 Nordenfeldt et 4 mitrailleuses Gat' ling complètent cet armement.
L amiral Ting qui commandait cette escadre avait son pavillon sur le grand croiseur en bois. Auprès de lai demeurait le commander de la marine royale anglaise chargé de l'instruction et du perfectionnenient de la marine chinoise. Outre ce commander, un autre officier anglais (gunner) était chargé de ce qui concernait plus spécialement rartillerie ^
Le jour même où la trahison de Bac-Lé fut connue de Tamiral Lespès, cette flotte vint mouiller sur rade de Tche-Fou, à quelques encablures de la division française, se livrant, pour ainsi dire, à sa merci. Quel butin glorieux eût été cette réunion de 12 bâtiments ! Quelle splendide capture ! Certes, le La Galissonmere, la Triomphante, le VoUa et le Lutin étaient désavantagés par le nombre, et les clianceF, à la seule nomenclature des navires et des canons, semblaient n'être pas de leur côté. Mais fallait-il compter pour rien la valeur des équipages et leur supériorité bien évidente ? Au moment où Ton cherchait un gage, pouvait- il y en avoir un meilleur
1. Ces deux cificiers ont cessé' d'appartenir an service de la Chine dé« la nouvelle de la violation da traité de Tien-Sin. Leur contrat les déllafi du gouverneiueut chinois eu cas de guerre avec une puissiance européenne.
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entre nos mains que cette flotte tout entière ! L'amiral dut s§ faire ces réflexions et regretter amèrement de ne pas être seul maître de trancher une situation inespérée, providentielle. Mais un contre-amiral pouvait-il) sous sa seule responsabilité, engag'er le Gouvernement et le pays ? Ne devait-il pas craindre d'entraver, par un coup d'audace et de force, des négociations sur le point d aboutir?... L'histoire de la marine montre, dans le passé, des chefs de division navale prenant d'eux-mêmes des résolutions ausH gi^ves; mais une pareille liberté d'action n'est plus possible aujourd'hui. Le télégraphe a opéré une révolution dans les usages. Tout ministre a pris l'habitude d'être tenu jour par jour, heure par heure, au courant de ce qui se passe au loin et dirige tout de son cabinet, que ce cabinet soit quai d'Orsay oa rue Koyale. Un commandant en chef ne peut plus, vaèm k 3,000 lieues de son pays, agir de son propre mou* vement sans avoir reçu des ordres de son ministère. Le 2 juillet, vers une heure de Taprès-midi, Toï^cadre chinoise alluma ses feux et se livra à dc^ manœuvres qui ressemblaient singulièrement à dcâ pi^paralifs de combat, dépassant ses mâts de flècht. , rabattant ses pavois, i-elevant ses sabords et pointant ses canons dans la direction des navires français. C'était là une des fanfaronnades dont sont contamiers ces excellents Fils du Ciel, facétieux personnages qui, du haut de leui^ navires, faisaient à nt.-.^
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embarcations un signe expressif accompagné des mots français « coupé cou ». Pourtant, en présence des événements récenta dont la route de Lang-Son avait été le théâtre, il était sage de se tenir sur le qui-vive. Aussi lamiral donna-t-il Tordre de charger les pièces, d'avoir des servants aux hotchkiss et de redoubler de surveillance. Mais dans la nuit, vers 2 heures, 6 des canonnières ennemies appareillèrent en ordre parfait et se dirigèrent vers le sud, sur Wei-Ha-Wei, à trente milles de Tche-Fou, où la Chine crée, depuis peu, un nouvel arsenal. Le lendemain, 3 juillet, les autres canonnières demeurées à Tche-Fou ne renouvelèrent pas leurs démonstrations de la veille et à 11 heures du soir, elles s'en allèrent également vers le sud.
Les navires français ne devaient plus jamais revoir cette escadre ! On sut plus tard qu'elle se dirigea sur Port-Arthur où elle évacua le matériel de Wei-Ha-Wei, puis de Port-Arthur elle se rendit au Peï-Ho, où tranquille et confiante en dedans de la barre du fleuve, elle put attendre les événements, sans danger d'être atteinte par nos obus ou coulée par nos torpilles.
Pendant ce temps, le croiseur VHamelin^ qui se trouvait à Hong-Kong lorsque parvint la nouvelle de Tincident de Bac-Lé, recevait Tordre daller attendre le Bayard en dehors de Tîle. Le 1" juillet, les deux bâtiments se rencontraient et Tamiral Courbet se
AMIR. COUKBBT.
