IX-nrv». Pierre LoU
BOMBARPEMENT DE THUAN-'AN. 19
bravoure. Heureusement pour nous, ils n'ont pas levé le pont-levis. Une cartouche de fulmî-coton, placée par les torpilleurs du lieutenant de vaisseau Gourdon, fait sauter la porte d'entrée et, à 9 heures, le commandant pénètre dans le fort avec l'enseigne Olivieri. A 9 h. 5 m., le pavillon tricolore remplace au sommet des fortifications le grand étendard jaune de FAnnam. Les Annamites, pris de terreur devant BOUS, ont fui au milieu d'une bousculade insensée, se jetant par-dessus les murs, se précipitant dans la rivière et abandonnant morts et blessés par centaines.
Les deux principaux ouvrages de l'entrée de la lagune étant évacués, il restait à franchir le barrage de la rivière. Dans l'après-midi, la Viplre et le Lynx y réussirent en essuyant les dernières salves d'artillerie de l'ennemi. Le^ capitaines, MM. Lejard et Blouet, firent preuve d'une ténacité et d'une énergie remarquables ; ils s'avancèrent audacieusement, ripostant avec vigueur, tandis que de la haute mer, le Boyard et le Château- Renaibd contribuaient à mettre en déroute les derniers défenseurs. Vers le soir, le feu de l'ennemi était éteint, et dans la nuit, les forts occupés par nous.
A 3 heures du matin, on vint prévenir M. Harmand, qui s'était rendu à terre, que le ministre des affaires étrangères de Hué venait en parlementaire avec un évêque comme interprète. Une suspension
d'armes de 48 heures fut convenue, maïs M. Harmand déclara qu'il ne voulait traiter qu'à Hué même. L'armistice portait l'évacuation des douze forts intérieurs, l'enlèvement des barrages, la destruction des munitions et la restitution des deux derniers navires existant encore* parmi ceux concédés à Tu-Duc en 1874. Sans attendre la fin de h suspension d'armes qui avait été accordée, le commissaire général se rendit à Hué et s'installa avec M. de Champeaux à la légation de France. De là, il adressa au gouvernement annamite un ultimatum où, après avoir rappelé les nombreux griefs que nous avions à faire valoir, il indiquait les conditions d'une paix acceptable.
Le 25 août, après une longue discussion, le traité fut signé. En voici les principales clauses : Le protectorat sur l'Annam et le Tonkin est reconnu ; la France annexe la province de Binh-Thuan à la Cochinchîne; elle occupe militairement et d'une façon permanente les forts de Thuan-an ; les troupes annamites du Tonkin seront rappelées; la France se charge de chasser les Pavillons-Noirs pour assurer la liberté du commerce : enfin le représentant de la France jouira du privilège, toujours refusé jusqu'alors, des audiences personnelles auprès du souverain.
l. Mais dans qacl eut !
Les plénipotentiaires annamites ayant demandé la réouverture la plus prochaine de la légation, M. de Champeaux fut nommé, par le télégraphe, résident à Hué. Il s'y installa le l*"" septembre. Le 18, Tamiral Courbet quittait la baie de Tourane pour Halong avec le Bayard et le Lynx, Le Château- Renaud et la Viplre restaient à Thuan-an, où venaient d'arriver le torpilleur 46 et la Javeline, remorqués par les transports Saône et Drac, Peu de jours avant, le blocus de TAnnam avait été déclaré et notifié par Tamiral Courbet. '
Ce fait d'armes était tout à l'honneur des canonniers, dont le tir avait été excellent, et des compagnies de débarquement, dont l'entrain avait largement contribué au succès. Quant à l'infanterie de marine, elle était restée à la hauteur de sa renommée de vaillance et de discipline. A la suite de cette affaire, le commandant Parrayon fut fait commandeur de la Légion d'honneur; le chef d'état-major , M. de Maigret, nommé officier, et MM. Poidioue et Amelot, chevaliers. M. Lejard passait capitaine de frégate et restait à Thuan-an comme commandant supérieur; MM. les lieutenants de vaisseau Gourdon et Blouet étaient mis au tableau d'avancement ainsi que l'enseigne Olivieri,
depuis le traité de hué jusqu'à la convention de TIEN-SIN
(23 août 18S3 - 11 mai 1884.)
