‹ L'esclave blancChapitre 100 sur 207 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

rétendue des immenses marais, dont les exhalaisons fébriles corrompent l'air. Même lorsque la pluie finit, la contrée conserve longtemps son caractère de stérilité. G'esl un amas de petits tertns. espèces de dunes sablonneuses jetées en quelque sorte les unes à côté des autres (Tune manière bizarre et confuse. Dans quelques endroits, le sol est tellement ingrat, que, le [>in lui-même refuse d'y [tousser, et qu'on \ voit tout au l»lus de nues buissons de chênes nains ; dans d'autres, ce sont des sables mouvants où les buissons eux-mêmes ne peuvent végéter.

Et pourtant, quelque stérile que soit cette contrée, l'esprit d entreprise, qui naît de la liberté, pourrait en rendre fertile une grande partie, tandis que le système dispendieux de l'esclavage qui règne encore aujourd'hui permet d'en cultiver seulement quelques bandes situées le long des rivières. Tout le reste conserve son état de désolation originaire et son aspect sauvage et monotone.

La description que nous venons de faire ne peut en rien convenir à cette partie du rivage qui s'étend de l'embouchure de la Santee jusqu'à celle de la Savannah, et qui s'enfonce parfois dans l'intérieur des terres jusqu'à une distance de vingt et trente milles. — C'est une suite de petites îles, — les fameux sca-islands des marchés de coton; le continent, séparé de ces États par d'innombrables canaux tournants, est tout festonné par un grand nombre de criques et de haies dont quelquesunes entrent assez avant dans la terre ferme. Ces îles, du côté de L'Océan, offrent à la vue un rivage élevé, mais la partie opposée est le [dus souvent marécageuse. Elles étaient couvertes, dans l'origine, de superbes bois de chênes verts, un des plus beaux arbres qu'il soit possible de voir. Le sol de ces petites îles est léger, mais d'une fertilité qu'il n'a pu atteindre dans les contrées sablonneuses de l'intérieur. Les champs y sont protégés contre la marée par (\(^ bancs de sable ; ils sont coupés par des fossés et arrosés par de petits canaux. Le riz croit dans ceux d'entre ces champs où l'irrigation se l'ait d'une manière

favorable; clans les autres, c'est le long coton de sea-island, espèce de laine végétale dont la fibre dépasse en longueur tout autre coton, et rivalise presque avec la soie pour la force et le moelleux.

La beauté de ces rivages et de ces îles contraste singulièrement avec tout le reste des basses terres de la Caroline du Sud. La vue, aussi loin qu'elle peut s'étendre, ne rencontre que des champs plats, unis, admirablement cultivés et coupés dans toutes les directions par des criques et des rivières. Les habitations des planteurs sont, pour la plupart, de belles maisons élevées sur des éminences, entourées et ombragées de buissons de choix et d'arbres magnifiques. Ces maisons ne sont occupées qu'en hiver. Leurs maîtres en sont chassés pendant l'été, en partie par l'ennui d'une vie monotone et indolente, en partie par le mauvais air habituel au pays, et que la culture du riz augmente encore. Cette aristocratie se transporte d'ordinaire à Charlestown ou dans les villes et aux eaux du Nord, où elle ne s'occupe qu'à briller en affichant un faste extravagant et en s' abandonnant à une folle dissipation. Les plantations sont alors laissées sous la direction de contre-maîtres, qui. avec leurs familles, forment presque l'unique population libre de ces pays. Les esclaves y sont dix fois plus nombreux que les hommes libres, et toute cette riche et belle contrée ne sert qu'à entretenir quelques centaines de familles dans une fastueuse et seigneuriale indolence, qui les rend non-seulement inutiles au monde, mais un fardeau à elles-mêmes. Et, pour les entretenir ainsi, plus de cent mille êtres humains sont plongés dans le plus profond abîme de la dégradation et de la misère.

Le général Carter, notre nouveau maître, était un des plus riches de ces grands seigneurs. La plantation où nous fumes envoyés s'appelait Loosahachee, et, quoique très-étendue, ne formait qu'une partie dé ses vastes propriétés. Pour moi. qui venais de la Virginie, bien des choses me semblaient entièrement neuves et inaccoutumées, tant en ce qui concernait la nature

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