‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 9 sur 40 · Qui ne pouvait être à Tien-Sin avant &ix on sept jours · texte numérisé non relu

Qui ne pouvait être à Tien-Sin avant &ix on sept jours

Tien-Sin, 18 mai.

2 De la lecture des télégrammes reçus directement par cet offieief

supérieur, il résulte pour moi que la signature apposée par lui était défiui' tive, les pleins pouvoirs qui lui avaient été donnés étant entiers et u'ayaat pas le caractère provisoire que m'avait semblé leur attribuer votre télé' gramme. Je crus devoir renoncer en conséquence à la signature de la couvention dont tout l'honneur lui revient. Je me plais à le reconnaître. Lui seul pouvait, par ses relations personnelles avec le vice>roi et Tindépendanee que lui laissait l'absence de toute mission officielle, mener à biea une pareille entreprise, dont un des mérites est certainement la promptitude avec laquelle ont été menés les pourparlers et le secret qui les a entourés, secret si bien gardé que le personnel des légations n'en a été avisé que lorsque la convention était déjà un fait accompli. Le commandant Fournier a déployé, dans cette circonstance, une netteté de vue, une fermeté et une énergie qui lui fout le plus grand honneur. Vous l'avez reconnu, Monsieur le Ministre, en l'inscrivant d'office au tableau d'avancement^ je vous demande avec instance de compléter celte mesure en le nommant au grade de capitaine de vaidseau, justifié amplement par sa grande valeur militaire et son brillant commandement du Volta

Signé : Le6P£S8.

AMiB. counufiT. 4

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tenu à négocier avec le commandant Fournier à Texcltision de tout autre ? Comment se faisait-il qu'un simple capitaine de frégate eût été admis à marcher de pair avec le premier personnage d'an Empire où tout repose sur l'étiquette, où existe un ministère spécial des rites ?

Si le rapprochement qui va être fait entre un épisode lointain déjà et la signature de la convention est inexact, cela prouvera simplement que la clairvoyance du témoin de ces événements s'est trouvée en défaut, et que son appréciation, absolument personnelle, s'est laissé entraîner trop loin sur les ailes de son imagination.

Le 25 octobre 1883, dans un entretien entre M. Tricou et Li-Hung-Chang, entretien auquel assistait M. Fournier, le dialogue suivant fut échangé : c Jusqu'ici, dit le vice-roi, votre intervention au Tonkin n'a causé que des dommages à notre commerce : ainsi la Compagnie chinoise de navigation, China-Merchant, a vu mettre l'embargo sur les magasins de Haïphong et sur des riz qui étaient sa propriété. — Le gouvernement vous désintéressera dit M. Tricou. > Le vice-roi dont la physionomie reflétait le vif intérêt qu'il portait à cette Compagnie dont il était le directeur et le plus fort actionnaire, posa une seconde fois sa question, a quoi le ministre répondit qu'il serait facile de trouver sur ce point une solution satisfaisantc« Puis s'aporccvant $ans doute qu'il s^attar-

dait trop sur un sujet tout personne], Li s'écria : « C'est que nous autres Chinois nous aimons tant l'argent ! »

Quelques jours après, quand M. Trîcou quitta Tien- Sin, le vice-roi vint le saluer. « Vous ne voulez donc nie rendre aucun service, dit-il en prenant M. Tricou par l'épaule ? Et la China-Merchant dont je vous ai parlé? Vous en occuperez-vous ? En parlerez-vous à M. Harmand? » — « Je passerai tout exprès par Hanoï, dit M. Tricou. Mais à quel chiflFre estimezvous le dommage? » Li-Hung-Chang répondit que, les livres de la Compagnie se trouvant à Shanghaï, il ferait relever le chiflFre et l'adresserait à M. Tricou à Hong-Kong,

Qui saura jamais si le plénipotentiaire chinois de la convention du 11 mai ne tenait pas à retrouver, • dans le plénipotentiaire français, l'oflScier qui avait entendu naguères ses confidences à M, Tricou ?...

