CHAPITRE
bientôt même, au craquement des broussailles, nmis comprîmes qu'il était toul prés de nous. Alors nous fîmes volte-face, et nous attendîmes de pied ferme, — Thomas en avant, couteau eu main, et moi derrière lui, avec un gourdin noueux, la meilleure, ou plutôt l'unique arme que j'eusse pu me procurer. Le chien ne tarda pas à sortir du marais. Du moment où il uous aperçut, il redoubla ses cris, et s'élança écumanj et la gueule ouverte. Il avait sauté droit à la gorge de Thomas, mais il ne réussit qu'à lui happer le liras gauche, qui avait paré l'attaque. Aussitôt Thomas lui porta un coup de son couteau, qui pénétra jusqu'à la garde, et ils roulèrent l'un -m l'autre à terre. L'issue de la lutte aurait été Tort douteuse; car. bien que le chien eût reçu plusieurs blessures, elles ne faisaienl qu'accroître sa férocité, et il s'efforçait toujours de prendre son adversaire à la gorge; mais mon gourdin fit son office. Deux ou trois lions coups sur la tète du chien retendirent tout de son long sans mouvement.
Taudis que nous attendions l'attaque du chien et pendant la lutte, nous n'avions guère songé à son maître; mais, lorsqu'elle lut terminée, nous aperçûmes que M. Martin était déjà fort près de nous. Il nous mit en joue, en nous criant de nous rendre. Thomas, en le voyant, ne lut plus maître de sa fureur, et, son couteau à la main, il se précipita vers lui. M. Martin fit feu, mais la Italie alla se perdre dans les arbres, et, comme il essayait de détourner son cheval, Thomas le saisit par le bras, et le renversa à terre. Le cheval s'enfuit effrayé à travers bois, et j'essayai en vain de l'arrêter. Nous regardâmes aux alentours, nous attendant à voir arriver d'autres chasseurs. Il n'y en avait point. Nous profitâmes donc de l'occasion pour faire retraite et pour emporter notre prisonnier dans notre retraite du marais.
Nous apprîmes de lui qu'au momeni où la cour était arrivée à Loosahachee, notre fuite avait été découverte et qu'on avait aussitôt résolu de mettre sur pied tout Le voisinage et de commencer une battue générale. Tout ce qu'on put se procu-
rer de chevaux, de chiens et d'hommes fut mis en réquisition. Il furent <li\ïs<;s par bandes, et commencèrent sur-le-champ à fouiller les bois et les marais des environs.
('ne troupe de cinq à six hommes, avec M. Martin etson chien, avait suivi trois de nos compagnons dans un marais très-boisé, j ustc au bord d*une rivière. Elle avait mis pied à terre, et, fusil en main, suivi le chien dans le fourré. Nos pauvres camarades étaient tellement accablés de fatigue qu'ils avaient dormi jusqu'au moment où le chien se jeta sur eux. Il en saisit un à la gorge, et le tint terrassé. Les autres s'enfuirent, poursuivis à coups de fusil. Un d'eux tomba mort, tout mutilé; les autres continuèrent de fuir. Dès qu'on put forcer le chien de lâcher l'homme qu'il tenait, — ce qui ne fut pas sans difficulté et sans perte de temps. — on le mit sur la trace de l'autre fuyard. Il le suivit jusqu'à la rivière, où il resta en défaut. L'homme s'était probablement jeté à l'eau et avait gagné l'autre borda la nage ; mais, comme on ne put décider le chien à se jeter à l'eau, et comme le marais sur le bord opposé passait pour très-mou et très-dangereux, on abandonna la chasse dans cette direction, et le pauvre diable put s'échapper pour le moment.
Nos ennemis alors se séparèrent. Deux d'entre eux se chargèrent <h' ramener à Loosahachee le prisonnier qu'ils avaient l'ait, et les trois autres, avec M. Martin etson chien, continuèrent de nous poursuivre. Ils apprirent de leur prisonnier l'endroit où nous nous étions séparés, et la direction que chacun avait prise. Après avoir battu quelque temps le pays, le chien tomba sur notre piste, et donna de la voix; mais les chevaux \\c> compagnons de M. Martin étaient tellement harassés, que. lorsqu'il piqua des deux pour aller du pas de son chien, il les laissa bientôt loin derrière lui. M. Martin termina son récit en nous conseillant d'aller nous rendre, nous donnant sa parole de gentleman et de contre-maître que, si nous ne lui faisions plus aucune violence, il nous préserverait de tout châtiment et nous donnerait une belle récompense.