‹ L'esclavage au Sénégal en 1880Chapitre 2 sur 10 · RÉPONSE DU MINISTRE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU MINISTRE

M. le président. La parole est à M. le ministre de la marine et des colonies.

M. l'amiral Jauréguiberry, ministre de la marine et des colonies. Messieurs, pour que les explications que j'ai adonner au Sénat soient plus précises et plus claiies, je vous demande la pei mission de dire en quelques mots quelle est la situation de nos établissements au Sénégal.

En 1848, vous le savez sans doute, nous ne possédions dans ce pays que deux villes, toutes les deux situées sur des îlots ; Saint-Louis et Gorée, et, de plus, quelques postes plus ou ou moins fortifiés répandus sur les bords du grand fleuve ou sur la rivière de Casamance.

Mais, depuis cette époque, nos domaines se sont accrus, surtout au moment où l'un de nos honorables collègues se trouvait à la tête de notre c Jonie.

Des possessions, en nombre assez considérable, sont venues augmenter celles que nous avions déjà Ces acquisitions se sont faites, soit à la suie d'expéditions militaires habilement dirigées, soit par voie de traités librement consentis, soit enfin parce que des tribus réclamaient notre protectorat.

Dans toutes ces annexions, on s'est formellement engagé à respecter les mœurs, les habitudes, le statut personnel, les traditions de toutes ces tribus et, dans ces traditions, figure nu premier rang ce qu'on appelle l'esclavage, mais qui n'est, pour parler plus exactement, qu'une espèce de servage héréditaire. Les individus qui font partie de cette classe de la population constituent toute la domesticité, tous les ouvriers, laboureurs compris. Us jouissent de privilèges, de garanties parfaitement définies et pour lesquelles les peuplades du Sénégal professent un très-grand respect.

DISCUSSION Al SÉNAT

Du reste, pour vous prouver que cet esclavage dc ressemble en aucune façon à celui qui a aflligé pendant un certain temps l'Amérique, je vous demande la permission de vous lire quelques mots que j'ai trouvés dans un rapport adressé à l'un dc mes prédécesseurs, il y a trois ans, par un inspecteur en chef. Ce n'était pas, par conséquent, un gouverneur, un homme subissant les influences délétères du climat ou la pression de préjugés contre lesquels il faut s'élever; c'était un inspecteur envoyé au Sénégal pour constater comment les lois et règlements y étaient observés.

A propos de l'esclavage, voici ce que j'ai trouvé dans ce rapport :

« On donnera une idée assez exacte du peu de défaveur qui s'attache encore dans ce pays à l'idée de captivité, en disant qu'il y a peu d'années un candidat à la représentation nationale, pour assurer son élection par le suffrage des noirs des faubourgs, leur faisait promettre, comme amélioration de la situation sociale du pays, le rétablissement de la captivité. » (Rires sur plusieurs bancs.)

J'ai tout lieu de supposer que ce candidat a été élu.

Par suite, on a cru devoir laisser à la plupart des lerritoir s annexés, dont les habitants, ainsi que le définissait une circulaire émanée du ministère de la République en 1849, sont, non pas des citoyens français, mais des sujets français, on a cru devoir, dis je, leur laisserle droit de s'administrer eux-mêmes, d'après leurs anciennes institutions.

Il résulte de ces faits que, si le principe fondamental de la loi française en vertu duquel tout individu captif, foulant le sol du territoire français, est déclaré immédiatement libre, si ce principe était mis en pratique sans restriction, sans tempérament, dans nos possessions du Sénégal où notre domination s'exerce dans toute sa plénitude, on n'a pas pu l'appliquer dans tous les territoires qui nous environnent.

Je dirai même que, sur plusieurs points, les villages qui nous entourent, dans lesquels nos postes sont en quelque sorte enclavés, sont administrés d'après les us et coutumes locales,

DISCUSSION AT Sl'lXAT 31

jouissent d'une autonomie complète, tandis que ces postes sont administrés d'après la loi française ; et jamais, je le déclare ici hautement, jamais, comme on vous Ta dit, on n'a vu sur ces territoires ou dans ces villes aucune vente, aucun marché d'esclaves qui n'ait été immédiatement réprimé et sévèrement puni. (Approbation à gauche et au centre.)

Je vous parlais, en commençant, des postes répandus sur les bords du fleuve et dans la Casamance.Ces établissements sont des comptoirs, ou plutôt des escales eniourées par une enceinte et à l'abri desquelles s'entassent les marchandises qui servent à entretenir nos relations commerciales avec les indigènes. En échange de ces marchandises, qui tiennent lieu de monnaie, les indigènes apportent chez nous les produits de leur sol, produits qui se composent, comme vous le savez, de gomme, d'un peu de poudre d'or, d'ivoire, de graines oléagineuses, et de quelques autres produits de moindre importance, principalement d'une graine qui forme la base fondamentale de la nourriture des habitants du Sénégal. Cette graine est une espèce de millet. C'est donc vous dire que notre colonie n'a d'autre raison d'être que son trafic avec les tribus environnantes, et que, si ce trafic, si ces relations commerciales étaient détruites, notre colonie serait immédiatement perdue.

