NADIR AGA
relâché et il guida lui-même la Commission militaire désignée pour procéder à la perquisition. Celle-ci fut. des plus fructueuses : les portes dérobées, les cabinets insoupçonnables, les vingt chambres à coucher secrètes de Hamid, les caisses contenant le numéraire, les millions amassés, et les coffres enfermant les documents secrets, l’orfèvrerie, les pierres précieuses, Nadir connaissait tout, il découvrait tout aux yeux des commissaires éblouis par la révélation de ce fabuleux trésor. Et, à l’instant même où leurs regards papillotaient devant cet amoncellement de richesses, le subtil eunuque devait faire, à part lui, des réflexions bien curieuses sur l’ironie du sort, qui allait lui permettre de troquer la peu enviable cravate de chanvre du maladroit Djevher contre les remerciements enthousiastes du Comité jeune-turc, et tout cela à la faveur d’une simple trahison envers le maître dont il avait cru bon d’accepter en temps utile distinctions et honneurs. Une fois de plus, Nadir éprouvait la fragilité de la morale humaine et la bonne volonté de la fortune à l’égard des audacieux.
Depuis lors, il a demandé que fût consacré l’important service rendu par lui au nouveau régime, et il sollicita un poste qu’il n’a pas encore obtenu. Mais il peut attendre : il possède quelque fortune amassée jadis au palais et qu’on ne lui a pas confisquée. Comme tout eunuque qui se respecte, il a une femme, une fort jolie Circassienne dont il est fier (1). La boutonnière fleurie, une badine à pomme d’or à la main, on l’aperçoit l’été à Thérapia, toujours un peu rêveur, un peu lointain. Qui sait? Peut-être songe-t-il, par ces temps de troubles, à aller de nouveau offrir ses services à l’impérial reclus de la villa Latini?
(1) Contrairement aux eunuques de l’antiquité qui étaient privés des droits civiques, les eunuques actuels, dans le monde islamique, ont le droit d’acheter des esclaves et de faire célébrer le nikiah.
(D' Zambaco.)
Aujourd’hui encore, il y a au Palais, pour le service du Sultan et des princesses, une centaine environ de ces serviteurs mutilés. Ils étaient cinq fois plus nombreux sous l’ancien régime. Mais depuis la Constitution,la Jeune-Turquie s’est européanisée, du moins en surface, et les eunuques n’occupent peut-être plus dans le monde musulman une place aussi enviable que celle de leurs prédécesseurs sous Abd-ul-Hamid. La raison en est que le Sultan actuel est lui-même un personnage dont l’autorité est des plus précaires. Le Chef des eunuques, Daru- ■Saadeti-Cherifé Aghassi, a néanmoins toujours le titre •d’Altesse et il est le conseiller intime du Padischah.
Mehmet V est donc, lui aussi, entouré d’eunuques et il semblerait même qu’ils commencent à rentrer, chaque jour plus nombreux, au palais : il y en a beaucoup de jeunes parmi les nouveaux venus, ce qui tendrait à montrer que le trafic continue comme autrefois.
Il n’y a pas si longtemps, au surplus, que les hauts personnages, lorsqu’ils voulaient se faire bien venir à la ■Cour, faisaient don au souverain de quelques esclaves mutilés. A ce propos, un agent consulaire, M. D..., nous •contait qu’il avait vu un jour, à la Quarantaine, à Constantinople, un pacha très connu amenant avec lui six •ou huit eunuques noirs dont il voulait faire don au Sultan. Ceux-ci, à n’en pas douter, étaient bien traités par leur maître, car ils ne 'pouvaient se résigner à le quitter et ils couvraient ses mains de baisers et de larmes.
Et M.D...ajoutait qu’il ne put se tenir d’en référer à .son gouvernement et de demander, étant donné la publicité de faits de cette nature, quelle devrait être son attitude désormais, si les personnages officiels eux-mêmes se faisaient les pourvoyeurs du Padischah.
Employés plus spécialement au service des femmes, les eunuques sont chargés de leur éducation, lorsqu’elles entrent au harem, et ils sont commis à leur surveillance.
