‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 26 sur 40 · Livre jaune. Note do. 26 nove.nbre de lorJ Granville · texte numérisé non relu

Livre jaune. Note do. 26 nove.nbre de lorJ Granville

2. Ëxti-ait d'une correspondance de Chine datée da mois d'août 1885 :

( Un antre épisode intéressant est la rétrocession aux anciens propriè- ( taires des navires de la compagnie de vapeurs chinois {China iterehants

• Steam Navigation Co.)^ k partir du l«i- août. Vous yous rappelez que, pen<iant

• la guerre, ces navires furent yendus pro forma k une maison amérlcaîoe ' de notre ville, afin qae les Français ne pnssent pas s'en emparer. Les t Chiuo'.s reprochèrent alors beaucoup cette transnclioa à Li-Hung>Chang;

• ilii alla'eut jusqu'à insinuer qu'il eu avait tiré de gros bénéfices.

' La vérité est que, par une manœuvre habile, il a sauvé, pour son pay$,

• t >ute cette flotte marchande au moment des hostilités. Il est vrai qu'un &

• su plus tard que la transaction n'avait pas de valeur réelle, les lois a.né-

• ricaines ne permettant à aucun navire de porter le drapeau américain

• dans les circonstances pareilles ; par conséquent, les État-i-Unis n'auraient « pas protégé ces navires eu cas d'attaque. >

dans cette île, comme ils le faisaient depuis plusieurs mois, en toute sécurité, troupes, armes et munitions.

Dès le lendemain de la malheureuse affaire de Tamsui, le commandant en chef avait envoyé le d'Estaing devant Taï-wan où les forts lavaient salué au passage de quelques obus assez bien envoyés malgré la distance de plusieurs milles. Le blocus existait donc de fait à Taï-wan, à Tamsui et à Kelung loi*s de la déclaration officielle du 20 octobre ; à Tamsui se trouvaient le La Galissonnière^ le Diiguay-Trouin, le Château-Renaud; à Kelung étaient le Bayard, le Lutin^ Y Aspic et la Nive, UAtalante restait toujours à Matsou pour assurer les communications télégraphiques avec la station de Sharp-peak, tandis que le Volta et le Lynx allaient et venaient entre Matsou et Kelung pour le service des dépêches de l'amiral. Quant à la Triomphante, elle avait été envoyée le 14 octobre à Saïgon pour y changer un canon de 24 qui avait éclaté le 8 en tirant sur les forts de Tamsui.

Vers la même époque, Tescadre de TExtrême- Orient avait été renforcée par trois croiseurs : Rigaultde-Genouilly j commandé par M. Richard; Nielly, commandé par M. le capitaine de vaisseau des Essarts ; Champlain, commandé par M. le capitaine de frégate Martial. En outre, le Villars était revenu du Tonkin où le Parseval Tavait relevé. L'amiral avait pu ainsi , grâce à l'arrivée de ces navires , diviser le blocus en deux zones, la zone nord et la

x: T * *;lL fc.itiii.uiii i-f^^i* ^ifisbniî Ââisftit par Tofficier u*: ^lA «±i.-tT± ftiL z:r3ftà& i^iii k- pSoff ancien qui sV

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A Keîni:^. ies naviirsb& éiaïent en perdition un jour tur <ieax, et les^ oâeîers acgiiais de Hong-Kong- qui eondÀÎèsaieni les dar.gers de ces parages, engageaient des paris sur la perte des nai^res français. On n* entendait parler que de chaînes cassées et d'ancres perdues. 11 faîlait que Thélice fût constamment prête â tourner et, ce qui est plus difficile, qu'elle pût partir à la seconde : sinon, une catastrophe était imminente. A ce métier, les machines et les chaudières surtout fatiguaient énormément : au mouillage, suivant la force de Ja brise et de la houle, les navires conservaient sous pression la totalité ou une partie des chaudières. On balançait et purgeait la machine toutes les dix minutes. Les mécaniciens se surme-

naient. La moitié du personnel demeurait toujours aux postes de manœuvre, l'autre moitié restait prête à lui donner la main au premier signal.