M. Fourcand, Vous avez bien raison!

M, le ministre, Pour la conserver, il faut évidemment nous maintenir en bons termes avec les peuplades qui i ous entourent, ar milieu desquelles nous \ivons et qui transportent chez nous le produit de leur sol. Elles y viennent en caravanes nombreuses. J'ai même entendu dire que quelquefois ces caravanes atteignaient le chiffre de plusieurs milliers de personnes.

Dans ce grand nombre d'individus figurent nécessairement les esclaves ou les captifs qui accompagnent leurs maîtres : ce sont leurs domestiques, leurs conducteurs de chameaux, de bêtes de somme, et quelquefois même leurs porteurs. Mais pour les simples transactions commerciales, pour les achats nécessaires à la vie de chaque jour, comme pour l'acquisition de vêtements, d'ustensiles de ménage, de produits divers de notre

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industrie, on voit tous les jours venir dans nos villes des individus accompagnés de deux ou trois personnes, qui ne sont autres que des domestiques.

Or, d'après nos lois, ces domestiques, que nous appelons des esclaves, devraient être immédiatement affranchis au moment où ils mettent le pied chez nous, et vous comprenez quels immenses inconvénients résulteraient d'une pareille application de nos lois. D'abord, il y aurait des difficultés pratiques considérables.

La plupart du temps, il n'y a pas de murs autour des villages placés sous notre protection ; il faudrait entourer nos territoires, où l'on pénètre de tous les côtés, d'un nombre considérable d'agents qui demanderaient à chacun : Êtes vous libre, êles-vous esclave? afin de déclarer immédiatement tout esclave affranchi, et de renvoyer les maîtres seuls chez eux.

Dans de telles conditions, le commerce et même les transactions de chaque jour deviendraient immédiatement impossibles.

Voix nombreuses. C'est évident I

M. le ministre. C'est pour obvier aux immenses inconvénients qui résumeraient d'une pareille éventualité, qu'il a été admis au Sénégal, non pas à partir de 1862, — je m'expliquerai tout à l'heure sur celte date, — mais de tout temps, depuis le mois de mai 1848, qu'on laisserait libres de circuler chez nous les indigènes et leurs captifs.

Il est une aulre question dont il a fallu aussi se préoccuper. Celte question soulevait des difficultés très-considérables, et la solution qu'on lui a donnée a amené, vous l'avez entendu, des plaintes très vives de la part de notre honorable collègue : je veux parler de la réglementation d'après laquelle onexpuîse, sous certaines conditions déterminées, les captifs évadés.

Ici encore on a été contraint d'obéir à une nécessité impérieuse ; car il ne fallait pas que notre colonie devint le refuge de tous les vagabonds, de tous les paresseux, de tous les déclassés, de tous les criminels, de tous les mécontents, et l'expérience a démontré que ce sont des individus appartenait à ces catégories qui viennent seuls chercher chez nous l'impunité.

Dès lors, qu'a-t-on fait? Le gouvernement de la métropole — ce n'est pas le gouverneur — le gouvernement de la métropole, dis-je, a attribué au gouverneur du Sénégal les droits que la loi du 3 décembre 1849 confère en France au ministre de l'intérieur et aux préfets des départements.

Cette loi, messieurs, je n'ai pas besoin de vous en lire les articles, vous les connaissez tous aussi bien que moi. Mais on a eu soin, par égard pour notre juste horreur pour l'esclavage, d'accompagner la mise en pratique de ladite loi de toutes les précautions, commandées par les règles les plus impérieuses de l'humanité. — Ainsi, jamais les captifs ne sont livrés entre les mains de leurs maîlres, lors même que ceux ci viennent les réclamer; on les ramène de nuit à la limite de notre territoire, de manière que le maître ne sache pas de quel côté sortira l'esclave, ni à quelle heure il sera conduit à la frontière ; et, arrivé là, l'expulsé est libre de choisir la route qui convient le mieux à ses desseins ; on ne permet jamais au maître de s'y trouver pour le saisir.

Si des évadés réussissent à prouver, — et cela leur est trèsfacile — qu'ils résident depuis un certain temps dans la colonie, on leur délivre un litre qui les met à l'abri de toute espèce de réclamation. Si enfin ils parviennent — ce qui se voit trèsfréquemment — à s'engager dans le bataillon des tirailleurs sénégalais, le fait seul d'avoir revêtu l'uniforme français les met à l'abri de toutes poursuites.