. Les jours qui suivirent le 11 mai furent employés à discuter les questions de détail, entre autres, le 18, la fameuse question de l'évacuation des citadelles du Tonyn par les troupes chinoises. Lorsque tout fut réglé, le commandant Fournier revint en France * apporter l'instrument original du traité et l'amiral Lespès remonta jusqu'à' Pékin pour rendre visite au Tsong li-Yamen et sceller ainsi les relations d'amitié

1. A son arrivée, M. Fouraier fut nommé capitaine d6 valanean. Le eom' mandement du Vulta fat dunué à M. GigOit, secoad de la Ttiomphante.

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que la convention venait de renouveler entre la France et la Chine. En même temps, le gouvernement français^ suivant Tarticle 5 de la convention, désignait comme plénipotentiaire du traité définitif M. Patenôtre, qui avait quelques années auparavant géré la légation de France à Pékin et qui se trouvait alora à Hué, où il était chargé de signer avec le successeur de Tu-Duc un traité modifiant légèrement le traité de M. Harmand du 25 août 1883.

Les conséquences de la paix se firent bientôt sentir» Le 17 juin, ordre fut donné de renvoyer en France le Duifuay-2*rouin et de faire embarquer à destination de Madagascar le bataillon de fusiliersmarins qui, depuis plusieurs mois, tenait campagne 4ians le delta du Tonkin. De son côté, le gouvernement chinois ne négligeait rien pour nous donner Tassarance de sea intentions pacifiques; il semblait même ne paa vouloir demeurer avec .nous en reste de frais d amabilités. Dans la nuit du 23 juin, une escadre composée de 9 canonnières, 2 grands croiseurs et 3 avisos, mouillait à Tche-fou, auprès de la division française qui sy trouvait réunie. Sor Tun des avisos était le vice-n>i du Peîohi-Ii, Li-Hung- Cbac^ lui-même, qui venait saluer 1 amiral Lespès. M* Deu-in^ 1 acc\^mjva^nait« Dans «a journée du 24, k« navires fnànçai$ paw^i$èrenl, et «^aand le vice-roi monta à boni du La GiX4»^s$c^'i'Mr(^ les hommes de* bout sur les vxrr^ues poussèrent cinq cris de: Vive

la République ! Après avoir assisté à un branle-bas de combat agrémenté du tir des canons de 24, le. vice-roi se rendit à bord de la Triomphante^ où il était attendu avec un cérémonial tout pareil. Des torpilles Whitehead furent lancées devant lui, à son grand émerveillement; puis, quand il regagna soii navire, chaque bâtiment français fit une salve de 19 coups de canon. Dans la nuit, Tescadre chinoise appareilla et le lendemain nos équipages reçurent un gage de la sympathie de Son Excellence : des bœufs, des moutons, des poulets et quelques bou» teilles de. vin leur furent généreusement envoyés.

Cet échange de politesse semblait le présage d'une longue et durable entente. Quelques esprits inquiets trouvaient alors que notre empressement à diminuer nos effectifs au Tonkin et le nombre de nos navires dans les mers de Chine était une impré» voyance et une faute. Mais les sentiments optimistes prenaient facilement le dessus. Le vice-roi était personnellement, disait-on, très favorable à la France, et sa grande situation dans TEmpire permettait de supposer que, grâce à lui, les rapports d'amitié entré les deux pays seraient désormais établis pour longtemps.

Aussi, dans la division, chacun s'imaginait volontiers que la campagne si sévère jusqu'alors allait devenir plus féconde en distractions et en relâches agréables. On se flattait de l'espoir d'une prochaine

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tournée au Japon. Ce pays enchanteur avec ses jolies moiismés, ses curieux bibelots, ses riantes cités, ses vertes campagnes, était entrevu de loin comme une terre promise où chacun devait trouver, selon ses goûts, repos ou plaisir. En attendant ce voyage désiré, les officiers de la Triomphante avaient monté un théâtre complet pour Téquipage. Deux amusantes représentations étaient données coup sur coup : ChouJIeuri, V Affaire de la rue de Lourcine et d'autres vaudevilles égayaient les matelots des différents navires conviés à ces spectacles.

