‹ L'escarmoucheChapitre 45 sur 83 · SS · texte numérisé non relu

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M. Floquet vient d’être élu délégué sénatorial. 11 a obtenu 28 voix.

C’est plus qu’un succès.

M. Pichon vient d'être élu délégué sénatorial. Il a obtenu 28 voix.

Qu’est-ce que c’est ?

L'autre jour, à la Chambre, on validait l’élection de M. L. de Casabianca, député de Corte.

M. Emmanuel Arène, un des plus sympathiques nonlieu de Panama, cru devoir intervenir. Il le lit en des termes tels, et avec une véhémence si grande, que bien des gens en furent étonnés — mais finirent par en sourire.

— Affaire de pots de vin, disaient-ils, pendant que le président rappelait à l'ordre l'interrupteur, dont l’intempérance — de langage — froissait visiblement la Chambre.

Chacun connaissant l'aversion de M. Emmanuel Arène pour les pots-de-vin — au figuré — nous déclarons ne pas comprendre.

-set-

Le Conseil municipal discute le budget de la ville. Il a admis, en principe, la nécessité de demander trois millions à des centimes additionnels. Une goutte d'eau dans la mer...

Le déficit augmente, en même temps que le sansgène et l'incurie des dégoûtants édiles qu'amène à l’Hôtel-de-Viile le système électoral actuel.

C'est une honte pour Paris.

T^I^BVV^E LIEUSE

Nous insérerons toutes les semaines, à cette place, les plaintes des personnes, bien nombreuses malheureusement, qui n'ont point à se louer d'un étàt sdcial où tout, hélas! n’est pas pour le mieux... Si les faibles ont besoin d'étre soutenus, les puissants ont besoin d'être éclairés. Nous croyons donc rendre service aux uns et aux autres en faisant l'accueil le plus large à toutes les doléances, pourvu quelles soient légitimes — et morales.

Monsieur le Directeur,

rrônp^Êgîj uisque votre tribune est ouverte à tous, je viens ajouter mes plaintes à celles que vous avez dû recevoir déjà, contre BMvEreÎYxi l’administration des téléphones, et contre la façon vraiment fantaisiste dont les demoiselles de cette administration font le service.

Monsieur, je suis commissionnaire : j’achète et je vends toutes sortes do marchandises et, comme je me sers beaucoup du téléphone, j’ai pu noter jour par jour tous les incidents pouvant donner matière à réclamations.

Je vous envoie quelques extraits des notes que j’ai prises; vous jugerez.

15 septembre. — Je demande la communication avec M, B..., bijoutier, Palais-Royal, pour savoir quand j’aurai des pierres fines qu’il devait me livrer depuis quelques jours.

rêCscarmoucÇe

Après avoir sonné, éperclûment pendant dix minutes, j’appliquç le récepteur à mon oreille. La demoiselle chargée de l'épondre. annonce justement à ses collègues un événement infinie qui ne me regarde aucunement. Enfin, elle veut bien s’intéresser à moi.

— Allô, mademoiselle!... moi aussi j’ai mes affaires; et comme elles sont pressées, veuillez me donner M. B..., Palais-Royal.

— Très bien, monsieur.

J’attends cinq minutes; enfin la sonnerie se fait entendre.

— Allô, monsieur. J’attends toujours les pierres que vous avez promis de me livrer aujourd’hui.

— Ah! oui!... on part tout de suite. Rappelez-moi donc votre .adresse.

— 2io, .rue Laffitte.

Crac!... Comme on a trouvé que notre conversation se prolongeait trop, la communication est rompue.

— Enfin, me dis-je, comme on part tout de suite, je n’ai pas à m’inquiéter.

Mais, l’après-midi, ne voyant rien venir, je vais chez B. Là, tout le monde jure ne m’avoir pas téléphoné.

Je rentre chez moi, très étonné.

Je le fus bien davantage en voyant devant la porte de ma maison un rassemblement autour d’une énorme voiture sur laquelle étaient chargées trois pierre de taille colossales. Un quatrième monolythe — 3,600 kilogs annonçaient des chiffres peints en rouge — obstruait la porte cochère.

Au milieu du groupe, le chartier hurlait mon nom et. malgré les protestations du portier, se mettait en devoir, aidé par quatre vigoureux gaillards, d’amener sur des rouleaux les trois autres pierres à côté de la première.

Je m’informe : le concierge éploré m’apprend que c’était moi qui avait commandé ce chargement insolite!

Il fallut deux agents pour faire entendre au charretier qu’il y avait erreur et lui faire remporter ses cailloux !

La demoiselle du téléphone m’avait tout simplement donné la communication avec un marchand de matériaux de construction qui, justement, devait livrer des pierres de taille le jour même!

4 octobre. — Je demande la communication avec un mécanicien pour m’informer des prix de deux arbres de couche; on me donne un jardinier qui me propose tous les arbres que je voudrai — et de magnifiques salades de couche!

3 novembre. — Encore une communication mal transmise! C’est une spécialité!

Une maison de Hambourg devait expédier au Jardin d’ Acclimatation deux superbes chameaux. Comme j’avais une petite commission sur cette affaire, je téléphone au Jardin.

— Allô, Monsieur!... allô!... Est-ce que vous avez reçu les deux chameaux en question?

— Oui, monsieur, parfaitement Elles sont

arrivées ce matin!!

(Je renonce à vous dire avec quelle maison je parlais.)

26 novembre. — Celle-ci est encore plus forte! Je demande l’Elysée-Monlmartre. On me donne l’autre — et M. Carnot, me prenant pour Rouvier, me déclare qu’il veut bien oublier mes polites malversations , et m’offre le portefeuille des finances!

Je refuse.

Je trouve encore dans mes notes beaucoup

d’autres réclamations à formuler : j’ai passé bien des minutes à attendre que les antiques appareils dontsesert Padminislrationse décident àm’apporter un son de voix humain; presque toujours j’ai entendu : le vacarme d’une scient en pleine . activité — le bruit d’un train chargé de plaques de tôle passant sur un pont métallique — le crépitement d’une fusillade acharnée, avec des hurlements de blessés couverts, de temps à autre, par

une furieuse canonnade Et c’était une joie

délirante lorsque, dans le lointain, m’arrivaient les

échos affaiblis d’une voix qui était bien celle du monsieur auquel je voulais parler!

Je m’arrête ici en émettant l’espoir qu une révolution prochaine viendra changer cet ordre de choses et permettra à nos arrière-neveux de parler — et de s'entendre — de loin.

Et je vous prie d’agréer, monsieur le directeur, mes salutations empressées.

R. Pileuse.

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