‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 37 sur 40 · LE TRAITÉ DE PAIX · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE PAIX

de la paix, la venue du traité de Tien-Sin ne fit que hâter la restitution de toutes nos prises : territoires ou navires.

Le 2 juin, en vertu d'un arrangement spécial, on avait déjà fait la remise du Fei-ho à l'administration des douanes impériales. Ce ne fut pas sans satisfaction que dans Tescadre on se vit débarrassé du capitaine et des quatre officiers européens de cette canonnière. Prenant leurs repas à la table des étatsmajors, logés soit sur le Bayardy soit sur la Triom,' phante ou sur les transports, ils étaient les hôtes les plus gênants qu'on pût imaginer. On les avait traités pourtant avec mille égards. L'amiral, pour des raisons faciles à comprendre, s'était seulement réservé le droit d'ouvrir leurs correspondances et de leur interdire toute communication avec la terre. Certes, leur sort ne pouvait être considéré comme enviable et V air pur de la liberté aurait été sans doute préféré par eux à la détention qu'ils subissaient. Toutefois, ce n'était pas là ce qu'ils regrettaient le plus. Ils se plaignaient avant tout d'être mal nourris. Les menus peu variés qu'imposait le blocus de Formose ne trouvaient pas grâce devant eux. Dans une lettre de protestation insérée dans un journal de Hong-Kong, ils exposèrent tous leurs griefs: médisant amèrement du vin de nos cambuses et se plaignant du retour trop fréquent du bœuf de conserve. Notre cuisine aussi — cette cuisine française, dont nous sommes

350 l'escadre de l'amiral codrbet.

8Î fiers — était dans cette lettre fort maltraitée. De la part du capitaine c'était là de Foubli, sinon de l'ingratitude. Il nous souvient que, dix-huit mois plus tôt, pendant un séjour à Amoj, convié à dîner sur la Triomphante, ce même capitaine avait paru apprécier hautement Tordonnance du festin et, à en juger par la gaieté exubérante qu'il montrait au sortir de table, on pouvait croire qu'il avait ausei rendu longuement hommage à la générosité des vins de France.

Le 15 juin, le Wawerley partait pour Saigon et de là allait à Hong-Kong, pour être remis à son ancien capitaine — qui faisait, du reste, toutes sortes de difficultés au lieutenant de vaisseau chargé de cette restitution. Quant au Ping-on, il se rendait également  SaYgon où il devait désarmer.

Ce même jour, à 4 heures du soir, Lutin, Annamite, Tonkin et La Oalissonniere appareillaient pour Kelung. L'amiral Lespès allait diriger , en personne, l'évacuation de Formose. Il n'y avait plus de matériel dans l'île depuis longtemps; seules, les troupes occupaient encore leurs positions. Une entrevue des plus correctes eut lieu à bord du navire amiral entre le commandant de l'escadre et les généraux chinois. On y régla les détails du départ du corps expéditionnaire. Nos ennemis firent preuve en cette circonstance d'une parfaite dignité et d'une absolue sincérité. Tout se passa sans incident : les mesures

LE TIlAITÉ DE PAIX. S51

preseriteB par ramîral lieepèe aœnrèrent l'ordre le plus complet pendant les trois jours qne d'arèrent les opérationfi de I^éracnation. Au fur et à raecore qae nos fioldate quittaient une position, elle était immédiatement occupée par les troupes diinoises et les crêtes que nous abandonnions se courraient aussitôt des grands drap^iux multicolores du Céleste-Empire. Mais pas la moindre démonstration bmjaote,, rien qui nous fît sentir notre érinoement, rien qui pût bleœer notre légitime susceptibilité. Lte 21 juin, à 9 heures du matin, les derniers détachements embanjuaient à bord des navires. Quand, le dernier de tous^ le colonel Duchesne quitta le quai de Kelung, le pavillon français qui flottait encore sur la maison de la douane, fut amené et salué par le La Galissonntère de 21 coups de canon.

A midi, les bâtiments appareillaient et faisaient route sur les Pescadores. Nous n'avions plus un seul

soldat à Formose De notre séjour de neuf mois

sur cette terre inhospitalière, il ne restait plus qu*un souvenir, et dans le fond de la rade, sur le rivage même, comme pour attester notre passage, un grand et triste cimetière où dormaient du sommeil éternel, 21 officiers ou adjudants et plus de 600 soldats ou marins.

Formose abandonnée, la dislocation de l'escadre commença, marchant de pair avec l'évacuation des Pescadores. Chaque jour de la fin de juin vît partir

■ m I ■■ ' M iipMiegg ^yBiw ^

l'un des navires. Le d'Estmng et le Kerguelen s'en allèrent les premiers, remorquant jusqu'à Saïgon les torpilleurs 50 et 44; de là, ils firent route pour la France. Le Villars et YÉclaireur les suivirent, ainsi que le Château-Yquem emmenant à Halong troupes, artillerie et mulets. Puis Y Annamite rapatriant les malades, le Dugtuiy-Trouin et le Château-Renaud, rentrèrent en France ; le Magon et le Fabert rejoignirent la station du Pacifique et le Rigault^-Genouilly la station du Levant. Peu après, VAtaîante alla désarmer à Saïgon et le Nielly rallia la station de la mer des Lides, tandis que le La Clocheterie, le Lutin et la Comète se dirigèrent sur le Tonkin, aux ordres du général de Courcy.

Le 1^' juillet, il ne restait plus à terre, à Makung, que des troupes ; le matériel avait été embarqué et dirigé sur le Tonkin, sur la Cochinchine ou même sur Madagascar. Depuis le départ des malades sur V Annamite^ l'ambulance ne contenait que des convalescents, presque des valides. Le Cachar avait pris à son bord l'effectif presque entier du corps d'occupation, à l'exception d'une centaine d'hommes d'infanterie de marine et des personnels administratif et médical. Tout était prêt pour faire, au premier signal, l'évacuation définitive. L'amiral n'attendait qu un dernier télégramme pour tout abandonner.

Le 22 juillet, cet abandon se consomma. Comme à Kelung,le pavillon français naguère victorieux sur

Page 1