Le 14 octobre, quand la mousson s'établît, elle débuta par un coup de vent soudain et violent : à Kelung, le Bayard brisa trois chaînes* ; à Tamsui, la Triomphante chassa et manqua de tomber sur le Duguay-Trouin, Le lendemain, tous les navires furent obligés de dérader. Un jour, pendant un appareillage, un cabestan se souleva dans un coup de tangage, tua un homme et en blessa plusieurs autres. Une autre fois, un bâtiment arrivant à Kelung mouilla son ancre, la chaîne cassa; une seconde ancre, sa chaîne cassa encore. Il lui restait bien ses deux ancres de veille, mais elles n'étaient pas jalées. Il sortit donc aussitôt pour aller au large mettre en état ses deux dernières ancres. A peine fut-il dehors, que la mer enleva ses embarcations disposées déjà pour la rade.

Les difficultés se décuplaient pendant les traver-

1. Le détail des tribulations du Bavard pendant cette jjtirnée est curieux à connaître. Xe voici : A 1 heure de l'aprôs-midi, il monille, en plomb do Bonde, sa deuxième ancre de bossoir, celle de tribord. Â 5 heures et demie, en voulant filer de la ciiaîae à bâbord, le palan d'étrangloir casse, la chaîne file par le bout. On appareille et on mouille l'ancre de bossoir de tribord en filant trois maillons. A 7 heures, la chaîne de cette ancre se casse. On mouille Pancre de veille de bâbord, puis l'ancre de veille de tribord. A 8heures,il faut relover celle-ci pour s'écarter d'un rocher. Le lendemain, en changeant de mouillage, un coup de tangage casse la chaîne de veillede tribord. Il ne reste plus que la chaîne de veille de bâbord. Bile résiste ! Mais le cabestan a été brisé dans toutes les secousses qu'il a eu à subir. Pour donner une idée de la mer énorme qui s'engouffrait dans la baie, il suffira de dire qu'une des baleinières du cuirassé avait été enlevée sur ses poi*tcmanteaux par la mer dans un coup de roulis.

213 l'esc-\dre de l'asibal COUaBET.

séea qai , en rabon de rargenee des missions y se faisaient coûte que coûte, à grande vitesse, à travers les plus grosses mers de la mousson. Si un navire allait de Tamsni à Taî-wan, ce vovage, si simple en apparence, pouvait se transformer en une odyssée dans le genre de celle-ci : dès le départ, coap de vent violent qni obligeait à mettre à la cape; le lendemain, la côte de Chine était reconnue et le croiseur se trouvait contraint dy chercher un abri. Le vent diminuant, il faisait route sur Formose. II 1 atteignait à grand'peine et j mouillait. Second coup de vent. U était obligé de dérader : en appareillant, il cassait une chaîne. II s'en allait alors aux Pescadores pour attendre la fin de la bourrasque. Une seconde chaîne se cassait à ce nouveau mouillage. On avait raison d'appeler la côte de Formose le tombeau des ancres. Chaque grand transport laissait une des siennes à Tescadre, et de plus on était obligé d'en expédier directement de France à presque tous les navires.

A ces rigueurs de la croisière, s'en ajoutaient d'autres : les vivres frais manquaient et les conserves constituaient la base de la nourriture. Ce régime ne pouvait convenir, on le comprend facilement, à des équipages déjà fatigués par les premiers mois de la campagne et qui trouvaient là un climat humide, rendu plus malsain encore par le voisinage d'une île où la dysenterie était endémique, où la fièvre faisait de cruels ravages.