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transportait immédiatement sur VHamelin, laissant le Bayard faire route sur Hong-Kong où il avait l s'arrêter. Le 5 juillet, dans la nxxM^Y Hamelin mouil lait à Shanghaï et Tamiral quittait le bord dès le lendemain pour aller s'installer à terre à rOrienlal- Ilôtcl, avec son état-major. Il y retrouvait M. Patcnôtre, déjà rendu au consulat do France.
Peu après l'arrivée de YHamelin, YAt^pic venait mouiller il côté du Volta^ du Villars et du d'Estaing: quant au Bayard, arrivé de Hong-Kong, il devait forcément rester h Woo-Sung à cause de son tirant dVau qui ne lui permettait pas de franchir la barre du fleuve. Dès le 6 juillet, Tamiral Courbet avait pris le commandement effectif « des divisions rénnits de la Chine et du Tonkin ». L'amiral Lespès qui restait confirmé dans son titre de commandant en chef de la division de Chine, recevait, aussitôt. Tordre do quitter Tche-Fou en y laissant la Triomphant* et le Lutin et de venir rejoindre à Shanghaï le viceamiral.
Oolui-cî se concerta sans retard arec M. PatenOtre qu'il tixHi\*a> du reste, aussi disposé que lui-Diême A wuo action vigoureuse et énergique. Depuis longtomj\5 I amiral Courbet avait jugé qu*uii coup do torco $ur la Chine était absolument nécessaire: il <ia:; pcrsuaiô qu'il ny avait moyen d'en finir qut- |v\r nue cau^^^rique decIara;ion de guerre, et ce $<i;;:iucu; sV;ait ecrtaincuiint aâfenni depuis les
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derniers événements. Sa première inspiration^ en prenant possession de son nouveau commandement, avait été de frapper la Chine le même jour et à la même heure sur des points différents. Port-Arthur, Nangkin, Woo-Sung, Fou-Chéou, Amoy, auraient été attaqués, au moment convenu, par des fractions des forces qu'il avait sous sa main. UHamelin^ par exemple, se serait rendu dans la rivière Min, soutenu par une ou deux canonnières pour s'y opposer, par la force, à tous les travaux de défense et à la circulation des navires de guerre chinois. La Triomphante aurait été chargée de bloquer Port-Arthur en attendant l'heure du. bombardement, tandis que les autres navires devaient être répartis sur les divers points choisis. C'était l'hostilité franchement ouverte. Mais, bien entendu, dans la pensée de l'amiral l'attaque devait avoir lieu à très bref délai, sans donner à Tennemi le temps de se reconnaître. Il comptait, sans doute, pour réussir, sur la supériorité de ses navires et de ses équipages, mais aussi sur le désarroi des Chinois, mal préparés, rendus confiants par notre longue mansuétude et surpris par la rapidité de nos mouvements et Timprévu de notre attaque. En prévision de cette éventualité, il ne négligea rien pour préparer son escadre à faire dans les meilleures conditions une guerre sérieuse. 11 étudia . soigneusement et arrêta les moyens de ravitaillement sur la côte. 11 fit choisir par le consulat un certain nom-
bre de lettrés chinois et d'interprètes qu'il embarqua, deux par deux, sur les principaux navires. En même temps il se préoccupa de la question des pilotes. Il avait trouvé, à Shanghaï même, un pilote anglais, nommé Thomas, qui avait exercé longtemps dans la rivière Min et qui n'avait quitté ce service que depuis quelques mois. II l'engagea immédiatement ainsi qu'un ancien pilote du Yang-Tse, du nom de I^luller, Alsacien bien connu de tous les officiers qui ont navigué dans les mers de Chine et qui pouvait être fort utile non seulement pour la navigation du Yang-Tse, mais encore pour la côte où il avait longtemps commandé et qu'il connaissait parfaitement. Ces pilotes étaient engagés à des prix très élevés^ par un contrat qui les liait à nous durant une année. Danii les circonstances actuelles, l'amiral jugea indispensable de pourvoir les bâtiments de fonds de prévoyance. Les commandants pouvaient, suivant les occasions, avoir besoin de débourser de fortes sommes sans trouver les moyens de remplir les formalités des traites ordinaires.