Ils sont rarement instruits, mais en général musulmanstrès convaincus, et comme les mullahs ne peuvent franchir le seuil du haremlik, c’est aux eunuques qu’incombe le soin de donner aux femmes quelques principes religieux.
Le long du jour, ces étranges domestiques se tiennentdans une immense pièce qui leur est réservée : ils servent d’introducteurs auprès des Sultanes et accompagnent dans leurs appartements les rares privilégiés qui ont accès près d’elles, en particulier les médecins européens, oculistes, dentistes, etc. L’eunuque vient les prendre, les dirige à travers les' couloirs interminables,, poussant son cri officiel dès qu’une femme apparaît :
« Destour , destour ! gare, faites place! » La Constitution n’a rien changé à cela et, à la cérémonie du Selamlik, on continue de voir des eunuques à cheval, vêtus d’une longue stambouline, et escortant les voitures des princesses et des riches haneums.
Suivant le rang qu’ils occupent dans la hiérarchie spéciale qui les régit, il leur est alloué mensuellement de 150 à 3.000 piastres; mais les plus élevés en gradeontun traitement beaucoup plus considérable, auquel viennent s adjoindre les nombreux cadeaux qu’on leur fait en vue de se ménager leurs bonnes grâces. Aussi les eunuques sont-ils généralement fortunés, et l’on ne saurait nier d’ailleurs qu’ils montrent un grand amour des richesses. Quand ils meurent, leurs biens, conformément à la loi religieuse, font retour à leur maître. Mais aujourd’hui, peut-être ceux qui réclameront leur émancipation pourront-ils disposer à leur gré de leur fortune.
U est exceptionnel toutefois qu’ils fassent recours aux autorités pour se faire affranchir, car ils ne sont pas bons à grand chose — du moins pour le plus grand nombre — en dehors de leurs attributions particulières dans le gynécée, et presque tous se résignent à leur sort mélancolique. Malgré cela, quelques-uns ont été rendus à la liberté par leurs maîtres chez qui ils continuent de servir en qualité de gardiens du 'harem.
Après la chute de Hamid, alors qu’on jprépârait la nouvelle loi militaire,il fut question, à un moment, d’enrôler les eunuques. Mais le Conseil d’Etat, consulté, émit un avis négatif, considérant qu’ils étaient inaptes au métier des armes, en raison de leur affaiblissement et de la diminution de leur puissance musculaire.
Tous les eunuques qu’on rencontre en Asie Mineure
sont des Soudanais ou des Abyssins. Les premiers, au type négroïde accentué, d’un noir de jais, portent sur la face, en longues balafres, les marquas distinctives de leur condition. Tous sont grands, avec la tête petite, sur les épaules étroites. Les Abyssins ont le teint cuivré, et n’était leurs lèvres généralement un peu fortes, quelques-uns pourraient, pour la régularité des traits, être comparés aux types les plus purs de la race caucasique.
Ils sont de beaucoup les plus intelligents et les plus instruits.
Au Palais, on choisit parmi eux ceux qui semblent lemieux doués pour les instruire à l’école du Vieux Sérail 1 Inderoun humayoun. Quant aux autres, admis dès leur enfance dans les grandes familles ou chez les princes, il» occupent des fonctions de plus en plus élevées au fur et a mesure que la situation de leur maître prend davantage d importance.
Le Sultan, et même le Cheik-ul-Islam donnant l’exemple, on conçoit que les ministres, les beys, les pachas, lesriches particuliers possèdent, eux aussi, des eunuques : a Constantinople, vous ne franchirez pas une fois le pont de Galata sans en rencontrer ! Allez un soir d’été à Phanaraki, la promenade préférée des dames turques, où se reunissent toutes les élégances de Stamboul et de Scutan, et vous verrez des esclaves sur le siège des landaus ou se tiennent les femmes voilées escortées : des arabas jaillissent les voix glapissantes des eunuques, tandis que la caleche d’un fils du Sultan, flanqué lui aussi de son Soudanais préféré (1), tourne inlassablement autour du petit kiosque à musique évoquant, dans un décor prestigieux, les plus banales promenades d’Occident.