Cette existence mouvementée et féconde en péripéties dura pendant toute la mousson du nord-est, c'est-à-dire pendant près de six mois, ne laissant que de bien rares et bien courts moments de répit. On en était arrivé à considérer comme des élus du ciel, les favorisés qui allaient de temps en temps à Hong- Kong pour ravitailler leur navire en vivres ou en charbon. Ils avaient la bonne fortune de passer quelques heures sur une rade tranquille et lavantage inappréciable de se retremper dans un milieu européen et civilisé. Aussi de quelles commissions on les accablait ! Provisions de table, vêtements, chaussures, papier, allumettes, on manquait de tout et on avait besoin de tout. La seule satisfaction donnée à Tcscadre pendant celte dure croisière était Tarrivée très régulière des courriers d'Europe. Oh ! ces courriers de France ! avec quelle impatience on les attendait. Eux seuls pouvaient changer le cours des idées en parlant de la patrie absente ou du foyer abandonné et faisaient oublier pour quelques heures les misères et les privations de chaque jour. A la demande de l'amiral, les paquebots ordinaires des Messageries maritimes, qui vont de Hong-Kong au Japon, touchaient àKelung et, ainsi, les correspondances parvenaient facilement aux bloqueurs de Formose. Les Messageries avaient cessé depuis le mois de septembre de desservir Shanghaï où leurs navires de la grande ligne n'auraient plus été en sécurité. Ceux-ci s'arrê-

220 l' ESC AD HE DE L*AMIRAL COURBET.

taient à Hong-Kong : la compagnie affrétait alors des steamers anglais et, par eux, faisait saivre sur Shanghaï passagers, correspondances et marchandises.

Si l'on veut bien, en pensant à ce long stationnement sur la côte de Formose, ne perdre de vue ni les difficultés d'une navigation périlleuse, ni les rigueurs d'une saison inclémente, ni les privations d'une campagne de guerre, on se persuadera aisément que dans les inter\'alle8 qui séparaient les brillants faits d armes de Fou-Chéou, de Sheï-poo, des Pescadores, il y avait pour l'escadre de FExtrême-Orient une vie singulièrement rude et ingrate. Elle a parfois été à l'honneur, elle a été longtemps à la peine.

Le blocus fut inauguré par une jolie capture. Le 30 octobre, le La Galissonnière, en route vers le sud, rencontra une canonnière chinoise qui lui signala par le Code commercial « Bâtiment de la douane ». On le visita; c'était effectivement le Feïho, bâtiment portant pavillon chinois, commandé par un Anglais et relevant du commissariat des douanes impériales qui l'employait ' au service des phares. Le capitaine assurant qu'il allait ravitailler le phare de la pointe sud, l'amiral Lespès lui permit de continuer sa route, puisqu'après tout ce phare nous était fort utile à nous-mêmes. Mais il obligea le commandant à donner sa parole d'honneur de ne communiquer avec aucun

1. Avec deux autres caaonnières nommées Ling-Feng et KtcaSeng.

autre point et de ne mettre à terre ni contrebande de guerre, ni soldats. Le capitaine enhardi demanda, mais se vit refuser, un laissez-passer lui permettant d'échapper à la visite de nos croiseurs. Cette mesure de défiance était utile, car le l*"" novembre, vers cinq heures du soir, le La Galissonniere l'aperçut se dirigeant, non vers le phare, mais bien sur Taï-wan. Il lui signala de venir se faire reconnaître et lui tira même un coup de canon à boulet, sans réussir toutefois à lui faire changer de route. L'amiral fit alors garder soigneusement Tentrée de Taï-wan par le Lutin, le Villars et le â/Estaing, et quand le lendemain^ de grand matin, le Fei-ho quitta le port, il fut arrêté net. L'amiral Lespès informa le capitaine qu'il capturait son navire pour avoir forcé le blociis. Un lieutenant de vaisseau du La Galissonniere y M. Vuillaume, fut désigné pour le commander ; il alla en prendre possession avec quelques hommes et le conduisit à Kelung, à la disposition du commandant en chef qui s'empressa de le garder et de l'utiliser pour les besoins de son escadre *.

Le mois de novembre se passa sans événement notable. Le 13, la Triomphante reçut l'ordre d'aller en croisière entre Tamsuî et Taï-wan. Un point avait été signalé comme pouvant servir de débarquement à

1. L'équipage fut laissé à bord du Féi-ho. Le capitaine et les quatre officiers furent détenutj à bord des différents navires.

des troupes chinoises parties de Shanghaï avec du matériel d'artillerie, sur le steamer anglais Waicerley. Un violent coup de vent qui éclata du 13 au 1^ permit au navire anglais d'échapper à la poursuite de la Triomphante et de s' acheminer tranquillement, non pas sur Formose, mais le long de la côte jusqu'à Pakhoï, où, selon les journaux de Hong-Kong, il débarqua facilement le matériel et les troupes dont il était porteur. Le 15, le Rigault-de-Genouilly perdit treize hommes par suite de l'explosion d'une chaudière.