Induit, sans doute, en erreur par des assertions dont il n'a pas eu probablement le loisir de contrôler la véracité, l'honorable M. Schœlcher semble croire que les règles dont je viens de vous présenter la rapide analyse n'ont été introduites au Sénégal qu'au mois de novembre 1862.

Je démontrerai que c'est là une erreur et que le soi-disant arrêté de 1862 n'est que la reproduction textuelle, avec quelques mentions additionnelles de localités, d'une circulaire du mois de novembre 1857 ; à tel point que je me suis demandé si ledit arrêté de 1862 a réellement existé.

En effet, à cet époque, j'étais gouverneur du Sénégal ; or, je

l'ai cherché et fait chercher partout, et il n'a été trouvé ni aux archives du midis 1ère de la marine, ni dans celles de la colonie, ni dans mes papiers privés ; il n'existe pas davantage dans mes souvenirs. D'ailleurs, j'y reviendrai.

M. Schœlcher. J'ai dit moi-même que cette circulaire n'était que la reproduction de l'arrête de 1857.

M. le ministre de la marine. L'honorable M. Schœlcher vous a dit que d'après cette circulaire ou cet arrêté de 1862, l'esclave n'est mis en liberté que si son maître ne réclame pas dans le délai de « trois mois ». — Quelques instants auparavant, en lisant cette même circulaire, il avait parlé d'un « délai raisonnable ». Je me demande comment on a pu comprendre par ces mots : un délai raisonnable, un délai de trois mois. J'en suis d'autant plus étonné qu'une prétendue circulaire explicative du gouverneur, datée de 1863, fixerait ce délai à huit jours.

On a vivement critiqué la décision qui oblige les habitants des villages placés sous notre autorité à faire la déclaration de la perte d'un captif dans le délai de huit jours, et l'on a vu là une mesure destinée à favoriser le maître aux dépens de l'esclave. Messieurs, cette mesure a été adoptée tout simplement pour assurer Tordre public. L'autorité était obligée de s'assurer qu'un maître n'avait pas fait disparaître son esclave par quelque moyen criminel ou illicite; et il fallait bien, pour cela, constater l'identité de l'esclave.

C'est donc une mesure prise en faveur du captif, et non pour favoriser les intérêts pécuniaires. Des mesures analogues d'ordre public sont prises en France, quand il s'agit d'expulser un vagabond. Il faut constater d'abord son identité et se rendre compte du danger qu'il peut présenter.

J'ai cherché inutilement, vous ai-je dit, dans mes souvenirs, quelques traces de la circulaire de 1862. Elle n'est, à quelques exceptions insignifiantes près, que la copie textuelle de celle qui aurait été promulguée à la même date — c'est assez curieux ; le millésime seul diffère — plusieurs années auparavant ; il n'y a qu'à lire : le 14 novembre, et 1857 au lieu de

Quoi qu'il en soit de cette circulaire, qu'elle ait existé ou non, — que je l'aie signée ou que je ne l'aie pas signée, — je ne la désavoue en aucune façon. Je défends en tout point les principes qu'elle pose, et je me borne à déclarer que ces principes ne datent pas de 1862.

En effet, messieurs, dès 1848, au mois de mai, quelques semaines à peine après la promulgation du décret qui affranchit les esclaves dans toutes les colonies françaises, le gouvernement de la République qui, dans ce moment, avait placé à la tête du département de la marine M. François Arago, l'auteur du décret d'émancipation et, si je suis bien informé, lui avait donné pour auxiliaire l'honorable M. Schœlcher, comme soussecrélaire d'Etat, le gouvernement de la République, dis-je, adressait au Sénégal une dépêche dont j'extrais le passage suivant relatif à l'article 7 du décret d'abolition. Il y avait aussi, à cette époque-là, un article 7. (Sourires.)

a L'autorité reste investie des aflributions de police nécessaires pour surveiller les noirs qui viendraient dans nos villes chercher leur affranchissement et même « pour les expulser de notre territoire » si leur présence devenait dangereuse pour le bon ordre. »

Iln'y a vous le voyez, messieurs, aucune différence entre ce quia été prescrit à cette époque-là et ce qui se fait maintenant.

Dans un autre passage, cette même dépêche du 7 mai 1848 recommande : « De s'abstenir de provoquer la désertion des noirs, en propageant l'opinion que le Sénégal est un refuge où l'autorité française est désireuse de les attirer. » (Marques d'approbation à droite.)

Il me semble que c'est clair.

