CHAPITRE XXXII. -2-2I
tage, nous nous jetâmes dans le fourré le plus proche, fuyani sans savoir où ni pourquoi. Enfin, Thomas s'écria qu'il ne pouvait aller plus loin. Le sang qu'il perdait Pavait beaucoup affaibli, et ses blessures devenaient roides et douloureuses. Le jour commençait à poindre. .Nous nous assîmes ;'i terre, et tâchâmes de les bander de notre mieux. Une halle ou du gros plomb lui avait traversé la partie charnue du bras gauche, entre l'épaule et le coude. Un autre coup l'avait frappé an côté; mais, autant «pie nous en pouvions juger, le plomb avait dévié sur nue de ses côtes, et avait passé outre sans faire de blessure mortelle. En regardant autour de nous, nous aperçûmes un petit ruisseau qui nous permit de laver ses plaies et d'étancher notre soif.
Ainsi restaures, nous nous mîmes à considérer quelle direction il fallait prendre, et ce que nous avions à faire. Nous n'usions pas retourner au camp où nous avions dormi; nous ne savions même pas si nous le pourrions, car la matinée .i\.iit été sombre, et nous avions fui à la hâte sans nous occuper du chemin. L'île qui nous servait de retraite était à sept ou huit jours de marche; et, comme nous avions voyagé la nuit, et pas toujours dans la même direction, il ne serait pas non' plus fort aisé d'y revenir. Cependant Thomas se piquait d'être bon forestier, et, quoiqu'il n'eût pas étudié la route autant qu'il l'aurait désiré, il n'en croyait pas moins qu'il saurait s'orienter.
Mais ses blessures étaient trop récentes, et il se sentait trop faible pour songer à partir immédiatement. D'ailleurs il faisait déjà grand jour, et nous avions d'excellentes raisons pour ne voyager que la nuit. Nous cherchâmes donc un fourre, dans lequel nous nous cachâmes pour attendre qu'elle fût tombée,
Le soir. Thomas déclara qu'il se sentait beaucoup mieux, et nous résolûmes de nous mettre en chemin. Toutefois, nous décidâmes d'essayer d'abord de trouver le camp de la veille, dans l'espoir que quelques-uns de nos compagnons se seraient
échappés comme nous, et que nous pourrions les rencontrer.
Après avoir erré quelque temps, nous finîmes par trouver le camp. Deux cadavres roides et sanglants gisaient près des cendres refroidies. Il paraissaient avoir été tués endormis, et avoir à peine fait un mouvement. Los buissons, tout autour, étaient tout tachés de sang, et, au clair de la lune, nous suivîmes des traces ensanglantées à une distance considérable. Ce devaient être celles de notre sentinelle, qui s'était probablement endormi et laissé surprendre.
Peut-être était-il caché quelque part dans les buissons, blessé et privé de secours. Cette idée nous enhardit. Nous rappelâmes, mais nos voix se perdirent sans réponse dans les bois. Nous revînmes au camp et contemplâmes encore une fois les visages contractés de nos compagnons morts. Nous ne pouvions supporter la pensée de les laisser sans sépulture. Je creusai à la hâte une fosse peu pro'fonde, et nous les y plaçâmes. Nous répandîmes une larme sur leur tombeau, et, tristes, épouvantés, abattus, nous reprîmes notre long, fatigant et incertain voyage.