‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 17 sur 40 · Bapport de VamiràL · texte numérisé non relu

Bapport de VamiràL

s'assarer de l'état des choses avant de rien entre* prendre.

A quatre heures et demie, an canot a vapeuravec le lieutenant de vaisseau Campion, du Duguay- Trouin, va explorer les abords de la pa^se où se voient quelques bouées suspectes; puis le Duguay- Trouin s'avance pour effectuer une reconnaissance complète que l'amiral veut diriger en personne. Le canot est reçu par les boulets de quelques pièces chinoises. Le Duguay-Trouin est atteint, mais sans grands dommages. Il riposte et le feu de l'ennemi cesse. Le barrage de jonques, projeté par les Chinois, n'a pas été mis en place, grâce à la vigilance du Château- Renaud et de la Sadne, mais les jonques chargées de pierres sont alignées sur la rive prêtes à être coulées. Dans la crainte qu'elles ne soient utilisées par l'ennemi pendant la nuit prochaine, il importe de les détruire immédiatement. Le Château- Renaud est chargé de la chose. Ses embarcations et ses torpilleurs, conduits par le lieutenant de vaisseau Duboc, iront à terre pour brûler ou torpiller ces jonques» Elles seront protégées dans cette mission par les canonnières Viplre et Aspic^ qui les escorteront et feront des feux de mousqueterie ou d'artillerie sur les camps retranchés des hauteurs où l'animation est grande et où les Chinois ont une attitude belliqueuse.

Tous ces mouvements s'exécutent avec ensemble, les jonques brûlent et se consument; dans quelques

instants le danger du barrage n'existera plus. Mais bientôt les camps retranchés se couvrent de drapeaux et d'étendards plus nombreux que jamais. Des feux de salve en partent, les balles pleuvent tout autour des canonnières. En vain répondent-elles avec leurs canons ou avec leurs hotchkiss. En vain les autres navires qui voient ce qui se passe, lancent-ils, eux aussi, leurs obus sur les camps. Le feu des Chinois ne se ralentit pas. Il ne cesse que lorsque les canonnières abandonnent la place après le rembarquement des torpilleurs dans leurs canots et l'achèvement de leur opération. Nous avions eu là, en quelques instants, beaucoup de blessés ou de tués, parmi ceux-ci le lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumez, second de la Vi'p^.re, frappé d'une balle qui le tua raide sur le pont de son navire.

La passe étant ainsi libre du côté d'amont, il était loisible au commandant en chef de s'y engager. Il résolut de la franchir le lendemain 28. La nuit fut employée aux préparatifs de l'attaque. La fusillade dirigée sur les canonnières était de mauvais augure: elle laissait supposer que l'infanterie chinoise nous attendait au passage. La disposition naturelle du terrain la favorisait à merveille, et son feu pouvait nous causer de grandes pertes. En prévision, tous les hamacs avaient été suspendus aux filières des tentée et abritaient convenablement les ponts si découverts de nos navires. Ce n'est pas toutefois sans

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une certaine appréhension que la journée du lendemain était attendue. L'ennemi avait concentré tous ses efforts sur cette dernière passe, entonnoir étroit qui n'a pas plus de quatre cents mètres de large, flanqué de hautes collines boisées et défendu par une quantité d'ouvrages dont deux étaient particiflièrement sérieux.

Sur la rive droite se dressaient une batterie demicirculaire avec cinq canons d'assez gros calibre, et un peu au-dessous d'elle, le fort Kimpaï, superbe et récente batterie blindée contenant deux pièces de 18% qui tiraient en dehors. Entre ces deux batteries, sur le bord même de la rivière, quatre canons bouche étaient pointés sur la passe et, çà et là, derrière des sacs à sable, trois vieilles pièces chinoises. Un vaste camp entouré de murs crénelés partait du sommet de la colline et venait jusqu'au fort Kimpaï. En arrière de cette première colline, sur une hauteur du deuxième plan, un second camp retranché servait d'abri à de nombreux fantassins.