La plupart des eunuques sont très soigneux de leur personne : ils n’émanent pas,malgré leur mutilation qui provoque parfois de l’incontinence, cette odeur repoussante qu on leur a généralement attribuée. Tous sont grands amateurs d’étoffes claires, de bijoux, de parfums ifs sont vêtus avec recherche, toujours en redingote, gantes, coiffes du fez, bien entendu.
Ceux que nous avons approchés nous ont fait l’effet, de gens fort sociables chez qui la politesse n’avait rien de servile.
On les a dépeints parfois comme étant emportés et
(1) Le prince héritier choisit-toujours ses eunuques parai les nèeres les plus grands et de la plus belle prestance. S
brutaux : si quelque étranger paraît regarder avec trop d’attention les femmes d’un harem, ils n’hésitent pas, a-t-on prétendu, à se jeter sur lui et à le rouer de coups. Pour qu’ils en viennent à cette extrémité, il faut qu’ils aient quelque motif sérieux, mais dans les circonstances ordinaires ils montrent des dispositions beaucoup plus pacifiques. En voici un exemple : durant notre séjour à Constantinople, un de nos amis, M. T. L..., qui débarquait au pont de Stamboul du bateau venant d’Aïdar Pacha, au moment même où passaient des femmes escortées de leurs eunuques, se vit tout à coup rudoyer par un agent de police qui voulut l’empêcher d’avancer. Une altercation s’ensuivit, et l’un des noirs, intervenant, demanda à M. T. L..., en désignant le butor :
— Que t’a-t-il fait?
— Il m’a bousculé pour je ne sais quelle raison ! -
— Eh ! repartit l’eunuque, je lui ai dit de faire patienter les voyageurs tandis que passaient les dames du palais, mais je ne lui ai pas commandé de brutaliser personne pour cela.
Nous disions à l’un d’eux :
— On vous a accusé de traiter les femmes avec une cruauté révoltante, de les injurier, de les battre !
— Pourquoi les battre? nous répondit-il ; nous avons pour mission de les surveiller, c’est vrai, mais surtout de les servir et de les défendre au besoin. C’est là le principal de nos attributions.
Pour rendre compte de ces tendances brutales, les détracteurs des eunuques ont écrit que la mutilation en faisait des êtres inintelligents. Sans vouloir entrer dans une longue discussion à cet égard, qu’il nous suffise de signaler qu’aucun parallèle n’est possible entre tels eunuques abyssins, conseillers avisés, parfois même hommes d’Etat remarquables, et ces malheureux nègres condamnés leur vie durant à l’atmosphère engourdissante des harems, les oreilles closes à tous hruits du dehors, pour la plupart ignorants et fanatiques.
Ceux-là sont fonction du milieu dans lequel ils vivent,
et l’on ne saurait se montrer surpris qu’ils fassent preuve, en certains cas, d’une déconcertante naïveté. A l’époque de la guerre russo-turque, un pacha arrive un jour, à bride abattue, au Palais, pour annoncer l’approche des troupes russes. Il y est reçu par un eunuque qui lui demande tout d’abord sa qualité.
— Oh ! oh ! fait le nègre, admiratif, à l’énoncé des titres du pacha. Et que veux-tu?
— Dire à Sa Majesté que les Russes sont tout près d’ici et prendre ses ordres !
— C’est bon! répond l’eunuque avec flegme, s’ils sont arrivés, je vais dire à Sa Majesté de signer un iradé pour qu’ils s’en aillent.
Par l’entremise d’un Français fixé depuis de longues années à Constantinople, nous entrâmes en relations avec le chef des eunuques d’une princesse. C’est une sorte de colosse, haut de près de deux mètres et large à proportion. Il est gras, et offre un aspect de santé et de bonne humeur assez rare chez ses compagnons d’infortune. Il a quarante-cinq ans et en paraît trente à peine.