Le coup de vigueur de la division du Tonkin devant les forts de Hué avait mis entre nos mains les clefs de la capitale de TAnnam; un traité de paix avait été signé: il semblait donc que la solution de la question tonkinoise dût être proche. Il n'en était rien. D'abord, dans Tapplication du traité, nous commettions nous-mêmes des erreurs fondamentales en oubliant que dans TAnnam, plus qu'ailleurs, la méfiance est mère de la sûreté *, en exagérant outre mesure la confiance qu'on devait aux mandarins de Hué, et surtout en ne faisant pas tomber résolument les têtes de ceux de ces mandarins qui, tout en protestant de leur amitié pour nous, demeuraient de connivence avec les réguliers et les pirates chinois. D'un autre côté, chose beaucoup plus grave, la
1. Lorsque ces lignes furent écrites, le guet-apens qui attendait & Hué le général de Courcy n'avait pas en lieu. Il leur donne une consécration do vérité qu'on ne pouvait supposer.
Chine ne voulant pas reconnaître à TAnnam le droit de traiter directement avec là France, continuait à soutenir de ses armes, de ses soldats et de son argent, tous ceux qu'il était convenu de désigner sous le nom de Pavillons-Noirs. Aussi, malgré le traité, la situation restait la même.
A la suite des combats du 15 août et du l®' septembre, les Pavillons-Noirs avaient été refoulés sur la rive droite du Day. Mais, malgré leur défaite, ils n'en demeuraient pas moins en face de nous, n'ayant pas de meilleurs ni de plus sûrs auxiliaires que les mandarins annamites, rendus confiants par notre mansuétude à leur égard. Sur ces entrefaites, de graves dissentiments s'étant élevés entre le général Bouët et le commissaire civil, le général rentra en France et le gouvernement confia à l'amiral Courbet la direction des afi^aires militaires.
L'amiral quitta le Boyard avec son chef d'étatmajor, M. de Maigret, ses aides de camp, MM. Ravel et de Jonqgiières, et vint établir son quartier-général à Hanoï (26 octobre). Il avait pris sur ses différents navires et amenait avec lui 600 hommes des compagnies de débarquement ou de l'armemeift des canons de montagne. Des renforts étaient attendus de France. Dès leur arrivée, l'amiral entreprit contre Son-Tay, la plus forte et la mieux défendue des citadelles tonkinoises, cette campagne de quatre jours qui demeurera, avec le siège de Tuyen-Quan, le plus
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glorieux épisode de la conquête du Tonkin (14, 15, 16, 17 décembre). En attaquant Son-Tay avant Bac-Ninh, Tamiral avait pensé que les Pavillons- Noirs, une fois refoulés sur le haut Song-Koï, leur repaire de Son-Tay enlevé, Bac-Ninh et les réguliers chinois deviendraient une proie facile.
Les événements ont démontré la justesse de ces prévisions. Son-Tay occupé, Tamiral se disposait à reprendre le cours de ses succès, quand il fut remplacé par le général Millot (12 février). Le grade de vice-amiral qu'obtint le 1**^ mars le vainqueur de Son-Tay, ne tempéra que médiocrement Tamertume et le regret que lui causait son remplacement. Un mois après, jour pour jour, Bac-Ninh était entre nos mains. Le 12 avril, c'était le tour de Hong-Hoa. Le Delta était entièrement conquis.
Puisque la Chine nous faisait ouvertement la guerre, puisque le marquis Tseng, dans sa correspondance avec les aflFaires étrangères, et Li-Hung- Chang dans un entretien avec M. Tricou, avaient avoué tous deux que des troupes impériales chinoises étaient au Tonkin, et notamment à Bac-Ninh, il eût . semblé naturel de répondre à la guerre par la guerre. Mais le Gouvernement crut ne pas devoir la déclarer, et les deux divisions Je Chine et du Tonkin restèrent immobilisées, l'arme au bi*as, pendant tout cet hiver (1883-1884), alors qu'il leur eût été facile de se répandre sur les côtes de la Chine, de bombarder
26 l'esca^dre de l^a:^irâl courbet.
ses ports, de rançonner ses villes commerçantes, de ruiner sa marine, de couler ses jonques.
