V II
17"!f l'escadre de l'amiral cochbet.
flottes chinoises étaient en route poar venir nous attaquer, mais noua étions trop habitués aux fanfaronnades des Célestiaux pour nous alarmer de cette rumeur.
Le seul indice des velléités belliqueuses de la Chine avait été fourni par la malheureuse affaire de la canonnière anglaise Ztphyr. Le 7 septembre, ce bâtiment entrait dans la rivière Min, ses couleurs flottant à son arrière, lorsque deux canons du fort Blanc firent feu sur lui. Un projectile Tatteignit et blessa deux hommes, dont Tofficier en second, le lieutenant Hubbard, qui succomba bientôt à ses blessures. Il fut prouvé facilement que cette canonnière avait été prise pour un navire français et la Chine s'excusa de ce fâcheux événement près du Gouvernement britannique. Un artilleur chinois trop zélé et trop ignorant des nuances des pavillons étrangers en était seul responsable.
La réserve extrême de Tamiral Courbet contribuait à laisser Tescadre dans Fignorance de ses destinées futures. Evidemment, dans les circonstances rappelées ici , Tamîral ne pouvait prévoir ce qu'on lui imposerait de Paris, mais d'une façon générale, le silence sur ses résolutions était un principe arrêté. Ne prenant conseil que de lui-même, il ne se livrait à aucune inutile confidence. S'il était un peu plus communicatif avec les officiers de son entourage immédiat, ceux-ci restaient d'une dis-
crétîon absolue, et jamais aucun projet formé par lui ne transpirait. On vivait donc sans savoir ce que Tavenir réservait. Le champ était ouvert aux suppositions et aux hypothèses. L'absence complète de courriers, de correspondances, de journaux, de communications quelconques permettait de faire toutes les combinaisons possibles. Les uns prétendaient qu'aussitôt le ravitaillement achevé, l'escadre entière se retirerait au Tonkin. Pour ceux-ci, les affaires de la rivière Min devaient garder le caractère d'une vengeance directe du guet-apens de Bac-lé, et cette vengeance assouvie, il n'y avait qu'à se retirer et à attendre l'effet de nos représailles sur l'esprit de la cour de Pékin. Les autres tenaient pour le bombardement d'Amoy. Beaucoup parlaient de renouveler les destructions de Fou-Chéou, du côté de Nangkin où la flotte de Shanghaï s'était retirée. D'autres enfin songaient à Port- Arthur. Ces derniers étaient, sans le savoir, de Tavis de lamiral, qui restait persuadé que pour avoir raison de la Chine il fallait Irapper le plus près possible de la capitale. L'expédition sur Port-Arthur lui tenait au cœur, comme le prouvent les lettres publiées récemment*; il s'était fait remettre, dans le courant de septembre, par le commandant de la Triomphante^ qui avait visité Port-
1. t L'occupation de Eelucg et le blocus de Fornioie iinmobiliierunt Hun
t forces Après Fou-Chéou, il fallait aller à Furl-Aithur : c'i'ht U qii'i it
« le nœud de la question, à moins que nous ne soyons forcÔH d'allrr tV l'ôt kin. • (4 décembre 1884.;
)80 CZf.C\DBK DE l'aMIELIL COL'BBET.
Ariharriut-lqucs mois auparavant, tonte nne série de ' rGn«eignementB, de plans et de photographies da nouvel amenai dn Petcbî-li.
Les faisenrs de projets annonçaient aussi la prochaine occupation de Kelung : ils prétendaient qae la prctcncc ininterrompue de deux ou trois de nos navire» sur ce point était la preuve certaine des vi- •éei du OoiivernementEurle norddeFormose.L'arrîvùc par le Tarn, Ja Nive et le Drac de 1,600 hommes d'inCantiTic et d'artillerie de marine, avec M. le lieutcnant-colonct Bertcaux-Levillain, donna créance aux bruits d'une occupation quelconque ctcongrma <[\iv. U: cabinet persistait dans sa résolution de tenir nn «aye.