Sur la rive gauche se trouvait le fort Blanc, qui se composait d'une batterie couverte* en maçonnerie, armée de quatre pièces de 18% et d'une pièce de 21% en barbette, battant la rivière en aval et par le travers. A côté de lui étaient cinq pièces sur affûts marins. Une muraille crénelée contournait ces deux batteries et enclavait un monticule planté d'arbres au milieu desquels étaient quatre canons tirant en

amont. Le long de cette même rive on apercevait audeE8U8 du fort Blanc, sur une petite élévation, le long d'un mur en terre rouge, trois pièces enfilant la rivière en aval, puis, en dehors, une batterie de trois vieilles pièces au bord de l'eau, et un peu plus loin deux canons de 10 ou de 12 sur une hauteur. Entre le fort Blanc et cette dernière batterie, deux camps retranchés avec des logements, des poudrières et quelques vieilles pièces couronnaient les hauteurs.

Le 28, dès quatre heures du matin, le Duguay- Trouin et la Triomphante appareillent et se rapprochent de la passe. Ils mouillent bientôt et au petit jour ouvrent le feu sur les pièces qui ont déjà tiré la veille. Celles-ci répondent avec une certaine vigueur, mais cela ne dure pas. La rivière est si étroite que les deux navires ne peuvent s'y tenir ensemble sans se gêner l'un et l'autre, et sans paralyser mutuellement la moitié de leurs moyens d'action. La Triomphante change de mouillage et se laisse culer pour démasquer ainsi les ouvrages intérieurs de la passe. Tandis que ce mouvement s'effectue, la mousqueterie fait des feux de salve sur la plaine de gauche où se montrent de nombreux Chinois. Les hotchkiss sont pointés dans la même direction et les petits calibres canonnentles baraques et les maisons des camps retranchés.

La Triomphante est maintenant mouillée un peu en dehors du Duguay- Trouin. Elle tire en même

temps que lui sur le fort Eimpaï, à obus ordinaires, puis à obus de rupture. La partie supérieure de la casemate s'éboule et met à découvert un blindage d'un nouveau genre : des canons sont plantés verticalement, noyés dans le ciment et les pierres, formant avec eux un tout compact d'une surprenante solidité. Nos projectiles sont impuissants contre un pareil rempart de fonte, mais les dégâts qu'ils causent dans la maçonnerie elle-même nous suffisent. Ses débris obstruent complètement les embrasures et les volées disparaissent sous des monceaux de décombres. Suivant le principe adopté par l'amiral, la démolition se poursuit embrasure par embrasure. Pour les découvrir successivement les unes après les autres, il faut filer peu à peu et par intervalles quelques mètres de la chaîne de l'ancre.

En s'enfonçant de la sorte dans lapasse, la Triomphante ne tarde pas à voir la première embrasure du fort Blanc. Elle s'attaque à elle, laissant au Di^^i^y- Trouîn le soin de terminer la destruction du fort Kimpaï. Cette première; embrasure obstruée, elle s'attaque à la seconde, puis à la troisième, et ainsi de suite jusqu'au canon barbette de 21% dont elle fait sauter la volée en morceaux.

Pendant ce temps, le 14 tire soit sur les camps retranchés, soit surun vieuxbateau échoué qu'on suppose être un poste à torpilles, soit sur les batteries barbettes dont toutes les pièces sont démontées ou démolies

Tuneaprès Tautre. Un obus heureux venu de la Triomphante dans l'un des camps produit l'explosion du magasin à cartouches. Cela complète le désarroi des soldats ennemis qui fuient dans toutes les directions.

A huit heures et demie, le fort Kimpaï et le fort Blanc sont, sinon détruits, du moins hors d'état de nous nuire pendant que les navires défileront devant eux. Néanmoins l'amiral tient à compléter cette œuvre en brisant les pièces au fulmi-côton. Les torpilleurs vont dans ce but au fort Kimpaï et opèrent sans être inquiétés. Mais leur descente à terre a mis en éveil l'infanterie chinoise. Elle reprend assurance et se montre de nouveau sur les hauteurs. Ce retour offensif empêche l'amiral de donner suite à son intention de détruire également les pièces du fort Blanc.

La rive gauche, où se trouvait ce fort, était, en effet, couverte de maisons, d'arbres et accidentée de monticules et de replis de terrain; les camps y regorgeaient de monde. « De plus les points de débar- « quement y étaient garnis de torpilles électriques « dont nous distinguions les fils ; la Triomphante en « avait fait éclater trois à coup de hotchkiss. Nos « compagnies de débarquement auraient certaine- «c ment éprouvé de ce côté des pertes considérables. « Le résultat à obtenir ne compensant pas les sacri- « fices probables, je me résigne à aller plus loin*. »

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