Tandis que les navires se ravitaillaient, les négociations, comme on la vu, marchaient toujoui-s. L'amiral les suivait de près. Et ce ne fut pas sans rogr^t que> pour ne pas entraver leur succès, il se vit contraint de renoncer à la réalisation du plan tUattaque dVnsemlle qu'il avait arrêté tout d'abord et qui ne pouvait avoir quelque chance de succès que
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s'il était exécuté immédiatement sans laisser à nos ennemis, par des hésitations et des lenteurs, le moyen de se préparer, de se fortifier et de riposter. Les premières instructions données aux navires furent immédiatement modifiées. Lorsque YHamelin quitta Shanghaï le 11 juillet pour se rendre à Fou-Chéou, il était entendu déjà que son rôle se réduirait à une simple observation, et que son commandant, M. fioustan, n'aurait qu'à empêcher le déchargement des navires apportant aux Chinois de la dynamite et des torpilles achetées en Allemagne. Le lendemain 12, la note pacifique s'accentuait encore : le cabinet télégraphiait « son grand espoir » de s'entendre avec la cour de Pékin et interdisait toute hostilité directe; il maintenait seulement la faculté d'arrêter la contrebande de guerre. Ce grand espoir escomptait d'avance les heureux efi'ets de l'ultimatum qui est de cette même date du 12 juillet.
La nouvelle de l'envoi de cet ultimatum fut accueillie avec une complète satisfaction par toute l'escadre. On y voyait l'indice d'une conduite résolue, très digne de la France et bien faite pour relever son prestige dans l'Extrême-Orient. On était donc fort anxieux de savoir la réponse de la Chine et les journaux de Shanghaï, qui ont un service régulier d'informations télégraphiques, étaient lus avec avidité. C'est par eux qu'on avait connu les termes de Tultimatum, le chiffre de l'indemnité réclamée ainsi
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que la menace de prendre des garanties. On en avait conclu que l'escadre aurait certainement à appuyer par une démonstration lattitude nouvelle du cabinet français, et on ne fut pas surpris de voir le 14 juillet Tamiral quitter Shanghaï. On soupçonnait qu'il se rendait sur le lieu même où ces garanties devaient être prises, et qu^il voulait s'y trouver le 19, c'est-àdire au bout de la semaine de répit qui avait été assignée à la Chine pour satisfaire à nos demandes. Du 1 1 au 17 juillet il expédiait sur ce lieu, toujours inconnu, les navires mouillés à Shanghaï, à l'exception du d'Estaing, retenu par M. Patenôtre pour calmer les alarmes des résidents français qui craignaient un soulèvement de la population chinoise. Mais vers quel port se dirigeait-on? Où allait-on? C était à bord le sujet de toutes les conversations.
L arsenal de Fou-Chéou, créé récemment à grands frais par le gouvernement chinois sous la direction de deux Français, MM. Giquel et d*Aiguebelle, était un point tiut naturellement désigné aux coups de Fc^cadre, d autant mieux que le fleuve qui y mène e$t acees^^iblo à de grands navires. On répétait que 1 amii^l avait reçu lonlre de détruire cet arsenal de fond en c<»mble. Mais le mv$tère dont le commandant en chef euiouraît^ avec tant de raison, touases projets, ne donnait à ce l mit que la valeur d*un racontar. IVurtaut il «'affirmait avec une persistance singulière. Le$ gtn$ i»u^n :u:V>r::u$ — il y en a partout — pré-
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te ndaient . même que deux transports chargés de troupes étaient au mouillage de Matsou. Ils se trompaient. En arrivant à Matsou les navires n'aperçurent pas le moindre transport. Mais quand on mouilla sous l'île, quand on vit Tamiral s'aboucher avec les pilotes du Min, on eut la certitude que décidément Fou-Chéou était Tobjectif choisi.
L'occupation de la rivière Min par l'escadre française débuta par un triste événement qui aurait pu se changer en désastre sans l'énefgie et la valeur de quelques-uns. Le 14 juillet, à une heure de l'aprèsmidi, ÏHamelin, ayant à bord, le pilote Thomas, donna dans la passe de Kimpaï. A 2 h. 20 m., au moment où il dépassait l'île Plate, il s'échoua avec une vitesse de 12 nœuds sur un banc déformation nouvelle. Les voiles braseées à culer, la machine mise en arrière à toute vitesse ne réussirent pas à déséchouer le navire. Comme il n'y avait plus que trois quarts d'heure de flot, il fallut se résigner à attendre la marée suivante pour essayer le renflouement. Les- sondages faits au moment de l'accident avaient donné sous la passerelle à bâbord S^jQO, à tribord 4™,80, à l'avant 5™, 10, à l'arrière 6^,50. Le bâtiment était donc monté sur le dos d'âne du banc où il reposait par son milieu.