K»t-il besoin de dire que la solution à laquelle le (Joiivcrncinent paraissait s'arrêter ne souriait que m^iliocremeiil aux officiers de l'escadre? D'abord t'cflicacilé d'uno occupation ne touchant pas le Cé- Iciste-Knipirc était problématique. Les Chinois sont d'unii race patiente et très capables de négocitr pundrint vingt ans la restitution d'un gage, ou d'iixoiccr pendant deux siècles des revendications sur un territoire qu'ils n'auraient pas cédé. Témoin Miicito. Mil second lieu, la prise de possession d'un point, '|iM>l qu'il fût, sauf Port-Arthur, ne devait iltJiiiiir Ih'Ii, de la part des navires, qu'à un bombunli'inriit plus ou moins long, et non pas à une de CCS uuiiiiiis vraiment maritimes pour laquelle chacun
des oflicierfi se sentait prêt. Les deux escadres du Peï-Iio et de Shanghaï n'étaient-elles pas le but indiqué aux coups de ces équipages tout frémissants encore de leur jeune gloire de Fou-Chéou ? Il y avait là d'autres lauriers à conquérir et tous, du plus grand au plus petit, en rêvaient une ample moisson. L'état de représailles devait empêcher la réalisation d'un si beau rêve.
Tout le mois de septembre se passa à Matsou. Dans les premiers jours, l'escadre connut quelques-unes des récompenses accordées à la suite des combats de la rivière Min. Tout d'abord le commandant en chef recevait la médaille militaire, précieuse et rare distinction qu'il avait vaillamment gagnée. MM. Peyronnet, Picard et Jacquemier étaient nommés capitaines de frégate, l'enseigne Olivieri devenait lieutenant de vaisseau, et les aspirants Samson, jLaugier, de Quincey, Layrle, Borgella et de Pagnac obtenaient le grade d'enseigne. En même temps, le ministre informait que les officiers suivants étaient mis au tai)loau d'avancement pour le grade supérieur : Boulineau, commandant du Château Renaud ; Gigon , commandant du Volta; Bonnaire et de Jonquièrcs, capitaines du Lynx et de Y Aspic ^ Douzans, commandant le torpilleur 46 ; Ravel, aide do cnmp do l'amiral ; les enseignes Deman, d'Agoult, Marius et Slottez. Enfin le lieutenant de vaisseau do Lapcyrère remplaçait M. Picard dans le commandement
de la Vtpère, Les 20 et 21 septembre, un coup de vent en forme de tjphon obligea l'escadre à allamer ses feux pour être parée à tout événement. Le 23, vint mouiller sur rade la corvette cuirassée VAtalante dont le commandant, M. Trêve, comparait SCS marins à 300 lions prêts à bondir! UAtalante arrivait de la baie d*Ha!ong où elle avait été remplacée par le Villars dans sa mission de surveillance du golfe du Tonkin. Le long et monotone séjour qu'elle avait fait sur cette rade inhospitalière justifiait la vivacité de l'image par laquelle 51. Trêve dépeignait la fougueuse impatience de ses homme^^.
Le 29, à quatre heures du soir, le Tarn, le Drac, la Nive, le Lutin et le Bayard appareillèrent pour Kelung au signal de Tamiral. Le lendemain, à la même heure, le La GaUssonniere, le d'Estaing et la Triomphante partirent pour Tamsui. UAtalante resta à Matsou, ainsi que le Lj/nx et le Volta, afin d'assurer les communications avec la station télégraphique de Sharp-peak.
C'est le 30 septembre, à neuf heures du matin, que l'amiral Courbet mouilla devant Kelung; il y trouva la Saône, le Château-Renaud et le Duguay- Trouin, 11 employa la journée de son arrivée à faire sur le Lutin une reconnaissance générale avec le colonel d'infanterie, et dès le soir, il donna les instructions pour la descente à terre qu'il avait fixée au lendemain 1*"' octobre.