Il raconte en ces termes sa triste odyssée :
« J’avais huit ou dix ans lorsque les Turcs, ayant à leur tête Ziber Pacha, s’en vinrent guerroyer au Soudan et obligèrent ceux de ma tribu à se réfugier en forêt. Le péril passé, nous revînmes dans nos villages dévastés par les vainqueurs et c’est alors que les traitants arabes, les djellahi, vinrent nous attaquer. Ces djellahi se cachent dans le Kordofan, surtout aux alentours de Kartoum où ils entretiennent des dépôts d’esclaves. Ils sont toujours à l’affût d’une guerre entre les tribus, pour assaillir le vaincu, aussitôt sa défaite. A vingt ou trente Arabes en armes, montés sur des chevaux rapides, ils arrivent à l'improviste dans le village et enlèvent femmes et enfants. Ainsi nous fûmes attaqués; les
Arabes châtrèrent les hommes faits, et les abandonnèrent à leur sort ; ils négligèrent également les vieilles femmes, mais ils emmenèrent les jeunes pour les vendre et en faire des kalaïks pour les harems turcs. Ilsrazzièrent aussi tous les garçons de mon âge.
Nous partîmes au nombre d’environ deux ou trois cents. La caravane comprenait certain nombre de meaux qui portaient les vivres; le surplus était porté sur la tête par les femmes ét, malgré le poids considérable que chacune était chargée de traîner avec elle, cela ne les empêchait pas porter encore à califourchon, sur le dos; leurs petits enfants.
Lorsque l’une d’elles, épuisée, s’était laissé choir et que le fouet de l’Arabe ne
pas à la remettre assez tôt sur ses jambes, le traitant commençait par lui supprimer sa charge, mais si cela ne suffisait pas, il n’hésitait pas à saisir le bébé par les pieds et à lui fracasser la tête contre un arbre... Nous rencontrâmes sur notre route de nombreux squelettes d’enfants.
Mourants de soif, comme nous franchissions le lit d’un fleuve à peu près desséché^ nous pressions la vase dans nos mains et sucions cette troue infecte. A la suite de cela, beaucoup d’entre nous périrent : il leur venait des vers sous la peau (1).
Nous traversâmes, au milieu de ces misères, le Kordofan et arrivâmes enfin à Souakim, où nous aperçûmes la mer et de grands bateaux avec des voiles. Et nous nous écriions: « Ah ! des maisons sur l’eau ! »
Les nôtres alors se précipitèrent pour boire, et ils crachaient l’eau salée de la mer aux éclats de rire des Arabes.
Notre caravane était déjà réduite de moitié. On empila ce qui restait dans la cale de plusieurs sambouks, pour nous emmener à Djeddah. Il faisait une chaleur atroce. Le soir même du joujj où nous avions embarqué, on avait permis aux plus épuisés d’entre nous de venir respirer un peu sur le pont, lorsque soudain l’équipage parut manifester une vive inquiétude : un croiseur anglais nous avait aperçus et il venait sur nous à vive allure. Les Arabes nous dirent :
7 Attention : voici les niam-niams, les mangeurs de nègres, qui s’approchent pour vous enlever. Ce sont des blancs, et « ils sont tellement blancs que lorsqu’ils boivent du lait on voit le liquide passer dans leur gorge.»
Terrifiés, nous ne bougionss plus. Les Arabes se mirent alors avec précipitation à carguer les voiles en nous empaquetant par quatre dans la voilure. Les Anglais vinrent à bord, fouillèrent partout et, bien entendu, ne découvrirent rien. Enfin,nous arrivons en vue de Djeddah... Nous fîmes alors un petit crochet pour débarquer non loin de la ville en un point nommé Takrouri. Comme il n’y avait pas de quais, le bateau qui était arrivé à la pleine nuit resta un peu au large. On nous fit débarquer; nous avions de l’eau jusque sous le menton, et les grands tenaient les petits levés au-dessus de leur tête. Mais nous
(1) Filaire de Médine.
avions quand même été éventés, car à peine nous trouvions-nous réunis à terre qu’un cavalier arrivait à toute bride, la cravache menaçante, et s’adressant à l’Arabe qui nous conduisait, il se mit à le menacer :
— Je vais faire prévenir le gouverneur !