Plus tard, en 1848 encore, le ministre de la marine écrivait au gouverneur de cette colonie, le 18 avril :

« En proclamant le principe de l'affranchissement par e sol, le gouvernement de la République a sans doute entendu en assurer la conséquence libérale, mais il n'a jamais eu la pensée de le faire au mépris de la protection à laquelle ont d'abord droit les citoyens français qui habitent nos possessions d'outre-

:iti DISCUSSION ai m.v\ r

mer. DfJ pouvoirs dont les administrations coloniales sont investies en matière de résidence des étrangers, ont toujours été plus étendus encore que ceux qui sont exercés dans la métropole. Tout individu non domicilié, dont la présence est réputée dangereuse pour la sécurité de l'établissement colonial, « peut en être immédiatement expulsé », et ce pouvoir s'étend, dans les cas graves, aux citoyens mêmes de la colonie. Votre conduite était donc tracée, à la fois par l'ordonnance organique du 7 septembre 1840 et par les instructions qui viennent d'être rappelées, — M. le procureur général, dont j'apprécie le zèle, saura se pénétrer de cette situation, et il comprendra qu'elle n'offre pas un cas de jurisprudence à établir, mais une question d'ordre public de la plus haute gravité. »

Enfin, en 1855 et 1858, des dépêches ministérielles très précises consacraient ces mêmes principes, que la circulaire incriminée n'a absolument fait que rappeler.

Pour démontrer ce que fes dispositions dont je viens de rappeler la rapide énumération ont de fâcheux, l'honorable M. Schœlcher a parlé d'abus commis, — je pourrais presque dire d'actes de cruauté, — et il nous a dit que ces faits se renouvellent chaque jour.

La personne qui lui a fourni ces renseignemente m'inspire peu de confiance. (Sourires à droite.) Tout à l'heure, je dirai pourquoi. Quant à moi, je sais, d'après les documents officiels qui sont en ma possession, que tous les ans nous avons accordé l'entrée chez nous, avec affranchissement, à un très-grand nombre d'esclaves; et, sans remonter jusqu'ea 1522, — je n'irai pas plus haut que 1877, — je puis citer quelques chiffres.

En 1877, 299 captifs réfugiés chez nous ont été libérés par nos soins. En 1878, on en a libéré 219, et du 1er janvier au 16 octobre 1879, mes renseignements ne vont pas plus loin, il y a eu 282 libérations. (Très-bien!)

Durant cette même époque, on n'a prononcé que 32 expulsions ; ce qui fait, pour dix-huit postes, villes ou établissements, que nous possédons, moins de deux par établissement.

Je crois donc pouvoir dire, messieurs, qu'on n'abuse pas des expulsions.

J'arrive maintenant aux abus et aux actes de cruauté. On nous a d'abord parlé d'une caravane qui a traversé le territoire deDagana sans qu'on ait affranchi les esclaves qui en faisaient partie, et on nous a dit : Dagana est un territoire français. Dagana, messieurs, se compose d'une maison d'habitation assez vaste, de quelques écuries, de quelques dépendances, de fermes, de jardins autour de ces fermes. Mais tout autour ce sont des villages placés sous notre protectorat. Il n'est pas étonnant, si les caravanes ont traversé ces villages, et vous m'accorderez qu'ils n'ont traversé ni les jardins, ni les plantations, ni les maisons d'habitation, il n'est pas étonnant qu'on n'ait songé ni à saisir les esclaves qui pouvaient se trouver dans ces caravanes ni à les affranchir, d'autant plus qu'elles viennent toujours en très-grand nombre.

On nous a cité une femme qui se serait jetée à l'eau et aurait été brutalement renvoyée à son maître, et quelques autres faits qui se seraient passés aux environs de Saint-Louis, à Bakel, ou peut-être à Dackar.

Quand j'ai lu ces récits dans les journaux, au mois de septembre ou d'octobre, j'en ai été naturellement ému, car bien que l'on me traite d'esclavagiste, j'ai une horreur profonde pour tout acte de cruauté, — j'ai écrit au gouverneur et je lui ai demandé des explications.

Le gouverneur m'a démontré que toutes ces accusations étaient dénuées de fondement. Je ne fatiguerai pas le Sénat en lui lisant les pièces que j'ai là, mais je déclare que je puis prouver ce que j'avance.

Je sais que beaucoup de. personnes ne veulent accorder aucune confiance aux dénégations d'un fonctionnaire, surtout quand ce fonctionnaire est, pour me servir du langage des journaux, un porteur, un traîneur de sabre ; mais quand je me trouve en présence de deux assertions, dont l'une émane d'un homme qui, malgré le caractère sacré dont il était revêtu, a déserté son poste, sans autorisation, sans être remplacé, au

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moment où une épidémie de fièvre jaune menaçait Saint-Louis, et dont l'autre m'est donnée par un officier qui a servi honorablement son pays pendant trente-quatre ans et qui, à l'occasion de cette môme épidémie, a renoncé, en France, au congé de convalescence que réclamait sa santé, pour apporter l'exemple de son courageux dévouement dans la colonie dont il était le chef et où plusieurs malades furent soignés dans son propre hôtel, c'est ce dernier que je crois et non pas l'autre. (Applaudissements à droite et au centre.)

Je suis convaincu que le Sénat partagera, à cet égard, ma conviction. (Assentiment sur divers bancs.)

