‹ L'esclave blancChapitre 118 sur 207 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

verdure. Notre guide nous indiqua une ouverture pratiquée dans les buissons, par laquelle nous montâmes; et, après avoir gagné la lerre ferme, il nous conduisit à travers ce fourré,

par un sentier étroit <'t tournant, jusqu'à ce que nous arrivâmes à une hutte grossière faite d'écorce et «le branches. Alors il poussa un sifflement particulier, auquel il fut immédiatement répondu, et deux ou trois hommes ne tardèrent pas à paraître.

Ils eurent Pair fort surpris de nous voir, surtout moi, qu'ils prenaient probablement pour un homme libre. Mais notre guide leur assura que nous étions des amis, des compagnons d'infortune, et nous montra le chemin de la hutte. Nos nouveaux hôtes nous reçurent très-bien, et, ayant appris que nous n'avions rien mangé depuis longtemps, avant de nous adresser d'autres questions, ils se hâtèrent de satisfaire notre appétit. Ils nous servirent du bœuf et du hominy en abondance, dont nous nous régalâmes à bouche que veux-tu.

Alors nous fûmes appelés à donner Ac> explications. Nous limes donc le récit de nos aventures, sans parler toutefois de la mort du surveillant, et, comme notre guide, qui nous connaissait, pouvait continuer une partie de notre histoire. no> • 'Xplications furent déclarées satisfaisantes, et nous fûmes admis dans leur communauté.

Elle se composait de six personnes, sans nous compter, tous de braves garçons qui, las de la tâche quotidienne et de la tyrannie des surveillants, s'étaient enfuis dans les bois, et avaient reconquis une liberté sauvage, qui. malgré' toutes ses privations et tous ses dangers, était mille fois préférable au travail forcé' et à la déplorable servitude qu'ils avaient répudiés. Notre guide était le seul d'entre eux que nous eussions jamais vu auparavant. Le chef de la troupe s'était enfui avec un seul compagnon, il \ avait deux ou trois ans. de la plantation de son maître, située dans le voisinage. Ils ne connaissaient point alors l'existence de cette retraite: mais, étant vivement poursuivis, ils avaient essayé- de traverser l'étang ou

marais, dont elle était entourée, — tentative qui, je suppose, n'avait pas eu lieu jusqu'alors. Ils avaient été assez heureux pour aborder à cet îlot, qui, étant inconnu de tout autre, leur avait depuis offert une retraite sûre. Ils n'avaient pas tardé à faire une ou deux recrues, auxquelles s'étaient joints ensuite leurs autres compagnons.

Il paraît que notre guide avait été à une plantation voisine pour y acheter du maïs, — trafic que nos amis faisaient avec les esclaves de plusieurs des plantations les plus proches. Son marché fait, les hommes avec lesquels il venait de traiter avaient apporté une bouteille de whisky, dont notre guide avait bu si copieusement, qu'avant d'avoir fait beaucoup de chemin pour s'en retourner chez lui les jambes lui avaient manqué. Il s'était laissé tomber à l'endroit où nous l'avions trouvé, et s'était endormi profondément.

Boire du whisky hors de chez soi était, d'après les lois prudentes de cette république d'insulaires, un grave délit, punissable de trente-neufs coups d'étrivière, qui furent immédiatement appliqués à notre guide avec beaucoup d'énergie. Il le prit cependant en bonne part, comme étant l'exécution d'une loi qui avait obtenu son assentiment, et qui était autant dans son intérêt que dans l'intérêt de ceux qui "venaient d'en être les interprètes.

La vie que nous allions mener avait au moins le charme de la nouveauté. Le jour, nous mangions, nous dormions, nous racontions des histoires, nous faisions le récit de nos évasions, ou nous nous occupions à préparer des peaux, à faire des vêtements, à saler les provisions. Mais la nuit était notre temps d'aventures et d'entreprises. Quand vint l'automne, nous limes de fréquentes visites aux champs de maïs et aux plants de pommes de terre des environs, que nous ne nous faisions aucun scrupule de mettre largement à contribution. Cela ne dura, toutefois, qu'un mois ou deux. Nous avions une ressource régulière et certaine dans les troupeaux de bétail à demi sauvage qui errent à travers les bois de pins, et se nour-

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