Nos navires avaient là un rôle tout tracé et tout indiqué à remplir: ils eussent ainsi répondu énergiquement et efficacement à la guerre qui nous était faite sur terre. Le cabinet français ne voulait pas en venir à cette extrémité. Son constant souci, durant le cours de ces difficultés, fut de respecter les intérêts des neutres. Or, c'eût été léser ces intérêts que de bombarder des ports et rançonner des villes où les étrangers remportent toujours sur les Français, comme nombre, comme crédit et comme chiffre d affaires \ De ce souci, peut-être exagéré, mais à coup sûr défendable, naquirent toutes les hésitations du Gouvernement devant les mesures de violence et de coercition ; si Ton a le droit de s'étonner parfois de sa longanimité, il est juste aussi de reconnaître que sa politique prudente nous a évité toute complication avec les puissances neutres.
Ainsi qu'il a été dit déjà, la division de Chine avait été réunie à Hong-Kong dès la fin de juillet. Le 3 août, elle fut renforcée par la Triomphante, et le 12 septembre par le Tourmlle, Quand cette division, imposante à la fois par le nombre et par la qua-
1. Sa 18^1, le eomm(»rce à^ U Chine pur frontière maritime a été tie 1 milliard 100 mlUions, dont $66 millions sous pavillon anglais et 124 son» pavillon français ; le reste est réparti entre les parillons japonais, allemand, rnsse et américain. En ontre, de port à port, le cabotage s'est élevt à plus de 1 mlUiard, dont 600 miUions sous pavillon anglais
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lité des navires, fut ainsi complétée, il vint à Tidée de chacun de ceux qui se trouvaient à bord, que l'heure était peut-être venue des belles choses à accomplir. Un réel entrain animait les états-majors et les équipages; leur amour-propre national avait déjà souffert des atermoiements dont on usait vis-à-vis d'un peuple solidaire après tout, de la guerre que ses vice-rois nous faisaient au Tonkin. Ils trouvaient que le moment d'en finir était venu, et ils sentaient qu'on avait le moyen d'agir. Il était au moins prématuré d'entretenir ces patriotiques espérances : la marine devait rester longtemps encore inactive.
En effet, la Victorieuse, frégate amirale, ne quitta le mouillage de Hong-Kong que pour rentrer en France le 10 mars 1884. Le Tourville passa le mois d'octobre au Japon, puis il vint à Amoy et de là gagna Hong-Kong pour y rester jusqu'à son retour en France, le 4 mars. La Triomphante visita en octobre Amoy, Shanghaï, Tchefou, Port-Arthur, Ning- Haï. Le 19 novembre, elle revint à Amoy où elle resta jusqu'au 3 février. Après quoi elle retourna à Hong-Kong et y demeura un mois et demi.. Le Villars se rendit en septembre à Shanghaï pour protéger nos nationaux dans le cas où l'émeute qui avait éclaté à Canton aurait eu son contre-coup dans le nord; il y resta jusqu'en décembre, époque, où il alla prendre à Halong un commandant, un état-
28 l'escadre de l'amiral codrbet.
major et un équipage nouveaux que le Mytho lui amenait de France. Puis il rentra à Hong-Kong* pour deux mois.
Le Volia fut mieux partagé. Envoyé à Shanghaï, le 24 août, pour y relever le Kersaint^ il se mit à la disposition de M. Tricou, titulaire de la légation de France au Japon, envoyé en mission en Chine, après le départ de M. Bourée, pour essayer dy négocier la question du Tonkin. M. Tricou avait rencontré Li-Hung Chang à Shanghaï, alors que le vice roi du Petchili se rendait dans le sud pour prendre le commandement des forces militaires, et il avait tenté de lui faire rebrousser chemin : le viceroi, qui n'est pas un foudre de guerre, avait facilement consenti à remonter jusqu'à Tien-Sin. M. Tricou jugeant utile de l'y rejoindre, s'était embarqué le 13 septembre sur le VoUa qui l'avait conduit à l'entrée du Peï-Ho (16 septembre). Là, notre envoyé extraordinaire voulut mettre à profit l'expérience que le commandant Fournier avait acquise pendant son récent commandement du stationnaire de Tien- Sin. Il savait que le jeune commandant du Volta était très au courant des choses de la Chine et qu'il 8*était fait l'ami personnel du vice-roi et de son entourage : il demanda donc au ministre de la marine que M. Fournier lui f&t adjoint pendant la durée de sa mission près de Li-IIung-Chang. Les négociations entamées n'aboutirent pas. M. Tricou se rembarqua
rthi^ .^M
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le 2 novembre sur le Volta qui le conduisit au Japon, où il avait à rompre son établissement, et de là à Hong-Kong où le Volta resta jusqu'au mois d'avril. Un seul incident marqua ce séjour. Les Chinois ayant répandu le bruit que si un navire français osait remonter à Canton, il serait reçu à coups de canon, le Volta s'y rendit, l'équipage au poste de combat. Ce fut une précaution inutile. Les forts de Bocca-Tigris restèrent silencieux et les Chinois convaincus de fanfaronnade.