J'avais l'honneur de vous dire au commencement que, si on adoptait les mesures que réclame l'honorable M. Schœlcher, par rapport aux peuplades qui nous environnent de tous côtés, nos relations commerciales presque immédiatement, et nos grands ports de commerce qui trouvent dans ces transactions une source de fortune dont la France profite, se plaindraient sûrement. J'ajouterai que les populations de nos villes, des villages établis autour de nos postes seraient immédiatement aft'a mées.

Ces populations ont, en effet, pour base de leur nourriture, une espèce de millet, qui ne se récolte pas dans l'enceinte de nos villes ni de nos postes et qui vient de l'extérieur. Ce sont les populations voisines qui apportent chez nous tous les objets indispensables pour la vie de chaque jour et dont il est inutile de faire ici l'énumération.

Si les communications étaient interrompues, il est évident que l'arrivée des approvisionnements le serait aussi et que nous n'aurions absolument rien.

Mais ce n'est pas tout. Les chefs indigènes, irrités par ce qu'ils appelleraient la violation de nos promesses, car il ne faut pas perdre de vue que nous avons contracté des engagements vis-à-vis d'eux, seraient fort mécontents de voir arrêter Us transactions commerciales, et nos centres coloniaux devenir des refuges pour les captifs. De plus, les marabouts musulmans qui, dans leur haine fanatique contre la France, ne cessent de

dire que nous voulons nous établir en Afrique pour y faire cesser ce régime de captivité, exciteraient les populations et, cette fois, n'auraient pas tort. Malgré la bravoure dont les Maures et les noirs du Sénégal ont constamment donné des preuves, toutes les fois que nous avons eu à lutter contre eux, nous viendrions certainement à bout de cet état d'hostilité, ainsi que l'honorable M. Schœlcher a bien voulu nous le dire, mais ce serait au prix de très grandes dépenses d'hommes et d'argent ; de plus nous finirions par régner sur un désert, car toutes ces populations pour lesquelles un déplacement est absolument indifférent, n'auraient rien de plus pressé que d'émigrer, de porter leurs tentes, ou plutôt leurs cases en paille sur le territoire de nos rivaux, qui agissent comme nous, je le prouverai tout à l'heure, tolèrent l'esclavage et n'affranchissent pas les captifs qui mettent le pied sur le sol de la Gambie. Dans les colonies portugaises, on ferme, en effet, les yeux, et je crois que c'est le parti le plus sage à prendre au milieu des populations africaines.

On a prétendu que ces craintes n'ont aucune espèce de fondement; eh bien, je puis opposer à cette assertion deux témoignages : l'un qui émane du gouverneur de la colonie en 1849, et l'autre qui émane du gouverneur actuel. Et ce dernier, qui habite le Sénégal depuis longtemps, qui apporte à la prospérité de la colonie un dévouement et une intelligence remarquables, connaît certainement les besoins du pays.

Je commence par quelques extraits d'une dépêche adressée au gouvernement de la métropole en 1849, dépêche qui est datée du 12 janvier.

Voici ce qu'écrivait alors le gouverneur, qui avait accepté avec enthousiasme, — il le démontre dans toute sa correspondance, — le décret d'émancipation :

« Il résulte donc de l'exécution de l'article 7 du décret, par la justice, que les Maures Trarzasont déclaré qu'on n'ouvrirait pas les escales pour la traite de la gomme si justice ne leur est pas rendue ; ils refusent même toute indemnité pour maintenir leurs droits ; ils veulent les captifs. — Le Gayor avait déjà saisi

40 DISCUSSION \r sénat:

un habitant de Saint-Louis, qui est heureusement parvenu à s'échapper ; mais il est à craindre que beaucoup d'autres ne soient arrêtés dans l'intérieur du pays; les chefs du Damel retiennent dans leurs villages pour près de 20,000 fr. d'arachides, qui ont déjà été payées par les négociants et traitants, qui n'attendent que le moment de les charger. »

Un peu plus loin :

a Sans vouloir donc abandonner le principe consacre par l'article 7 du décret d'émancipation, qui peut offrir quelques avantages pour l'avenir de la civilisation au cœur de l'Afrique, je crois cependant qu'il est indispensable d'apporter la plus grande mesure dans son application immédiate au Sénégal. L'Assemblée nationale sera saisie d'une pétition — cette pétition aura pour but la non -application de l'article 7 — que lui adresse la population tout entière par l'organe de son représentant :