A Kelung, un engagement avait eu lieu, à terre, les 13 et 14 novembre, sans grand résultat apparent, malgré la mise en fuite des Chinois. Nous nous étions un peu avancés et les deux camps ennemis n'étaient plus qu'à 500 mètres l'un de l'autre. Depuis lors, la fusrillade s'échangeait entre eux journellement.

Le voisinage de l'ennemi n'était pas cependant la plus grave des préoccupations du commandant en chef. L'état sanitaire devenait détestable. Il restait à peine mille hommes valides sur les seize cents qui avaient été débarqués le 1" octobre. L'hôpital installé dans les bâtiments de la douane contenait, vers la fin de novembre, près de 350 malades. Les autres étaient morts ou rapatriés. « En deux mois, écrivait l'amiral, nous comptons un vingtième de morts, autant de renvoyés en convalescence, et en plus, bien des malades ou des exempts de service. Bref, il nous

reste les deux tiers à peine de Tefifectif primitif capable de porter les armes. » De quoi mourait-on? De bien des choses, mais surtout d'un mal que, par un euphémisme discret, les médecins voulaient bien appeler « accès algide » et que les hommes nommaient la maladie^ comme si le mot, choléra, eût été trop effrayant à prononcer ou à entendre.

Toutefois, la sollicitude de Tamiral* était si constante et -si vive que le découragement ne s'emparait de personne. Chaque jour, malgré la pluie, malgré le vent, malgré la mer, malgré ses écrasantes occupations, il quittait le Bayard pour aller faire sa tournée aux ambulances; avec un mot il redonnait confiance à ces pauvres gens, victimes de la fièvre ou de la dysenterie, et il se faisait un devoir de suivre jusqu'au cimetière le convoi de chaque officier mort à la peine. Il envoyait, de temps en temps, à terre la musique de son navire pour distraire un peu les malados et les convalescents. Aussi, malgré tout, le moral des troupes, comme celui des marins, se maintenait excellent. Les attentions que le chef prodiguait à tous en étaient seules la cause. On l'a dit excellemment et il faut le répéter encore : « Ces milliers « d'hommes qui se battaient ici avaient remis chacun «f sa propre existence entre les mains de ce chef, « trouvant tout naturel ,qu'il en disposât, quand il « en avait besoin. Il était exigeant comme personne; «< cependant contre lui on ne murmurait jnoiais, ni

224 LBSc.uiaB de l'amihal couhbht.

'«^ sea soldats, ni aea matelot», ni même toate ceite T troupe étrange de ^ zéptyr» », d'Arafaea, d^ÂJina- < mitea qa'îl commandait anaei ^. > Bien plo», la foi dana le saceès final demenraît inébranlable.

A Tamsaî, la situation n'arait pas changé. Les f.'binoia accnmnlaîent défenses snr défenses autour de la ville et à Tentrée de la rivière, mais pas an coup de canon n'était tiré de part et d'antre. Xos bâtiments se bornaient à garder le blocns, voire même à faire des amabilités à ce pauvre aviso anglais, le CockêhafeTy qni n'avait pas boagé de son moai liage et qni ne pouvait en bouger.

A la fin de ce mois de novembre, T escadre avait été renforcée par un nouveau croiseur, ï Eclairent, distrait de la station du Pacifique et commandé par M, Je capitaine de frégate Léopold Foumîer. Quelques jours avant, M, Le Pontois, second du Villars, avait succédé dans le commandement du Château- Renaud à M. Boulineau, nommé capitaine de vai»geau ; celui-ci avait remplacé sur le Duguay-Trouin M. de Pagnac, promu contçe-amiral. Au même monif nt était arrivée la liste des décorations décernées k la suite des combats de la rivière Min. MM. Baux et Viviclle étaient faits commandeurs. Les capitaines (le frégate Martin, Sango et Monin devenaient officiers. Enfin, étaient nommés chevaliers les lieute-

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