Mais le don d’une femme et d’un enfant apaisa comme par enchantement sa colère et il s’en fut, emmenant son butin... On nous conduisit alors vers le village et, les portes en étant fermées, nous fîmes un détour jusqu’à un endroit où le mur était en partie détruit. Un homme nous y attendait, muni d’une échelle : c’est ainsi que nous entrâmes dans Takrouri.
Nous connûmes là un peu de repos. On nous donna de la nourriture, et comme on nous tenait enfermés, nous eûmes tout loisir de soigner les plaies de nos pieds saignants. On nous habilla à l’arabe, on nous donna des babouches et des calottes, puis le djellah vint nous chercher un jour pour nous conduire au marché. En y arrivant, nous aperçûmes de la viande aux étalages des boutiques; dans la crainte d’avoir encore affaire aux niamniams qui se repaissent de chair humaine, nous prîmes nos jambes à notre cou et, durant dix jours, aucune promesse ne put nous décider à sortir de nouveau...
Enfin je fus vendu à un pacha, un amiral, au prix de quarante réals (1). Chez lui, je retrouvai plusieurs de mes compatriotes, et, à quelque temps de là, il me donna à un autre pacha avec lequel je vins à Constantinople. Mon maître était bon; il ne me maltraita jamais et, en récompense de mes services, il a fini par me libérer. Je suis aujourd’hui un domestique libre, et j’ai cinq livres turques d’appointements par mois. *
— A quel moment, interrogeons-nous, et comment avez-vous été mutilé?
— Peu après que nous avions été pris, on nous avait réunis dans un village. Nous y étions déjà depuis quelques jours. Une après-midi, alors que je jouais avec des
(1) Le réal vaut environ 4 francs.
enfants de mon âge, on appela l’un de nous qui ne revint pas. Puis un second : il ne revint pas non plus. Je fus appelé à mon tour, et,l’on me poussa dans une case au centre de laquelle un poteau était dressé. Trois hommes s’y trouvaient. Avant d’avoir eu le temps de pousser un cri, je suis saisi, attaché au pilier par une jambe, tandis, qu’un homme maintient l’autre jambe écartée. On me coupe brutalement et je m’évanouis. Je restai ensuite couché pendant trois ou quatre jours. On avait d’abord mis sur ma plaie une sorte de cataplasme fait de graines semblables à des grains de millet, une herbe pilée et aussi de la cendre de fleur de coton brûlée. Mais on ne me laissa pas ce pansement bien longtemps, et lorsque l’écoulement du sang parut à peu près tari, on arracha ce cataplasme, et sur la plaie à vif on fit couler de la graisse bouillante, liquéfiée en passant un couteau rougi au feu sur la graisse d’un mouton récemment tué. Au préalable, on m’avait introduit dans l’urètre une petite canule.
Pour moi, je ne souffre pas maintenant de ma plaie. Mais quelques-uns d’entre nous ont des fistules, d’autres sont obligés d’aller se faire sonder tous les jours : leur canule est tombée ou ils l’ont eux-mêmes enlevée trop tôt. Ici, à Constantinople, ils s’adressent surtout aux chirurgiens de l’hôpital allemand.
— De quels pays, principalement, viennent les eunuques qui sont à Constantinople?
DAddisAbaba, du Somaliland, de Zanzibar, du Bornou, de Baïahi, du Banghirmi, mais surtout de l’Ouadaï. »
Nous lui apprenons qu’aujourd’hui le drapeau français flotte sur ce territoire et que la traite ne tardera pas à disparaître du cœur de l’Afrique :
Allah a donc fait que quelqu’un s’est enfin occupé de nous sauver, dit-il. Pour moi, j’ai été perdu : que mes frères ne le soient pas ! Mais nous savons bien, conclut-il, que tout le mal est au gouvernement ottoman qui spécule de ce trafic et le favorise. »