A 4 heures, le jusant s'établit, et quand vers 10 heures du soir la mer fut basse, le banc découvrit complètement.
La souille profonde que le navire av^it faite dans la vase le laissait presque droit et rendait le béquillage inutile; mais, eous le poids de Tavant et de Tanière, le malheureux bâtiment qui ne portait sur le banc que dans la maîtresse partie, se cassait en deux. L'effort de rupture avait été tel que le pont supérieur, venant buter contre le dessus des chaudières, éclatait sur lavant du grand mât dans presque toute sa largeur en arrachant ou faussant son chevillage. La membrure, entraînée dans ce mouvement, craquait de toutes parts et de tous côtés. C'était dans le silence de la nuit, d'incessantes détonations qui semblaient annoncer la ruine du bâtiment.
A 11 heures, le jusant était fini, la mer commençait à remonter et filtrant par toutes les fissures béantes de la coque, se précipitait dans la cale, de l'avant à rarrière, avec violence. L'équipage, mis aux pompes, était insuffisant pour arrêter l'envahissement des cales; il fallut mettre la machine a toute vitesse pour que ses pompes pussent produire un résultat. Encore, cinq fourneaux sur huit étaient-ils éteints par Teau qui, dans la machine, atteignait plus d'un mètre. Un instant, on put croire qu'on allait être obligé de renoncera déséchouerle navire. Rien n'eût servi, en effet, de le tirer du banc pour le voir couler un instant après en une eau plus profonde : sur le banc^ du moins, la vie des kommes était en sûreté. Soudainement, Teau baissa dans la cale. L'avant
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et Tarrière, relevés par la mer, avaient, en se redressant, fermé sans doute, en partie, les crevasses par où Teau s'introduisait à l'intérieur du navire, et les pompes produisaient quelque effet.
Entre temps, toutes les dispositions usitées en pareil cas avaient été prises. Dans la soirée, la canonnière anglaise Merlin, commandée par le lieutenant Brenton, était venue mouiller sur Tarrière de VHamelin pour lui offrir son aide avec un empressement, une cordialité qu'on ne saurait passer sous silence. Enfin, vers 4 heures du matin, avant même qu'une amarre envoyée du Merlin eût été utilisée, la machine étant lancée à toute vitesse, le navire se déséchouait, puis faisait route pour le mouillage de la Pagode, dont il était distant de moins d'un mille. Mais les voies d'eau restaient toujours béantes, et pour actionner les pompes, la machine devait tourner sans cesse, même une fois le bâtiment mouillé.
Pour comble de malheur, dans la nuit de ce même jour, une canonnière chinoise, dite alphabétique, par une manœuvre inexplicable — ou trop explicable, — arrivait sur rade, passait par bâbord de YHamelin, faisait le tour sur son avant, et revenait l'aborder en cassant son bout-dehors de foc. Pour se dégager, VHamelin étsiit obligé de virer sur sa chaîne : le cabestan dévirait et blessait plusieurs hommes.
Malgré tout, les travaux de réparation avaient été commencés de suite. Le lendemain 16, ils étaient
en pleine activité, quoique. gênés par certains mouvements hostiles des navires chinois, qui oblig-eaient une partie de Téquipage à rester en branle-bas de combat. Dans la soirée, le Volta, portant le pavillon de l'amiral Courbet, rejoignait VHamelin et lui apportait en même temps que la sécurité, le secours de ses ouvriers et de son personnel. Tandis qu'à l'intérieur on s'attaquait à boucher les trous par où l'eau s'engouflFrait, deux bonnettes goudronnées étaient coulées sur les flancs du navire, puis, pour obvier à la cassure, dès chaînes de cintrage verticales et des chaînes de ceinture étaient raidies en plusieurs sens. C'étaient là les premiers remèdes qu'il convenait d'appliquer à la grave blessure du bâtiment. Aussi habilement ordonnées que rapidement exécutées, ces réparations sommaires permirent à VHamelin, trois jours après le déséehouage, de quitter seul le mouillage de la Pagode et de gagner Matsou, sans même être convoyé. Près de cette île il ne trouvait plus le violent courant de la rivière Min, qui empêchait les plongeurs d'opérer, et il était à l'abri d'une attaque de l'ennemi. En outre, le Bayard et le La Galîssonniere^ mouillés au même endroit, lui prêtaient leurs ouvriers et leurs scaphandres. Le 28 juillet, grâce à l'activité de tous et à son énergie personnelle, le commandant Roustan se jugeait en état d'atteindre Hong-Kong, où il devait passer au bassin. La Saône l'escorta dans ce voyage, pen-
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dant lequel une grosse mer les obligea à relâcher près de Swatow, sans que le malheureux navire si cruellement endommagé eût donné de graves inquiétudes. Le l*"" août, ils arrivèrent victorieusement à destination. Après vingt jours passés au bassin à Hong-Kong, VHamelin put gagner Saïgon, où une réparation complète le mit en état de servir et de bien servir*.