Le Lutin fut envoyé à Canton au lendemain de l'émeute qui y éclata le 10 septembre; il y séjourna jusqu'au mois de juin, n'interrompant cette monotone relâche que par de courts et rares voyages à Hong- Kong.
Le Kersaint^ qui était à Shanghaï depuis deux mois aux ordres de M. Tricou, y fut relevé par le VoUa à la fin d'août. Amvé à Hong-Kong le 7 septembre, il en partit peu après pour la baie d'Halong d'où il devait rentrer en France. Les événements le maintinrent dans la division du Tonkin plus qu'on ne pensait. Le Duguay-Trouin, qui faisaitpartie de la division du Levant, était à Smyrne quand il reçut l'ordre (le 15 décemibre 1883) de venir renforcer la division de Chine. Il arriva sur rade de Hong-Kong . le 30 janvier.
Le rôle de la division du Tonkin, pendant cet
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hiver 1883-1884, fut sans doute tout aussi ingrat, mais en revanche plus actif et plus pénible que celui de la division de Chine. Au lendemain du traité de Hué, l'amiral Courbet avait déclaré le blocus des côtes de TÂnnam. Il s'agissait de le rendre effectif et c'est à cette besogne que sa division fut employée. S'il n'y avait pas de commerce à entraver ou à détruire, il était du moins nécessaire d'empêcher l'introduction des armes et le débarquement des troupes.
La baie d'Halong était naturellement indiquée comme point de concentration et de ravitaillement de la station navale. On sait qu'elle offre un excellent mouillage pour les navires de toutes dimensions. Les milliers de rochers qui la défendent de la mer font d'elle un abri sûr même en cas de typhon, comme l'événement Ta prouvé au mois de décembre 1883. Sans doute, il serait téméraire de s'y croire dans une sécurité profonde en temps de guerre avec une nation maritime bien outillée. Chacun des rochers qui la bordent peut servir merveilleusement de cachette à des torpilleurs prêts à fondre sur un ennemi tranquille au mouillage. Mais cette éventualité n'était pas trop à craindre de la part de la Chine qui n'avait à nous opposer dans ces parages que quelques jonques de guerre montées pai* des pirates. II suffisait de faire faire des rondes, chaque nuit, par des canots à vapeur et d'avoir à bord quel-
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ques pièces de petit calibre toujours chargées, pour mettre la flotte à Tabrî d'une surprise. Des ordres sévères étaient également «donnés aux factionnaires qui devaient faire feu sur toute embarcation laissant sans réponse un troisième appel.
Ces mesures de prudence n'étonneront pas ceux qui connaissaient le chef de la division navale. Elles ont eu le résultat attendu, jamais ses navires n'ont été inquiétés au mouillage.
Chaque bâtiment avait alternativement une semaine de séjour à la baie d'Halonget une semaine de croisière; celle-ci se passait tantôt dans la zone est du blocus, c'est-à-dire du côté de Pakoï, tantôt dans la zone sud, du côté de Tourahe et de Hué. Puis, suivant les besoins, les navires étaient envoyés à Quan-Yen, à Hongay, à Saigon, à Haï-Phong. D'autres fois on les chargeait de surveiller les chenaux du long de la côte par où les troupes chinoises pouvaient chercher à gagner la frontière.
Les expéditions contre les pirates à Fou-Taï- Moun, à Siong-Mui-Tao étaient celles que les équipages préféraient ; les navires qui y prenaient part avaient ainsi l'occasion de mettre à terre leurs compagnies de débarquement et revenaient avec un butin de jonques souvent bien armées. Mais c'étaient des événements malheureusement trop rares.