« J'ai l'honneur de vous adresser une copie qui m'a été « envoyée. Je pense, citoyen ministre, que vous apprécierez « toutes ces difficultés que, je n'hésite pas à le dire, aucun « gouverneur ne pourra jamais surmonter. Je considère la « colonie comme perdue, si on ne modifie pas pendant quel- « ques années le décret du 7 avril, sans en abandonner entiè- « rement l'esprit. Mon zèle, mon dévouement, ne manqueront « jamais à cette cause sacrée ; je ne suis pas homme à reculer « devant des dangers imagimaires ou sérieux, et ma corres- « pondance a dû vous prouver que je suis loin d'être un alar- « miste. — Cependant, je ne rougis pas de déclarer que je a crois au-dessus de mes forces, dans les conditions actuelles, a de sauver la colonie d'une ruine complète et d'une famine « inévitable. Cela sera facile à comprendre, surtout pour ceux « qui connaissent le Sénégal. »

Enfin quelques ligues plus bas, — et ici nous en venons à la preuve du fait que j'avançais tout à l'heure, à savoir que dos villes seraient affamées :

« Quanta la subsistance des habitants de Saint-Louis comme deGorée, personne n'ignore que le mil qui forme toute la nour-

riture, nous vient du Cayor et du Fouta, mais surtout du Cayor. Une guerre avec ce pays laisserait donc 10 à 11,000 personnes à Saint-Louis et 4 à 5,000 à Gorée sans aucun moyen d'alimentation. Cette considération est grave et a été la cause de tout temps de concessions sans nombre que le Sénégal a été obligé de faire à ses voisins turbulents, mais beaucoup moins exigeants qu'ils pourraient l'être s'ils connaissaient leurs forces. Le Cayor est encore le seul point où nous puis-; sions faire paître les nombreux troupeaux qui servent à la subsistance et au commerce de la colonie. C'est aussi là que nous prenons le bois, la chaux et tant d'autres objets indispensables. Il est donc facile de comprendre que l'existence de Saint-Louis serait compromise par une guerre sérieuse avec ce pays, et, croyez-le bien, citoyen ministre, la question des captifs amènerait une guerre grave et de funestes représailles. »

Je vous ai dit, tout à l'heure, que, dans les colonies voisines, on faisait ce que nous faisons maintenant au Sénégal.

En voici la preuve :

« J'ai déjà fait connaître mon opinion sur ce qui se passe « en Gambie. — Cette colonie a, en effet, quelque analogie « avec le Sénégal, et c'est précisément à cause de cette ana- « logie que les actes des décrets d'émancipation de la Grande- « Bretagne n'y sont appliqués qu'avec la plus grande mesure, « lorsqu'il s'agit de troubler les bonnes relations avec les « peuples voisins. »

J'arrive au gouverneur actuel, et cela encore pour vous démontrer que l'état de choses n'a pas changé depuis 1849.

L'année dernière, à la suite de l'intervention, inopportune, je ne crains pas de le dire, d'un magistrat dont l'honorable M. Schœlcher nous a cité tout à l'heure le nom, voici ce qu'écrivait le gouverneur à mon prédécesseur :

a Vous savez, monsieur le ministre, que le droit de propriété dont le musulman e-t le plus jaloux se rapporte à ses captifs; menacer sa fortune en lui contestant la possession de ses esclaves, c'est en même temps blesser sa fierté et réveiller

\: DISCUSSION Al' SENAT

cnveis le chrétien toute l'aversion qu'il puise dans le Coran. » Il est bon de vous dire que le mahomélisme a fait de très grands progrès dans toute l'Afrique, a La querelle que cherchait le service judiciaire à certains chefs avait jeté une vivo émotion dans ces populations. Elles voyaient la spoliation approcher; elles allaient recevoir la confirmation des prédictions des agitateurs et des ennemis de notre domination, des émissaires de nos voisins qui prêchent l'émigration aux habitants des territoires soumis à la France. Tous ces fauteurs de désordre n'annoncent-ils pas, en effet, qu'à un moment donné et à courte échéance le Gouvernement accomplira brusquement l'œuvre d'émancipation commencée ? La question était donc des plus graves pour notre politique, notre sécurité même, car celte irritation, si malheureusement allumée, serait-elle venue à se traduire par des faits, que l'état actuel de nos forces nous eût empêchés de les réprimer sans pertes cruelles, etc. »

Celui qui écrit cela n'a pas peur de se battre. Il connaît les habitants du Sénégal, et ce n'est pas lui qui reculerait devant une guerre.

Le ministre répondait le 13 décembre 1878 en approuvant le Gouverneur : « Il est certain, que nous ne saurions faire application rigoureuse de nos principes qui repoussent l'esclavage, et de nos lois qui assurent la liberté à tout captif qui franchit notre territoire, sans nous exposer à blesser les mœurs, les préjugés et les intérêts des populations qui vivent à notre contact et fréquentent nos établissements dont elles alimentent l'activité commerciale. Nous ne pourrions atteindre qu'un seul résultat: l'éloignement de ces populations et le détournement du mouvement des échanges vers les comptoirs des Anglais. Nous devons nous efforcer de faire triompher nos idées de justice et de civilisation, mais non de manière à rendre impossibles les rapports avantageux qne nous avons eu tant de peine à établir entre nos comptoirs et les indigènes. » (Très bien ! très bien !j

Il y a encore une autre considération. — On vous a parlé

des projets du Gouvernement pour relier nos possessions séné • galaises au Niger; il ne s'agit pas seulement de construire un chemin de fer allant de Médine au Niger, c'est-à-dire sur les territoires qui, dans ce moment, ne nous appartiennent pas; il s'agit aussi de relier Dakar à Saint-Louis par une voie ferrée et Saint-Louis à Médine par une autre voie ferrée.