Ceux qui liront ce simple récit ne manqueront pas d'être émus en s'imaginant par la pensée la détresse où ce navire est resté pendant de longues heures. Mais les marins seront frappés surtout de rhabileté et de Ten tente des choses de la mer qu'il a fallu à un capitaine pour sauver, en si peu de temps et par ses propres moyens, un navire brisé, cassé littéralement, faisant eau de toutes parts. La description de tous les travaux entrepris mériterait mieux que la mention rapide qui vient d'en être faite: une relation minutieuse devrait en être écrite. Il se dégagerait de sa lecture un utile enseignement et la preuve d'un surprenant tour de force. On y apprendrait ce que peuvent rintelligence et le savoir mis au service d'un cœur qui ne sait pas désespérer; on y verrait ce que produisent le courage et le dévouement dépensés sans mesure ; on y trouve-
1. Il fut au mois d'octobre envoyé au Tonkin aux ordres du général Briére de l'Isle ; il y resta jusqu'en mars, époque de sou retour en France.
rait le consolant spectacle d'un vailiant équipage conserrant à force d'énergie un navire à sa patrie. Il Cftt des victoires pins retentissantes, il n'en est pas qui soient plus à Thonncur de ceux qui les ont gagnées.
Avec son grand cœur, Famiral avait pris une part très vive aux vicissitudes du commandant Roustao, qu'il honorait de son affection. Le souci qu'il avait à un haut degré de l'honneur de la marine n'était pas moins fait pour Tintéresser grandement à un sauvetage si difficile. £n apprenant, à son arrivée à Matsou, l'accident que les pilotes venus audevant de lui représentaient comme irrémédiable, il partait pour secourir YHamelin sans vouloir même attendre le DuguayTrouin, sur lequel il comptait mettre son pavillon et qui était retenu par une courte réparation de machine. 11 passait immédiatement sur le Volta^ qui dut, à cette circonstance, de garder jusqu'après Fou-Chéou ce glorieux pavillon. Pendant qu'il se rendait de Matsou à la Pagode, l'amiral ne se préoccupait que de VHamelin, et nullement des dangers auxquels l'exposait sa fière entrée dans la rivière Min. Les jours suivants, même au nnliou des graves préoccupations qui l'assiégeaient, il ne cessait de penser au sort de ce navire, pix)diguant.à tous encouragements et conseils, et il est juste de reporter sur sa ténacité et sur sa haute initiative une partie du succès final. C'est le propre
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des hommes siipériears de communiquer aux autres un peu de la généreuse ardeur qui les anime*.
Cependant la concentration de la flotte se faisait devant l'arsenal de Fou-Chéou. Le lendemain de l'arrivée de l'amiral et du Voltaj c'est-à-dire le 17 juillet, Y Aspic mouillait à Pagoda; puis, après lui, le Duguay-Trouin, le Lynx, le ChâteavrRenaud, Tels étaient les navires qui se trouvaient dans la rivière Min le 19, jourde Técnéance de l'ultimatum, et qui auraient eu à ouvrir le feu et à prendre des garanties si l'expiration de cet ultimatum n'avait pas été prorogée au V^ août.
Le 23 juillet arrivait la Viphre, ayant à son bord l'amiral Lespès, qui venait mettre son pavillon sur le Duguay-Trouin, et quelques jours après, les deux torpilleurs 45 et 46^ faisaient leur entrée dans la rivière. Le 30, Y Aspic était allé chercher la com-