Ceux-là seuls qui ont eu l'occasion de participer à un blocus pourront se faire une idée exacte de
ce que fut cette tâche imposée pendant plusieurs mois à la division Courbet. Ils n'auront pour cela qu'à évoquer leurs souvenirs personnels. Faire pendant quelques heures une certaine route, la défaire ensuite, aller dans un sens, revenir en sens contraire, constitue, il faut l'avouer, le métier le plus monotone et le plus aride qui se puisse imag'iner. Ce blocus s'effectuait dans des conditions qui augmentaient encore la monotonie et l'aridité habituelles. C'est sous un soleil de plomb, par une chaleur tropicale et énervante que cette croisière se tenait. Quelque pénible qu'elle fût, elle était encore préférable au séjour d'Halong où l'inaction se faisait plus cruellement sentir et venait se joindre aux rigueurs d'une température excessive. « Ici, écrivait l'amiral, on cuit, on bout pour mieux dire, car le milieu où l'on vit est un mélange d'air et de vapeur d'eau à une température très désagréable. A bord du Bayard, qui est tout en tôle et où le thermomètre marque toujours 2 ou 3 degrés de plus qu'ailleurs, l'épreuve est plus rude que chez les voisins. » Aux fatigues d'un tel climat s'ajoutaient les mille ennuis d'un séjour dans un pays sans ressources, dépourvu de vivres d'aucune sorte, où la pauvre machine humaine se détraquait rapidement, où les meilleures santés chancelaient pour ne plus se relever et où les caractères eux-mêmes subissant le contre-coup de ces malaises physiques, ne trou«
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vaient que par des efforts de volonté la dose suffisante de patience et de résignation.
Si encore, au milieu de toutes ces misères, on eût été tenu en haleine par Tespoir de quelque chasse à l'ennemi, de quelque heureuse capture,. Mais cela . même faisait défaut. Les côtes de TAnnam en général sont peu fréquentées; et, depuis que nous farsions bonne garde, les navires suspects y étaient de plus en plus rares.
Aussi la presque certitude de ne jamais voir surgir à l'horizon quelque hardi forceur de blocus privait même de cette attente de l'imprévu qui, d'habitude, peut suffire à rendre une croisière intéressante.
Il serait trop long de relater toutes les allées et venues des navires : c'est aux avisos Sameliriy Ker* salnty Parsevaly Château-Renaud ^ qu'incomba le plus grand nombre de semaines de croisière. Les avisostransports Drac et Saône firent de nombreux voyages en Cochinchine pour les besoins du corps expéditionnaire. UAtalante passa à Tourane de longs mois d'attente et d'isolement. Quant au Lynx et à V Aspic, il furent employés presque toujours dans le Delta que leur tirant d'eau leur rendait accessible. En exécution d'un des articles du traité de Hué, 700 hommes de troupe tenaient garnison à Thuan-an où la Vipère, la Javeline et le torpilleur 46 restèrent en station pendant tout l'hiver.
AMIR. COURBKT. 8
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Entre temps, deux ingénieurs hydrographes, MM. Renaud et Rollet de Tlsle, avec le concours de diflFérents navires, mais en particulier de la Saône et du Château-Renaud, avaient fait Thydrographie de toute la région très inconnue qui s*étend à Touest de la baie d'Halong*.
La surveillance des côtes de TAnnam et du Tonkîn a donc été Tunique et pénible occupation de la division de Tamiral Courbet depuis le bombardement des forts de Hué. Aussi, à la date du 24 avril 1884, Tamiral pouvait-il écrire: « Le rôle de la marine est fini. Evidemment on ne se décidera jamais à des opérations maritimes contre le Céleste^Empire. Depuis le jour où les Célestiaux ont mal digéré le traité de Hué, je n'ai eu qu'une opinion et je l'ai répétée sur tous les tons: déclarer la guerre à la Chine, brûler ses ports, ruiner sa marine. »
A quelques jours de là, les faits semblaient confirmer l'amiral dans la crainte qu'il éprouvait de voir finir son rôle et celui de sa division navale ; le 11 mai, la convention de paix de Tien-Sin était signée. Etrange revirement des choses d'ici -bas ! Cette convention, qui semblait terminer le différend francochinois, devait être le point de départ des grandes
1. Les travaux de ces ingénienra qui deviiient former an pilote très complet dn golfe du Tonkln, eurent le sort le plus malheureux. Remis à bord de VAreyroH qui revenait en France, ils farent perdus lors du nanfrag^e de ce transport. 11 fallut recommencer une seconde fois le travail fait à graud'poine.
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