Vous savez comme moi que les populations blanches ne peuvent pas travailler sous ce climat brûlant, et surtout dans un pays qui, en été, est en grande partie inondé.

Il faut donc avoir recours aux ouvriers indigènes. Or, ces ouvriers sont tous, sans exception, des captifs. Par conséquent, si nous mettions en pratique ce qui nous est proposé, je ne dis pas au delà de Médine, mais seulement entre Dakar et Saint-Louis, d'un côté, c'est-à-dire en traversant le Cayor, et de l'autre, entre Saint-Louis et Médine en traversant le Fouta et beaucoup de territoires qui reconnaissent bien notre suprématie militaire, mais qui se gouvernent par eux-mêmes, nous n'aurions pas d'ouvriers. Pour vous prouver que ces craintes ne sont pas chimériques, permettez-moi une nouvelle citation. J'ai, en effet, reçu la semaine dernière un rapport du gouverneur de la colonie, m'informant qu'après avoir eu la promesse de beaucoup de chefs de recevoir un grand nombre d'ouvriers, et entre autres choses d'entretenir un chantier de 500 ouvriers dont il vous a été parlé tout à l'heure, ces chefs se récusent aujourd'hui; qu'ils ne veulent rien faire, et qu'enfin nos projets sont menacés d'être arrêtés presque au début.

Dans cette dépêche, qui est fort longue, il s'étend sur les raisons qui ont motivé ce changement d'idées, et voici ce que j'y lis. Il parle d'abord de certaines cupidités de personnes qui ont intérêt à empêcher cette voie ferrée de s'établir ; je ne vous lis pas ce passage : il est peut-être un peu violent. Je ne vous lirai que ce qui se rapporte aux ouvriers.

En parlant de ces individus, voici ce qu'il dit : « Ces gens qui écrivent peut-être par ordre les correspondances qui vous ont été communiquées, sont les mêmes qui font courir le bruit, dans le haut fleuve et même dans le Fouta, — car il ne s'agit

I ( DISCUSSION M si

pas seulement des territoires au delà de Médine, — que tout ce que nous voulons faire n'a qu'un seul but, la suppression de la captivité en Afrique. »

Puis, un peu plus loin :

« Dans leur avidité alarmée, ils sont capables de tout, et ma conviction est qu'ils ne sont pas non plus étrangers à tout le bruit qu'on tente de faire en France, dans une certaine partie de la presse, sur l'esclavage en Sénégambie. Ils savent bien que toute mesure touchant les captifs dans nos possessions serait comme la confirmation de ce qu'ils font raconter aux indigènes et élèverait, contre l'exécution de nos projets, des obstacles qui n'existent réellement, quant à présent, que dans leur ardent désir de voir échouer toute tentative d'extention de la colonie. »

Vous voyez, messieurs, que les mesures qui ont été prises ont la sanction de tous les gouverneurs qui se sont succédé au Sénégal depuis le mois de mai 1843.

Eh bien, si les craintes exprimées se réalisaient, croyez-vous que le but philanthropique poursuivi par l'honorable M. Schœlcher et que nous désirons- tous ardemment, serait atteint ?

M. Foucher de Careil. Très-bien ! Vous avez raison.

M. le ministre. Croyez-vous que c'est en semant autour de nous la ruine et la désolation, en jonchant des corps de nos soldats les sables brûlants ou les marais empestés de l'Afrique, que vous obéirez aux principes d'une véritable humanité ? (Très-bien ! très-bien) Pour ma part, je suis convaincu du contraire, car ce n'est pas l'emploi de la violence et de la force brutale (Très-bien ! très-bien) qui modifie du jour au lendemain les institutions séculaires de cent millions de créatures humaines. Je hais l'esclavage autant que qui que ce soit, et je l'ai, quoi qu'on en dise, prouvé par des actes (Très-bien ! très-bien) ; mais je veux arriver au résultat tant désiré par la diffusion des lumières, en répandant au milieu des tribus ignorantes de l'Afrique les bienfaits de l'instruction, en les amenant à comprendre que nous sommes justes en même temps que forts, en

dolanl enfin nos établissements coloniaux d'institutions libérales qui attireront à nous les populations.

M, Laserve. (Très-bien! très-bien !)

