SG
Le Tiers-Etat, s’il le veut, a encore un beau rôle à jouer — le sien. — « C’est vous, disait Proudhon aux Bourgeois en leur dédiant son Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, c’est vous qui fûtes de tout temps les plus intrépides, les plus hardis des révolutionnaires. Rien de ce qui a été tenté sans vous, contre vous, n’a eu vie; rien de ce que vous avez entrepris n’a manqué|; rien de ce que vous avez préparé ne faillira... La révolution vous tend les bras; sauvez le peuple, sauvez-vous vous-mêmes, comme faisaient vos pères, par la révolution » Cette révolution nécessaire, quoi qu’on en dise, malgré les énervements d’en-bas et les aveugles résistances d’en haut, peut encore se faire pacifiquement. Seulement, il est temps de se mettre à l’œuvre, de regarder autour de soi et de marcher...
Où? En avant. Il y eut un temps, dit-on, où les bétes-parlaient; ensuite, les hommes ont bavardé; à présent, ce sont les choses qui parlent. Et je ne crois pas que l’Humanité ait jamais entendu un langage d’une plus haute éloquence que celui de ces monstres de fer, de ces machines d’acier qui chantent la conquête de la matière et prédisent le bonheur du monde.
Oui, les choses parlent. Et, si la Bourgeoisie veut comprendre la leçon qu’elles donnent, si elle veut regagner le temps qu’elle a laissé perdre, mettre l’évolution sociale au niveau de l’évolution scientifique et se faire l’initiatrice de l’évolution philosophique nécessaire; si elle consent à utiliser toutes les forces vives qu’elle porte en elle, cette Bourgeoisie, actuellement oisive ou routinièrement mercantile, qui meurt d’apathie etd’égoisme étroit, redeviendra, pour longtemps, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’étre : le réservoir de toutes les intelligences vouées au vrai, au beau et au bien, la Nation elle-même — tout.
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ECHOS
a commission chargée d’examiner la proposition votée par le Sénat et relative à la suppression de la publicité des exécutions capitales a adopté hier cette proposition à l’unanimité.
C’est M. Joseph Reinach qui a été désigné pour faire le rapport.
Nous applaudissons sans réserves. On ne pouvait mieux choisir. M. Joseph Reinach, dans la famille duquel on s’exécute toujours à huis-clos — quand on ne peut plus exécuter les autres — était tout indiqué. Il a l’intention, parait-il, de demander le remplacement de la guillottine par l’absorption de poisons minéraux; dans le cas où son projet serait adopté, il mettrait à la disposition de M. Deibler une grande quantité des susdits poisons, devenus sans utilité depuis la mort du baron de Reinach. Les affaires vont si mal, à présent
Un nommé Paganelli, huissier au Sénat, vient de tirer trois coup de revolver sur Mme Dagnau, marchande de tabac dans l'établissement. Cette dame lui réclamait une somme de quatre-vingts francs, prix d’unecommande de cigares faite par lui au nom de M. de Casabianca, sénateur de la Corse.
Paganelli, affirment les journaux, est un exalté qui a, de l'honneur, un sentiment exagéré. Quant àMmeDagnan, elle ne jouit point de toutes ses facultés.
Notre avis, à nous, est que cet homme et cette femme sont des victimes du suffrage restreint. Ce n'est pas impunément qu’on respire, pendant des années, l'air vicié du Sénat. La vue des pères conscrits cacochymes et l'audition des confidences gâteuses qu'ils se font les uns aux autres, du haut de la tribune, suffisent certainement à déséquilibrer les cerveaux les plus solides. Nous osons donc demander qu'on fasse preuve de mansuétude à l’égard de ces détraqués du Luxembourg et qu’on les acquitte tous deux — meurtrier et victime.
Quant à M. de Casabianca, cause indirecte, mais indiscutable, du drame, nous n’hésitons pas à le proclamer inexcusable. Pourquoi achetait-il, d’un seul coup, de pareilles quantités de cigares? Le besoin, d'expectorations nombreuses ne saurait être une excuse. D’ailleurs, les lettres qu'il reçoit de M. Emmanuel Arène — qui s'entend si bien à faire cracher les gens — devraient amplement lui suffire.
On vient de distribuer, au Sénat, un projet de loi avant pour but de placer les fils de femmes divorcées, au point de vue de la loi militaire, sur le même pied que les fils de veuves. Rien de plus juste, n’est-ce pas ? que cette proposition.
M. Mézières, pourtant, laquais du Tsar et des ducs, se déclare hostile a la proposition et se prépare â la combattre. De quoi se mêle cette personnalité ridicule?
M. Alexandre Cohen, littérateur, a été expulsé de France à la suite de l'explosion — sous prétexte d’anarchie. — M. Cohen est Hollandais, c'est vrai ; mais c’est un homme de valeur et un travailleur infatigable. Si nous lui sommes redevables de nombreuses traductions, en langue française, d'œuvres étrangères, nous lui devons aussi savoir gré des traductions qu'il fit, en allemand et en hollandais, de maints volumes d'auteurs français.