PRISE DE KELUNG. 183
Les Chinois occupaient très fortement les crêtes sud et les hauteurs du sud-ouest qui dominent la roate de Tamsui. Dans l'ouest, s'élevait une haute colline, le mont Clément, facilement accessible, et dont le pied venait jusqu'à la mer. Elle commandait tous les sommets voisins et pouvait être considérée véritablement comme la clef de la situation. Aussi, est-ce au pied du mont Clément que les troupes devaient débarquer. Leur premier objectif était de s'établira son sommet, afin d'y monter et d'y établir une batterie. L'amiral se proposait de faire canonner de là, par les artilleurs, tous les ouvrages chinois, tandis que les troupes contourneraient la rade en suivant la ligne des crêtes pour en déloger l'ennemi, et que les canons des navires tireraient de leur côté pour appuyer le mouvement de l'infanterie.
Les troupes se composaient : d*un détachement de gendarmerie, de la batterie de canons-revolvers commandée par M. le lieutenant de vaisseau Barry, do la 23* batterie d'artillerie de marine, d'une section d'artillerie déterre, d'un détachement du génie, de 3 bataillons d'infanterie do marine placés sous lo commandement de MM. les chefs de bataillon Bor, Lange, Lacroix, enfin de coolies venus de Saïgon et d'Haï-phong. M. le colonel Berteaux-Lcvillaîn prenait le titre de commandant du corps expéditionnaire de Formose.
184 l'escadre de l'amibal courbet.
Le 1*'' octobre, à six heures du matin, le bataillon Ber quitta la Nive et se dirigea vers la terre. Quelques minutes après, le Bayard tira le premier coup de canon dans les broussailles du mont Clément. Toute l'escadre ouvrit aussitôt le feu dans la même direction ainsi que sur les crêtes où Tennemi se montrait, et d'où il ripostait avec ses canons de campagne et avec sa mousqueterie. Le débarquement s'opéra facilement vers six heures et demie au point désigné, sans que les embarcations fussent inquiétées. Les différents convois accostèrent la plage dans Tordre indiqué par l'amiral. Les troupes gravirent la colline tout en tiraillant sur les crêtes des deuxièmes chaînes et dans le fond d'une gorge par où s'enfuyaient les Chinois. A neuf heures, le mont Clément fut occupé. De cette position inexpugnable, le bataillon ouvrit un feu bien nourri sur un camp retranché que Tennemi ne tarda pas à évacuer précipitamment. Une compagnie, envoyée en reconnaissance contre un fortin assez rapproché, tomba dans une embuscade et dut se retirer ayant perdu 2 tués et 5 ou 6 blessés,
 midi, le bataillon Ber étant très fatigué par rt-xcc^sivc chaleur, fut relevé par les deux autres bataillons. Celui du commandant Lange prit position dans un fortin à côté du camp retranché, évacué le matin, et celui du commandant Lacroix sur le mont Clément, Ils y passèrent la nuit.
parsE DE KELL'îîa. 185
Le 2 octobre, au matin, les deux bataillons se mirent en marche simultanément et occupèrent sans la moindre résistance toutes les positions du côté ouest, celles qui dominaient la route de Tamsui. Ils ne rencontrèrent pas de soldats sur leur passage, et trouvèrent au contraire une population paisible. A sept heures, l'amiral s'était rendu à terre et à midi le pavillon français flottait sur les. forts.
Les crêtes de Touest étant toutes occupées et la résistance, au moins pour le moment, y paraissant brisée, i'amiral désigna pour occuper les hauteurs du- sud les compagnies et Tartillerie de débarquement des navires. Le 4, au matin, elles quittèrent leurs bords sous le commandement de M. le lieutenant de vaisseau Gourdon \ abordèrent auprès du bâtiment de la douane et constatèrent que tout était abandonné par les troupes chinoises, même la ville où se montraient seulement quelques indigènes inofifensifs. Les marins s'installèrent dans les positions qui leur avaient été assignées comme but et y furent bientôt relevés par le bataillon Ber. Dans la journée, on hissa sur diflférentes hauteurs 2 canons de 80, 2 de 12 et des canons de 4. Nos pertes totales, dans ces trois journées, avaient été de 5 tués et 12 blessés.
1. La conduite de ce débarquemeut valut à M. Gonrdon le grade de capitaine de frégate.