C'est au milieu de ces pacifiques occupations et de ces tranquilles espérances que, tout à coup, le 28 juin, arriva une très alarmante dépêche du général Millot Une colonne de 600 hommes qui, sur la foi de la convention de Tien-Sin, allait prendre possession de Lang-Son, avait été attaquée les 23-24 juin aux environs de Bac-Lé par des troupes au nombre de 10,000 hommes portant Funiforme des réguliers chinois. Nos pertes étaient considérables. L*émotion fut grande dans la division de Chine, et chacun ne put sVmpecher de faire une remarque. C^est aa moment où Li-Hung>Chang était reçu par l'amiral Le$pes a bord du La iruUssoHMtère, que les troupes chinoises violaient la convention. Quelle daplicitè se cachait donc dans le cœur de nos ennemis?

DEPUIS l'affaire DE BAC-LÉ .

jusqu'à l'expiration de l'ultimatuat'

(23 juin- l»f août.)

Le sentiment qui se manifesta en France à la nouvelle du guet-apens de Bac-Lé, fut un mélange de consternation et d'indignation. M. Jules Ferry adressa directement à Li-Hung-Chang la dépêche suivante : « En vue d'assurer la paix et le bien de nos deux pays, nous avons fait un traité sérieux. L'encre est à peine séchée et il est violé. Un détachement de 800 hommes qui allait prendre possession de Lang-Son a été attaqué par 10,000 de vos soldats. Le gouvernement impérial assume une redoutable responsabilité. L'amiral Courbet remonte vers le Nord avec les deux divisions de l'escadre. »

En même Aemps,* M. Patenôtre, qui avait quitté Hué le llguin pour se rendre à Pékin, où il devait signer le traité définitif, était arrêté à Shanghaï afin de s'y concerter avec l'amiral, tandis que le gé-

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rant intérimaire de la légation de France, M. de Semallé, remettait le 27 juin, de la part du Gouvernement, une protestation au Tsong-li-Yamen.

De 8on côté, Tamiral Lespès avait immédiatement envoyé à Tien-Sin son aide de camp, M. Jacquemier, pour demander des explications au vice-roi. Le 30 juin, cet officier rendait compte, en ces termes, du résultat de sa mission : « Le vice-roi paraît consterné de la violation de la convention du 11 mai. Je crains que ce soit Tœuvre du parti opposé qui triomphe à Pékin, et que Li ne soit plus maître de la situation. Une action énergique de la division navale et la prise d'un gage me paraissent indispensables pour imposer à la Chine Texécution de la convention de Tien-Sin. » L'opmion émise par M. Jacquemier était dès ce moment partagée par M. Patenôtre, qui révélait, en effet, que pendant le délai assigné pour levacuatiou, il y avait eu des préparatifs de guerre signalés par plusieurs de nos agents consulaires. (Dépêche du 1*' juillet.)

En réponse à la protestation du 27 juin, le conseil de TEmpire rédigea une note soutenant que la convention du 11 xnai était une convention provisoire qui n'avait réglé ni les questions de frontière, ni la date du rappel des troupes chinoises. Le cabinet de Paris opposa, à cette assertion, la note du 18 mai du commandant Fournier, où était il dit : « Après le délai de 20 jours, c'est-à-dire le G juin, évacuation

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de Lang-Son, Cao-Bang, Cliat-Khe, etc. » Li- Hung-Chang nia d'abord Texistence de cette note, puis revenant sur ce premier dire, il nia seulement sa validité, déclarant qu'elle n'était pas revêtue de sa signature et qu'elle se trouvait, par ce fait, nulle et non avenue. Un long débat s'engagea à ce sujet, débat dont la presse retentit et qui eut pour résultat de prouver l'insigne mauvaise foi de la Chine. En admettant que pour une raison quelconque il lui eût été impossible d'évacuer le Tonkin aux dates convenues ; en admettant même qu'elle refusât de se croire liée par la note du 18 mai, son devoir était de protester. C'est son silence à cet égard, ce sont les arguties, les faux-fuyants, les mensonges dont elle enveloppa ensuite ses explications sur les journées de Bac-Lé, qui donnent à ces journées le caractère d'un guet-apens, et à notre action énergique celui d'une légitime défense.

