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CHAPITRE XXVI

Nous arrivâmes enfin à Charlestown, capitale de la Caroline du Sud, et passâmes d'abord quelques jours à nous remettre des fatigues de notre long voyage. Mais, dès que nous fumes un peu reposés, on nous donna de nouveaux habits et on nous para de manière à figurer avec avantage au marché, où nous fûmes conduits et exposés à l'inspection des acheteurs. Les femmes et les enfants étaient charmés de leurs beaux costumes ; ils semblaient jouir de la nouveauté de leur position, et on aurait dit, à l'empressement qu'ils manifestaient de trouver un maître et d'être vendus à un prix élevé, que le profit était pour eux. — Je fus acheté, ainsi que le plus grand nombre de mes compagnons, par le général Carter, un des plus i iches planteurs de la Caroline du Sud; sa fortune était vraiment princière. On nous expédia tout de suite à une de ses plantations, située à quelque distance de la ville.

Les basses terres de la Caroline du Sud. comportant un es-

pace de quatre-vingts milles, qui s'étendent de l'Océan atlantique vers l'intérieur du pays, c'est-à-dire plus de la moitié de l'État, est une des contrées les plus tristes, les plus misérables et les moins attrayantes qui existent, si toutefois on en excepte un endroit dont nous parlerons tout à l'heure. Le sol de ces basses terres n'offre à la vue qu'une plaine de sable desséchée et couverte, pendant d'interminables milles, de forets de pins à longues feuilles. On a donné à cette vaste étendue de terrain le nom expressif de Pine barrens, qui, dans le dialecte du pays, signifie à peu près lande stérile couverte de p'im. Cette plaine est parfaitement unie et élevée à peine de quelques pieds au-dessus (le la surface de la mer. Les troncs clairsemés de ces pins, droits et dépouillés de leurs branches, s'élèvent comme de grêles colonnes couronnées d'amas de nœuds entrelacés et de longues feuilles sèches et rudes à travers lesquelles la brise murmure des sons monotones et plaintifs qui ressemblent tantôt à un bruit de cascades, tantôt à celui de vagues se brisant contre les rochers. Jamais on ne voit sous ces arbres d'autre végétation quelepetit palmier à scie (1 ). toujours vert, ou une herbe rare et sèche, dont des troupeaux à demi sauvages se nourrissent en été, et près de laquelle ils meurent do faim en hiver. — Les troncs de pins n'empêchent que bien peu la vue de s'étendre au loin sur cette contrée toujours la même et seulement coupée cà et là par des marais qu'une multitude d'arbres et de plantes rend presque impénétrables. Ce sont, pour la plupart, des lauriers, des chênes aquatiques, des cyprès et d'autres grands arbres. Autour de leurs branches et de leurs troncs blanchis pendent, en tombant jusqu'à terre, de longs et mélancoliques festons de mousse noire. — On dirait vraiment les tentures de la maladie et de la mort. Les rivières qui coulent dans ce triste pays sont larges et basses. Au printemps et en hiver, dans la saison des pluies torrentielles, elles se gonflent, débordent, et augmentent encore

(1) Saw-palmetto.

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