On a eu tort, de l’expulser. Un travailleur, quelles que soient ses idées particulières, n’est jamais dangereux pour un pays. Ce sont les fainéants qui sont nuisibles.
Si le gouvernement tient absolument à chasser du territoire les individus susceptibles de causer un préjudice quelconque à la France, il nous semble qu'il devrait commencer par expulser certaines personnalités, — françaises, c’est vrai — mais aussi nulles qu'encombrantes. MM. Jules Guesde, Lavy, Alphonse Humbert, Ranc, etc., — toutes gens qui n'ônl jamais rien fait — nous paraissent tout indiqués. Les proscriptions, il faut le dire, lorsqu'on les applique intelligemment, ont du bon.
Maintenant, si l’on s'obstinait à n’expulser jamais que des étrangers — pour cause de nullité crasseuse, bien entendu; la seule plausible — on n'aurait, réelle-
ment que l'embarras du choix. On pourrait, par exemple, commencer par M. Sigismond Lacroix pour finir par M. Wilson — en passant par M. Spuller,
Un de nos horticulteurs les plus distingués, connu surtout par les résultats étonnants auxquels il parvint en s’adonnant avec passion à la culture des poires dites d'Orléans, M. Thureau-Dangin, vient d’étre reçu à l'Académie Française.
M. Thureau-Dangin est un homme de mœurs tranquilles. Il suivit doucement les usages en célébrant la mémoire d’un monsieur Rousset, son prédécesseur, qui s’illustra parla publication de ceux de Mac-Donald. Ce fut M. Claretie qui répondit à M. Thureau-Dangin. La chose, en elle-même, nous semble toute naturelle. Pourtant, nous conseillons à M. Claretie de ne pas se surmener. Faire des discours aussi longs, cela demande du temps. Et lorsqu'on est, comme le Jules en question, chargé de la direction de la maison de tolérance officielle du haut personnel républicain
La tentative de meurtre effectuée par Mme Ivamper sur le docteur Gillt de la Tourette a permis à plusieurs de nos confrères de publier de longs articles sur le rôle du médecin. Quelques-uns ont prétendu que certains docteurs avaient des propensions â abuser, à différents points de vue, de leurs malades.
Nous n'avons jamais cru à de pareilles sornettes. Et comme nous avons eu raison !
Une de nos lectrices nous envoie des documents, que nous publierons ces jours-ci, sur un des confrères de M. Gille de la Tourette. Ce docteur — voisin des plus célèbres — a une si haute idée de la médecine, considérée par lui comme un sacerdoce, qu'il n’admet pas qu'un membre quelconque d'une famille médicale puisse se livrer à la moindre indélicatesse. Et si son fils, par exemple — cas invraisemblable assurément, mais il faut exagérer pour se faire mieux comprendre — se conduisait en véritable forban et commettait vols sur escroqueries, il n'hésiterait pas un instant sur la conduite à tenir en l'occurrence. Au lieu de rembourser les victimes du drôle — ce qu’il ferait assurément s’il se confinait dans son rôle d'honnête homme — il emploierait toute l’influence dont il pourrait disposer — dans son voisinage — à faire escamoter par le Parquet les plaintes déposées par les dupes.
Voilà, ce nous semble, le modèle des docteurs, ce médecin — voisin des plus célèbres, nous le répétons — qui ne veut à aucun prix voir éclabousser de la moindre tache la robe immaculée des professeurs-légistes.
A bientôt les détails — comme on dit dans la presse quotidienne.
M. Tourly, disent les journaux, le sous-préfet de Redon blessé à la Chambre, va beaucoup mieux. On lui a extrait, à l’hôpital de la Charité, le clou qu’il avait dans la main.
Le clou?... Un sous-préfet !... Et le poil?... A quoi pensent les médecins ?
La section du contentieux du Conseil d'Etat vient de prononcer l’annulation de l'élection de M. Charles Laurent au Conseil municipal pour le neuvième arrondissement de Paris.
On nous annonce que notre confrère a l’intention de ne pas se représenter. La répartition des dividendes énormes à distribuer aux actionnaires du Jour lui prend, en effet, la plus grande partie de son temps. Et lorsqu'il lui faudra, un de ces jours, faire de fréquentes visites au Tribunal de Commerce, pour étudier le concordat — sans majuscule — il ne lui sera guère possible de continuer à occuper un siège à l'Hôtel-de-Ville.
Nous plaignons le neuvième arrondissement.
Mot de la fin (Extrait des grands quotidiens).
On assure que, devant la reconstitution de la Revue des Deux-Mondes sur de nouvelles bases, et pour combattre plus efficacement la concurrence, Mme de Rute et Mme Adam ont résolu de faire fusionner leurs revues. La nouvelle publication se nommerait ; la Revue des Deux-Rondes. L'apport de Mme Adam, qui tient à justifier le titre, serait des trois quarts — en attendant.