M. le ministre. Et ces derniers, s'habituant peu à peu à nos mœurs, modifieront graduellement leurs idées et leurs règles sur l'organisation de la famille et de la société.

M, Laserve. Et, sous ce rapport, vous êtes le meilleur ministre que la France aiteu depuis trois siècles (Très bien! et rires.)

M. le ministre. En un mot, messieurs, comme le disait un ministre républicain dans une dépêche du 18 avril 1849 : « Ne emandons qu'au temps et à notre exemple la transformation de ces sociétés primitives. »

Cette voie, la seule sage, la seule digne d'une nation qui sent sa supériorité et sa force, est la seule aussi que nous poursuivons au Sénégal. Nous venons vous demander avec instance, pour le bien de notre colonie, pour l'honneur de la France, la permission de la suivre encore. (Nouvelle approbation.)

Je viens de placer sous vos yeux, messieurs, le tableau fidèle delà situation. Je vous ai dit ce qui existait avant 1862, et ce qui a été fait depuis. Je vous ai dépeint, en invoquant le témoignage d'hommes très compétents, quels seraient les résultats d'un changement de politique. A vous maintenant, qui connaissez l'état des choses, de décider dans votre sagesse ce que le ministre de la marine et des colonies doit faire. (Trèsbien ! Très-bien ! Vifs applaudissements sur tous les bancs).

M. le président, La parole est à M. de Lareinty.

M. le baron de Lareinty. Messieurs, je ne veux rappeler qu'une seule chose, c'est que M. le gouverneur du Sénégal était un des héros de Bazeilles, et qu'en apprenant l'épidémie qui sévissait dans la colonie, il est retourné à son poste ; que celle qui partage son existence, sa femme, n'a pas hésité à quitter la France, et à venir au milieu des populations décimées par le choléra et la fièvre jaune, rejoindre son mari, se dévouant aux soins des malades, pour représenter l'hon-

46 DISCUSSION kV SÉNAT

Deor des femmes de France sur la terre française du Sénégal.

(Très-bien! très-bien !)

M. le président. M. Schœlcher a la parole.

M. Schœlcher parait à la tribune. (Aux voix! aux voix I à droite et au centre. — Parlez! à gauche.)

M. Schœlcher, descendant de la tribune. Je voulais répondre, mais puisque l'on m'accueille par des murmures, je quitte la tribune.

Voix diverses. Parlez ! parlez !

M. Schœlcher à la tribune. Messieurs, je n'ai que très peu de mots à dire. Je veux répondre seulement que les craintes de guerre qu'a surtout portées ici M. le ministre de la marine ne sont pas fondées. J'ai expliqué qu'il n'y avait rien à redouter de ce côté.

J'ai parlé de Dagana comme étant un territoire français. D'après M. le ministre, je me serais trompé. J'ai consulté précisément là-dessus M. Gasconi, habitant du Sénégal et Sénégalais lui-même, qui vient d'être nommé député de cette colonie ; il m'a affirmé que Dagana est réputé territoire français, Par conséquent, quand une caravane d'esclaves passe à Dagana, et que les esclaves qu'on y arrête sont restitués au négrier, on fait servir le territoire français à un acte de traite des noirs.

Maintenant, quant à la Gambie, je sais ce qui s'y passe ; j'ai été, moi-même, à Sainte-Marie-Bathurst et j'affirme qu'aucun esclave fugitif n'y est rendu à son maître; je l'affirme comme témoin oculaire.

Je n'ajoute qu'un mot. La question se réduit à une trèssimple expression. Veut-on, oui ou non, appliquer la loi? La loi existe, elle est formelle dans son esprit et dans sa lettre. On nous dit : Avec l'extension de notre influence, on pourra parvenir à faire changer les mœurs de ce pays. Je le sais très-bien, mais voilà trente ans que nous y sommes, les mœurs ne sont pas changées et toujours les mêmes choses se reproduisent.

Je ne demande pas qu'on porte le désordre dans les sociétés noires. Je m'en suis bien expliqué; je ne demande qu'une seule

chose : c'est que dans les territoires déclares français, la loi soit appliquée.

En conséquence, je propose l'ordre du jour suivant :

« Désireux que la loi du 27 avril 1848 soit appliquée dans les territoires français de notre colonie du Sénégal, le Sénat passe à l'ordre du jour. »

M. Foucher de Careïl. On ne peut pas voter cela ; c'est un ordre du jour de défiance.

M, le [président, Insiste-t-on sur l'ordre du jour pur et simple?

Plusieurs sénateurs à gauche. Oui 1 oui 1

M, le président MM. Lenoël, Leblond, Laurent Pichat, baron Lareinty et générai Pélissier, déposent un ordre du jour ainsi conçu :

« Le Sénat, satisfait des explications de M. le ministre delà marine et des colonies, passe à l'ordre du jour, »

Cet ordre du jour, mis aux voix, est adopté.

DE

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