‹ L'esclave blancChapitre 111 sur 207 · CHAPITRE XXIX. *20.S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. *20.S

\ avait vu beaucoup de dégât et beaucoup d'empreintes de pas, mais elles étaient toutes semblables et paraissaient avoir été faites par la même personne. Il tira un petit bâton de sa poche sur lequel il avait, dit-il, exactement marqué la longueur et la largeur.

Or, ceci était un moyen rusé de découverte que Thomas connaissait très-bien et contre lequel il avait eu soin de se prémunir. Nous étions tous pourvus des souliers les plus grands que nous avions pu trouver, et tous de la même forme, en sorte que nos traces avaient l'air d'être faites par une seule personne ayant un très-grand pied.

Ce discours du contre-maître ranima les espérances des juges, el ils nous tirent tous asseoir par terre pour qu'on mesurât nos pieds. Il y avait sur la plantation un nommé Billy, un innocent et stupide garçon qui n'était nullement des nôtres, mais, malheureusement pour lui, le seul des esclaves dont le pied répondît à la mesure. Les juges s'écrièrent tout d'une voix. et dans le style qu'on pouvait attendre d'une pareille cour, « qu'ils voulaient être damnés si ce n'était pas le voleur. » Ce fut en vain que le pauvre diable nia l'imputation et implora miséricorde; sa terreur, son trouble et sa surprise ne servirent qu'à confirmer l'opinion de sa culpabilité. Plus il niait, plus il protestait de son innocence, et plus les juges se prononçaient contre lui ; sans plus de cérémonie, il fut déclaré coupable el condamné à être pendu.

La sentence ne lut pas plutôt prononcée, qu'on lit les préparatifs de l'exécution. Un tonneau vide fui apporté et placé sous un arbre qui était devant la porte. L'infortuné fut hissé dessus ; la corde lui fut passée au cou et attachée à une branche au-dessus de sa tète. Les juges étaient déjà assez gris pour a\oir perdu tout sentiment de décorum. L'un d'eux donna un coup de pied dans le tonneau, et la malheureuse victime de la justice tomba en se débattant dans l'éternité.

Cette exécution faite, les esclaves furent envoyés au champ, tandis que M. Martin, avec les juges, les témoins et plusieurs

autres personnes, que le bruit du jugement avait attirées à Loosyhachee, commençaient une orgie en règle, qui dura toute la journée et toute la nuit.

UIANTKK XXX.

Sous l'autorité des maîtres, les esclaves vivent généralement dans une terreur continuelle. Une lâche crainte est Je seul principe auquel le propriétaire d'esclaves fasse appel. Lorsqu'ils se déterminèrent à pendre le malheureux dont nous avons décrit le sort dans le chapitre précédent, ses juges ne pouvaient pas savoir s'il était innocent ou coupable, et ne s'en inquiétaient pas beaucoup non plus, je suppose. Leur grand objet était d'imprimer l'épouvante, et, par ce qu'ils appelaient une sévérité salutaire, d'empêcher à l'avenir toute déprédation sur les plantations voisines. Ils y réussirent, car Thomas eut beau vouloir remonter nos esprits, nous étions profondément terrifiés, et peu disposés à seconder son audace, qui semblait grandir avec les obstacles.

Un de nos confédérés, particulièrement, fut tellement alarmé du soit du pauvre Billv, qu'il sembla avoir perdu tout empire sur lui-même, et que nous étions dans une crainte continuelle qu'il ne nous trahit. Au plus fort de sa terreur, le soir de l'exécution, je crois qu'il n'aurait pas fait difficulté de tout avouer, s'il avait pu trouver un blanc assez sobre pouf l'écouter. Au bout de quelque temps, il devint plus calme; mais, dans le cours de la journée, il lui était échappé certaines allusions qui furent soigneusement recueillies par un des [liqueurs. Celui-ci, à ce que je découvris, en fit part au contremaître; mais M. Martin n'était point encore remis des suites de son orgie, et il était trop ivre et trop hébété pour comprendre un mot de ce que lui dit le piqueur.

Nous commencions à nous rassurer, lorsque survint un

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