Aussi, le 12 juillet, M. J. Ferry, bien convaincu que l'aflFiaire de Bac-Lé cachait une trahison, résolut d'en finir avec les explications confuses et vagues qu'on lui opposait. Il fit parvenir au Gouvernement chinois Vultimatum dont voici les termes:

« Convaincu qu'un attentat aussi contraire aux « assurances de la cour de Pékin n'est imputable « qu'aux manœuvi*es d'un parti qui cherche à trou- « bler les bons rapports des deux pays, le Gouver- « nement français se voit dans l'obligation de récla-

« mer dès à présent des garanties pour l'exécud'on « loyale des arrangements conclus à Tien-Sin. Le « ministre de France à Shanghaï est chargé de de- « mander que les troupes chinoises évacuent le « Tonkin sans délai. De plus, il a reçu Tordre de « réclamer comme réparation pour la violation du « traité et comme dédommagement des frais qu'en- « traînera le maintien du corps expéditionnaire une « indemnité de 250 millions au moins... Le Gouver- « nement français compte que, sur ces deux points, « une réponse satisfaisante lui sera faite dans la « semaine qui suivra la remise, au Tsong-Li-Yamen, « de la présente note. Autrement, le Gouvernement « français serait dans la nécessité de s'assurer«dîrec- « tcment les garanties et les réparations qui lui sont « dues. »

Cet ultimatum eut un résultat immédiat. Le 17 juillet, la Chine publiait, dans la Gazette officielle, le décret du retrait de ses troupes et, le 18, elle informait M. Patenôtre que le viceroi de Nankin était chargé « de régler d'une manièa*e satisfaisante « les autres demandes formulées par la France dans « la note du 12 juillet ». Cette périphrase, qui témoignait de la répulsion de la Chine à prononcer le mot indemnité, fut relevée par M. Jules Ferry. Il répondit qu'il acceptait comme dernière preuve de conciliation, la désignation du plénipotentiaire chinois; mais, tenant à préciser les termes vagues

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de la dernière communication du Tsong-li-Yamen, il ajouta que les négociations avec le vice-roi de Nankin ne porteraient que sur le second point de Tultimatum, c'est-à-dire sur Vindemnité. « Lerègle- « ment, disait-il, en devra être terminé le 1*' août « au plus tard. Nos forces navales gardant leurs po- « sitions actuelles, s'abstiendront de toute action « jusqu'à cette date, à moins d'y être provoquées. « Les négociations commerciales prévues par l'arec ticle 5 du traité du 11 mai, ne seront entamées « qu'après le règlement de l'indemnité. »

A cette note très claire, le Tseng -lî-Yamcn répondit par ce télégramme du 23, adressé à M. de Semallé :

« Le vice -roi de Nankin a pleins pouvoirs pour « discuter et régler tout à la fois. Il est utile que les « négociations soient conduites promptement, mais « inutile fixer délai et envoyer navires dans les « ports pour contraindre CKinois de vive force à « Texécution du traité. »

Ce n'était pas la première fois que les Chinois s'alarmaient des faits et gestes de la flotte. La nou* velle de l'envoi dans le Nord de la division navale du Tonkin avait été pour eux une cause d'eflFroi et de protestation. La personne même de l'amiral Courbet faisait sur leur esprit tout autant d'effet que son escadre entière. Le vainqueur de Son-Tay était devenu rapidement légendaire et sous le nom

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du « ierrïble Cmipa » remplissait de terreur tous les Fils du Ciel.

Le gouvernement français ne demandait* pas mieux que de conduire les pourparlers avec promptitude, mais il tenait pour indispensable la fixation d'un délai et il n'entendait nullement renoncer à maintenir devant Fou-chéou la flotte qu'y s'y trouvait depuis quelques jours et où sa présence pouvait avoir une grande influence sur le résultat des négociations. On devait d autant mieux compter sur leur prochain aboutissement que, dans un but de conciliation, le ministère se montrait disposé à faire quelques concessions au sujet de l'indemnité. Abandonnant le chiffre absolu de 250 millions, il se contentait d'une somme calculée sur les bases suivantes : secours aux familles des soldats tués ou blessés et indemnité couvrant les dépenses extraordinaires imposées pour le maintien des forces de terre et de mer qu'une exacte exécution du traité de Tien-Sin eût permis de rappeler *.

Au moment où le président du Conseil rédigeait ces instructions, un changement se produisait dans les dispositions du Gouvernement de Pékin. Les équivoques, les contradictions, les obscurités reparaissaient dans les notes remises tant à M. J. FeiTV qu*à M. Patcnolre ou à M. de.Semallé. Les Chinois

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